‹ Contes ligures, traditions de la Rivière (volume 2)Chapitre 70 sur 77 · S ORANGES · texte numérisé non relu

S ORANGES

Mais le prince sans perdre courage, prit une bourse, la mil dans la main de la sorcière et lui dît : « Voici pour acheter ce qu'il faut pour donner à votre mari tout ce qu'il désire manger; lorsqu'il sera bien repu, appelez-moi. u La vieille conduisit le jeune homme dans un souterrain ei lui dit d'attendre. Vers minuit le palais se mit à trembler dans ses fondements; c'était le sorcier qui entrait chez lui. En entrant le Vent Boa dit : i Je sens une odeur que je connais, de la chair de chrétien a été dans la maison 'I » Sa femme le conduisit devant ce qu'elle avait préparé; et, comme il était affamé, il se mit à manger gloutonnement. Il finit par s'arrêter; alors sa femme lui dit: « Tu n'as plus besoin de rien? — Non. — De rien vraiment? — Pourquoi dis-tu cela? — Il y a en bas un pauvre jeune homme qui veut te demander des nouvelles des trois oranges. — Pourquoi ne me l'as-tu pas dit plus tôt, je l'aurais mangé ! Enfin, c'est bien, qu'il monte! » La vieille alla chercher le jeune homme à qui le Vent Boa dit:» Vachez mon compère le Vent Bardîn qui saura, peut-être, t'en dire quelque chose, o La sorcière conduisit alors le jeune homme dans son souterrain. Elle lui souhaita le bonsoir et elle lui dit : " Vous

t des balais et il en donna un à chacune. Celles-ci le laissèrent passer. 11 arriva au sommet et il vit les trois belles orangei avec un livre et une baguette à côte. Heureus. il fit ce qu'il put pour y atteindre et s'en empara; alors il entendit une voix, belle et douce, lui dire ; « Bien d'autres ont déjà leaii ce que tu viens de faire et sont morts. Quand lu voudras le transformer en quelque chose, ouvre ce livre avec cène baguette et commande.

Quand tu voudras faire disparaître ces choses ou redevenir ce que tu étais, ferme le livre ei abaisse la baguette! » Le fils du roi, heureux cl s grand saluts pour rer cette belle voix et puis s'en alla emportant avec lui les trois belles oranges, le livre et la baguette. Mais il avait à passer à travers les sorcières qui occupaient le premier escalier ; il leur abandonna les balais qui lui restaient. Il calma les chats et les chiens en leur jetant ce qu'il avait encore de pain et de viande. Arriva sous le portique du château, il monta à cheval et il partit aussi vite qu'il put. Il s'aperçut bientôt qu'il était poursuivi par une sorcière en fureur. Comme il craignait d'être attrapé il ouvrit le livre et commanda d'être changé en une église. La sorcière arriva, chercha le prince et ne le trouva pas; elle s'en retourna désappointée. Le prince ferma le livre et redevint M

qu'il était; la sorcière le vit et !e poursuivit encore. Le prince alors se transforma en un beau palais, la sorcière entra au palais, chercha le prince et ne le retrouva pas. Elle repartit et commença à croire qu'elle avait la berlue quand, s'élant retournée de nouveau, elle revit le prince au loin devant elle. Plus furieuse que jamais, elle se remit encore à la poursuite, mais le prince commanda qu'une immense rivière se formât entre eux et la sorcière ne put passer. Le prince poursuivit sa route; puis tranquille et heureux, il s'assît pour se reposer au milieu d'une belle prairie toute couverte de fleurs. 11 se met à admirer les trois belles oranges et se dit : ci Voyons ce qu'il y a dedans. » Il en ouvrit une : il en vît sortir une belle jeune fille aux cheveux d'oret aux yeux célestes, plus belle que tout ce qu'il avait vu jusque là. Il ouvrit la seconde et une seconde jeune fille plus belle encore que la première et vêtue comme une reine se trouva devant lui. Il ouvrit la troisième : cette fois il vit sortir une belle lille qui paraissait être un ange des plus beaux, avec les cheveux noirs, la peau blanche, les yeux qui brillaient comme deux étoiles. Alors il ouvrit le livre et il dît : i Je commande que les deux premières disparaissent et que la troisième devienne ma femme. » Et celles-là disparurent et celle-ci devint sa femme, qui se mit aussitôt à

cueillir des fleurs pour lui en faire un bouquet si gracieux qu'il n'en avait jamais vu de pareil. Puis, il la plaça sur son cheval et tous les deux s'en furent à la maison, chez les parents du prince qui les attendaient avec impatience et anxiété. Il leur raconta toutes ses aventures, puis il ordonna de grandes fêtes pour festoyer leur heureux retour.

