CORPS SANS AME
vres, ou je te fais couper la tête ! » Giouanin se retira tout malheureux et s’en fut à l’écurie ou Roundelou lui dit : « Gomment se fait-il que tu sois si mélancolique? » Giouanin raconta le fait et Roundelou lui répondit : « Gomment, c’est pour cela? Va, n’aie peur de rien; dis seulement au roi qu’il te donne le sabre rouillé qui est derrière la porte. » Ainsi encouragé par Roundelou, Giouanin se fait donner le sabre et partit content. Après avoir fait un bon morceau de chemin, se trouvant dans un bois, il vit un lion qui l’appela. Giouanin se mit à trembler de peur; mais pensant qu’il était inutile de fuir, il prit courage et s’avança pour lui demander ce qu’il voulait. Quand il fut près, le lion lui dit : « Giouanin, tu vois que nous sommes ici, moi, un chien, un aigle et une fourmi; nous avons cet âne mort à partager; tu as le sabre, fais notre part à chacun! » Giouanin coupa la tête de l’âne et la donna à la fourmi, lui disant : « Voici une tanière et de quoi manger tant que tu veux. )> Il coupa les jambes et les donna au chien, lui disant : « Voici de quoi ronger tant que tu veux ! » Il arracha les boyaux et les donna à l’aigle, lui disant : « Voici de quoi manger, tu peux tout porter sur les arbres que tu choisis ! » Tout le reste il le donna au lion, comme étant le plus gros des quatre et s’en alla. Il était déjà loin qu’il s’entendit appeler;
avec la peur de ne pas avoir fait les part justes, il retourna en arrière, mais le lion lui dit :
(( Tu nous as bien servi et nous ne t’avons rien donné en reconnaissance. Voici une de mes griffes, quand tu te la mettras tu deviendras un lion plus féroce que tout au monde. » Et le chien i « Voici une de mes moustaches, quand tu te la mettras tu deviendras le chien le plus agile qu’on aie jamais vu. » Et 1 aigle : « Voici une plume de mes ailes, tu peux devenir 1 aigle le plus gros et le plus puissant des airs. » Et la fourmi : « Et moi, je te donne une de mes petites jambes, quand tu te la mettras tu deviendras une fourmi tellement petite qu’on ne pourra la voir. » Giouanin prit tout, remercia et s’en alla. Quand il fut arrivé hors de vue, et comme il n’était pas sûr qu’on ne se fût moqué de lui, il fit l’essai et trouvant que c’était vrai, il s’en fut en avant tout content. Arrivé hors du bois, et sur le bord d’un lac, il vit, là, tout au milieu, le château du sorcier. Il se transforma en aigle et il vola et se posa sur le bord d’une » fenêtre fermée ; il se changea en fourmi et pénétra par une fissure, dans une belle chambre, sous la jupe de la fille du roi; il s ôta la jambette et se levant il fit taire une cabriole à la princesse. Elle s’efiraya mais Giouanin lui dit .
(( N’aie pas peur! je suis venu pour te déliver; il faut te faire dire par le sorcier ce qu’il faut