CORPS SANS AME
TL y avait une veuve qui avait un fils unique J- de treize à quatorze ans du nom de Giouanin. Ce garçon qui, du reste, aurait été beau, était toujours sale comme un rétameur de : casseroles et se tenait dans un coin. Il arriva qu’une fois un pèlerin dit à cette veuve : « Pourquoi ce garçon se tient-il toujours si sale? Pourquoi ne va-t-il pas chercher son pain et se faire homme? » Il en dit tant qu’à peine ce pèlerin fut parti, Giouanin dit à sa mère ; « Je veux aller courir le monde. — Qu’iras-tu faire à travers le monde? Ne vois-tu pas que tu es trop petit? Quand tu seras capable de renverser le pin qui est derrière la maison en le poussant avec les pieds, alors tu partiras. » Tous les matins, dès qu’il était levé, Giouanin allait
essayer et faisait des effort inouis. Enfin, un beau matin il réussit à jeter l’arbre, les racines en l’air. Aussitôt il courut à sa mère qui lui dit :
« Maintenant, mon fils, tu peux aller où tu veux. » Il fit ses adieux à sa mère et il partit; il marcha et il marcha. Après plusieurs jours il arriva dans la ville où demeurait le roi et il entendit dire que le roi avait un très beau cheval que personne ne pouvait dompter. Giouanin fit dire au roi qu’il se sentait de force à lui dompter le cheval Roundelou. Il fut de suite appelé et conduit à l’étable. Il s’approcha du cheval, il l’appela, le caressa; puis, il sauta dessus en le détachant et il le conduisit dehors, le tournant vers le soleil, parce qu’il s’était aperçu que le cheval avait peur de son ombre; il l’étreignit des genoux, tira sur la bride et le
laissa partir . au bout d’un quart d’heure
Roundelou était bel et bien dompté. Mais personne autre ne pouvait le monter; avec Giouanin seul il était paisible comme un agneau. Depuis ce jour-là le roi voulut tant de bien à Giouanin que les autres serviteurs commencèrent à lui porter envie. Alors ils se mirent d’accord pour le perdre et ils dirent au roi que Giouanin se vantait publiquement d’être capable de délivrer sa fille des mains du sorcier Corps sans âme. Il eut beau s’excuser, le roi pour toute réponse lui dit : « Ou tu me la déli-