Conté par Attilio Vicenii de Gènes.

Comparer : 5o, 5i, 61.

LES TROIS ORANGES Variante III.

Une Fois le fils du roi jouant à !a balle la fit tomber sur le pot d'une vieille qui vendait du lait et le mit en pièces. Cette vieille, devenue furieuse, lui dit : « Puisses-tu tomber en consomption jusqu'à ce que tu trouves les trois oranges qui sautent, dansent et parlent! » Le fils du roi continua à jouer sans faire aucune

ressembla et la rein.

: devenu si à un de ces

ou quatre

pâle et si maigre qu' Christs en cire. Le rc l'anxiété et ne savaient que dire. Enfin, un jour son père l'appela et lui demanda ce qui le faisait devenir si maigre; qu'il fallait, s'il se sentait malade, le dire pour savoir si on devait appeler les médecins pour le soigner et le gué-

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rir. Le fils lui répondit qu'il ne se semait point malade ; mais qu'il pouvait attribuer sa situation au souhait de la vieille. Le père fit appeler les médecins qui ne comprirent rien à ce iju'il avait ei à eux tous ne surent rien trouver d'utile. En attendant le fils du roi n'était plus que de la peau sur des os. A la fin, un jour, il se de'cida à se mettre à la recherche des trois oranges; il se fournit d'argent, d'un bon cheva! et il partit après avoir pris congé de ses parents disant que de toutes manières il -voulait aller chercher les trois oranges. Il marcha et marcha, suivant première route venue; enfin, il arriva di pays où on ne rencontrait, de temps en tem] que quelque vieille femme. Il s'approcha d'ui petite vieille qui vendait des noisettes rôties lui demanda si elle savait où se trouvent les trois oranges qui sautent, dansent et parlent d'elles-mêmes. La vieille lui répondit : <t Alloz plus loin, vous trouverez une vieille qui vend des noix; demandez-le lui et elle saura vous le dire. » Le fils du roi se mit de nouveau en route jusqu'à ce qu'il trouvât une autre vieille qui vendait des noix. Il lui dit qu'il avait trouve une vieille vendant des noisettes rôties qui l'avait envoyé chez elle pour savoir où il pourrait trouver les trois oranges qui sautent, dansent et parlent d'elles-mêmes, n Malheureu\, i lui répondit cette vieille, « ne sais-tu point

les

qu'elles se trouvent sous le coussin du sorcier et qu'il faut marcher encore trois jours et trois nuits et se pourvoir d'une quantité de mil et d'alpiste parce que, avant d'entrer dans le jardin du sorcier, on rencontre un grand nombre d'oiseaux qui viennent becqueter la face de ceux qui oublient de s'en pourvoir? Qu'il faut aussi se pourvoir d'os et de viande pour les chiens, et de poissons pour les innombrables chats qui s'y trouvent pour vous dévorer, et, alors, ils vous laisseront passer? Qu'il est nécessaire aussi de faire provision de suif pour arrêter le portail du jardin qui est toujours en mouvement, et qu'il faut, ensuite, entrer sur la pointe du pied pour ne pas être entendu du sorcier qui dort les yeux ouverts et veille les yeux fermés? » Le fils du roi remercia la vieille, Jui donna une pièce d'or ei fit toutes les provisions nécessaires; puis, il se dirigea vers le château du sorcier. A peine arrivé, il vit venir vers lui une troupe d'oiseaux qui se préparaient à lui becqueter la figure; mais il leur jeta le mil et l'alpiste, et les oiseaux se mettent à picorer. II s'avança et une troupe de chiens furieux se jetant sur lui, il leur abandonna les os; les chiens se turent et il put entrer plus avant. Après, les chats l'empêchèrent de passer, il s'en débarrassa en leur jetant les poissons. Il fit une vingtaine de pas et il trouva le portail

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qui était en mouvement, il l'oignit avec le suif, le portail s'arrêta et il put passer. Il entra alors dans le palais, sur la pointe des pieds, et i! s'aperçut que le sorcier dormait puisqu'il avait les yeux ouverts; il arriva auprès du Ut et il s'empara des trois oranges qui étaient sous le coussin; il s'enfuit du palais, monta à cheval et disparut. Quand il fut à mi-chemin, il eut tellement soif qu'il ne sut point résister à l'envie de boire. Il descendu de cheval et chercha de tous côtés un puits, il n'en trouva pas même la trace. Il remonta à cheval; mais la soif fut plus forte, il chercha encore; enfin, il se dit qu'il pouvait calmer cette soif ardente, au moins momentanément, en ouvrant une des oranges.

