‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 102 sur 151 · LES DOUZE PAROLES DE VÉRITÉ · texte numérisé non relu

LES DOUZE PAROLES DE VÉRITÉ

’ÉTAiT une année de misère et de faim. Un pauvre père de famille, qui n’avait rien à donner à manger à ses enfants, i désespéré parce que personne ne voulait lui faire crédit, quitta sa maison pour aller chercher du pain, murmurant qu’il aurait même donné son âme au diable. Sur sa route, il rencontra un grand seigneur, qui voyant ce pauvre homme si hors de lui, lui demanda ce qu’il avait. Il lui raconta ses misères et ce seigneur paraissant en avoir compassion, lui répondit : « Si ce n’est que pour cela, prenez courage et soyez gai ; voici, tenez cette bourse pleine d’or; il y en a assez pour faire votre fortune. » Cet homme regar-

dait ce seigneur en face avec de gros yeux étonnés, se demandant si c’était pour de vrai ou pour se moquer de lui. A la fin il lui dit :

« Mais comment ferais-je pour vous le rendre? » Et le seigneur : « Je ne vous donne pas cet argent à la condition que vous me le rendiez, mais à la condition que, cette nuit, au coup de minuit, vous vous trouverez sous cet arbre-là et que vous me direz les douze paroles de vérité. » L’homme, tout content, attrape la bourse et, sans même dire merci, s’enfuit à la maison, pensant qu’avec une pipe de tabac, comme on dit, il serait devenu riche et même maire du pays, parce que, en tout cas, sa femme l’aurait aidé à trouver les douze paroles de vérité. Sa femme lui chercha querelle en le voyant arriver, mais il jeta la bourse sur la table et lui dit : « Qu’as-tu fait pour le souper? — J’ai mis dans un peu d’eau la dernière poignée de farine et là, près du foyer, il y a un pauvre qui prend une écuelle de cette bouillie. — Bah ! tiens, voilà un napoléon, va à l’auberge et prends ce qu’ils ont de meilleur et dis au pauvre de venir manger avec nous, car ici il y en a pour tous! » La femme, étonnée, lui répondit : « Tu es parti ce matin, où es-tu allé — Tais-toi, tais-toi et écoute . » et il lui ra¬

conta le fait et lui demanda si elle connaissait les douze paroles de vérité? Et la femme, elle aussi, toute gaie, lui dit : « Oh, si ce n’est que

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