CORPS SANS AME
I pour le tuer. » La princesse dit : « Il est heu- ' reux que, dans ce moment, il ne soit pas ici,
: car il te mangerait; mais quand il arrivera : laisse-moi faire; maintenant, entre dans cette j chambre et demeure coi. » Peu après le sor- ; cier arriva et dit : « Je sens l’odeur de chréi tien! » Et la princesse dit : « Qui veux-tu que i ce soit? C’est moi ; tu sens l’odeur parce que tu t es absent depuis plusieurs jours! » Et elle le ! caressa et le fit asseoir près d’elle. Elle lui fit • mettre la tête sur ses genoux et après beaucoup i de choses elle finit par lui dire : « Tu vois, je I t’aime bien; mais tu sais aussi que je suis curieuse; eh bien, contente-moi, une fois, et dismoi comme il faut faire pour te tuer? Tu ne j dois rien craindre puisque, corps sans âme, tu ne j dois point pouvoirmourir ; or, je suis bien cont tente de cela, car je n’ai pas à craindre que tu me laisses. » Le sorcier lui répondit : « Je te le dirai, car tu ne peux me trahir. Pour me tuer il faut qu’il se trouve un lion qui mette à mort un lion noir qui est dans le bois; le lion tué, il en sortira un chien, et il faut qu’il se trouve un putre chien qui tue le premier. De ce chien sortira une aigle, si une autre aigle le tue et lui enlève l’œuf qui se trouve dans l’intérieur et
brise cet œuf sur mon front, je suis bel et bien 1 mort; cela te paraît-il facile? » Pendant ce temps Giouanin, qui avait tout entendu, changé
en fourmi, sortit de l’habitation changé en aigle, il vola dans la forêt où il se changea en lion. Il ne fut pas longtemps à trouver le lion noir, il l’attaqua et le tua; il en sortit le chien, il se changea en chien, l’attrapa et le tua; il en sortit l’aigle, il se changea en aigle, le poursuivit, le tua et en retira l’œuf, et retourna au château. Le sorcier s’était mis au lit et se sentait de plus en plus malade. Giouanin, en arrivant, trouva la princesse toute contente et il lui donna l’œuf en disant : « Maintenant c’est à toi d’agir. » La princesse lui répondit : « Comment as-tu fait? — Peu importe, va ! » Elle entra dans la chambre du sorcier qui lui demanda une tasse de bouillon en lui disant : « Quelqu’un m’a trahi, je sens que tout est fini pour moi! » Elle le consola, apporta le bouillon et, pendant qu’il buvait, elle lui brisa l’œuf sur le front! Le sorcier était mort. La princesse et Giouanin, contents et heureux, ouvrirent toutes les fenêtres du château. Ils virent une barque de pêcheurs qui s’approcha et ils appelèrent en faisant des signaux indiquant aux pêchemrs que le sorcier était mort. Puis, ils s’embarquèrent avec les trésors du sorcier pour retourner à la cour du roi. Les pêcheurs, apprenant que c’était la fille du roi que Giouanin avait sauvée, pensèrent qu’ils pouvaient le faire mourir et dire que c’étaient eux qui avaient tuéle sorcier. L’un deux