En effet, il en saisit une et l'ouvrit : Une belle demoiselle en sortît et lui dit : " Y a-t-il de quoi boire. Y a-t-il de quoi manger? » Le fils du roi lui répondit non, et la belle demoiselte disparut, le laissant seul. Imaginez-vous s'il fut légèrement surpris. Il poursuivit sa route sans avoir pu étancher sa soif, pensant à l'aventure. Il se décida, ensuite, à ouvrir la seconde orange, car il ne voyait nulle part l'eau qu'il cherchait. Il ouvrit la seconde orange, pensant qu'il n'y aurait pas une seconde demoiselle, et voilà qu'une deuxième demoiselle, plus belle que la première, fut devant lui. Elle lui demanda également à boire et à manger et disparaît parce

le fils du roi lui répondit :

Noi

était i

;e, sans avoir bu, il n'avait plus qu'une orange. Après avoir réfléchi il se décida, alors, à éperonner son cheval pour arriver chez lui le plus tôt possible. Retenu seulement par la crainte de perdre sa dernière orange, il n'ouvrit pas celle-ci et finit par arriver aux portes de la ville où, entouré par quelques arbres et des arbustes, se trouvait un puits. 11 descendit de cheval et but; puis, se disant que rien ne l'arrêtait d'ouvrir la troisième orange et que, si une troisième demoiselle en sortait, il pourrait la satisfaire, il l'ouvrit. En effet, à peine l'eut-il ouverte, qu'il en vit sortir une autre demoiselle, plus belle encore, qui lui fit la même demande. « Voici de quoi boire, » dit-il; et comme, cette fois, la demoiselle ne disparut point, il ajouta : n Si tu veux m'attendre ici quelques instants, je vais quérir un carrosse pour te conduire à la cour où tu auras tout ce que tu veux. » La demoiselle de l'orange lui répondit qu'elle l'attendrait, puis elle monta in. A peine fut-il parti qu'une e vint prendre de l'eau et, ers l'eau, y aperçut la belle iselle, et crut voir son image- Cette vieille était toute contente et croyait déjà être devenue jeune et belle; mais en levant la tète elle vit la belle demoiselle dans l'arbre et

vieille et laide en se baissan figure de la de

lie : ■

•te et

s'aperçut de son erreur. Alors furieuse elle jeta sur la belle demoiselle, ia saisit ai veux, et lui planta une épingle dans la la transforma en colombe. Le fils du tourna pour prendre celle qu'il avait laissée et trouva cette vieille et laide femme. Il lui demanda où était la belle demoiselle de l'orange et la vieille lui dit : « C'est moi. » Le fils du roi, croyant à quelque transfiguration la rit monter en carosse et la conduisit chez lui. Tous ses parents furent étonnés de voir, au lieu d'une belle fille, une vieille qui faisait peur. Ils l'interrogèrent et il raconta que l'ayant laissée belle il l'avait retrouvée laide. Nonobstant cela, ils ne quùrent point de faire fête à cette vieille, croyai que c'était celle qui devait guérir leur fils et ils invitèrent tous leurs parents et leurs amis ù un grand repas. Tandis que les domestiques apportaient les plats sur la table, la colombe qui était sur une fenêtre près de laquelle ils passaient, y lançait des grains de sable et disait : a Parole de roi ne peut mentir. Coitpej la tête à qu veut obéir'.» Alors les domestiques vinrent au roi qu'il était impossible de servir parce une colombe remplissait leurs plats de sable disait; « Parole de roi ne peut mentir. Ci

-act

la tête à qui ne veut obéir! » Alors le roi donna l'ordre de prendre la colombe, sans lui l'aire du mal, et de la lui apporter. La vieille sorcière se mit à pleurer disant qu'elle avait peur des oiseau): et que, plutôt que de voir la colombe, elle s'en irait. Le roi lui dit alors que les colombes ne sont point des bûtes faisant du mal, qu'elles sont timides et paisibles. Pendant qu'il parlait, la colombe fut apportée, blessée à la jambe. Tous se mirent à regarder cette colombe d'une beauté admirable. Pendant qu'ils l'admiraient et la caressaient, la vieille faisait semblant d'avoir des convulsions; mais voilà que le roi, en passant la main sur la tête de la colombe sentît l'épingle et l'arracha. Immédiatement la colombe redevint la belle demoiselle qu'elle était auparavant. Le fils du roi, tout heureux de ce qui arrivait, dit à tous r « Voilà celle que j'ai laissée près du puits; cette vieillelà je ne l'ai jamais vue ni connue. » Alors le roi ordonna de brûler la vieille et de marier la belle demoiselle de l'orange avec son fils. Pendant que la vieille brûlait, tous les invités, le lils du roi et la belle demoiselle, le roi et la reine faisaient un bon repas de poulets bien rôtis et de rage et de venin on m'a jeté la marmite.

Conté p-f SI"" Catarina Grande.

ES

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