‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 109 sur 151 · I. Huit kilogrammes · texte numérisé non relu

I. Huit kilogrammes

jour précédent^ et quand l’heure fut proche elle se mit encore à pleurer. Voilà que de nouveau elle vit tomber des chiffons de la cheminée et en sortir une autre vieille qui agit comme la première. Au bout d’un quart d’heure, le lin étant filé, la vieille dont le nez était devenu deux fois plus long que l’autre, dit à la jeune fille qu’elle ne voulait qu’être invitée au dîner de noce : « Tu appelleras Colomnbara ; mais n’oublie pas mon nom, ou gare à toi! » Le prince arriva et dit à la jeune fille : « Tu as donc tout filé? — Oui, il y a longtemps que j’ai fini. » Le fils du roi lui donna, pour dernière épreuve, trois rups de lin à filer le lendemain. Les mêmes faits se reproduisirent une troisième fois, et la même demande, suivie de la même recommandation, fut faite par une troisième vieille, appelée Coloumboiin, dont le nez était devenu aussi long que celui des deux autres ensemble. Le fils du roi, complètement satisfait, dit : « Bien, alors tu seras ma femme. » En attendant, il donna les ordres nécessaires pour la fête et il envoya des cavaliers, de tous côtés, inviter les seigneurs et les nobles. Mais le jour du banquet, au moment de se mettre à table, l’épouse se rappela qu’elle devait inviter les trois vieilles; mais elle pensa et pensa en vain, elle ne savait plus leurs noms. Elle ne rit plus, ne parla plus et tomba en une mélancolie qui donnait à penser. Le prince lui

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j]i demanda ce qu’elle avait, il tenta tous les ! ! moyens à sa portée pour la faire parler, mais i l en vain. Il appela tous les plus habiles saltim- ' banques et les plus drôles farceurs de son pays ■; pour la faire rire : tout fut inutile, de manière P qu’il décida de tout renvoyer à un autre jour '• plus propice. Il alla seul un jour à la chasse; 1, il fut surpris par l’orage, au milieu de la forêt, P et il se mit à l’abri dans une petite cabane. i Pendant qu’il était là, il entendit une voix qui ?; appela : « O Coloumbina, Coloumbara, Coji loumboun, montez la marmite pour faire la polente ; cette maudite épouse devra nous la I, payer ! » Il se retourna et il aperçut trois vieilles : qui avaient un nez monstreux; l’un était plus ; long que l’autre. En retournant chez lui, il se ' disait : « Tiens, maintenant je sais comment la I faire rire; si elle ne rit pas à présent, elle ne i rira vraiment jamais ! » Il l’appela et lui dit :

: « Écoute, tu vas rire; aujourd’hui, pour me

mettre à l’abri de la pluie, je suis entré dans une cabane : j’ai entendu appeler Coloumbina! Coloumbara! Coloumboun! je me retournai et je vis trois vieilles au nez énorme; je m’imagine que Coloumbara l’avait plus long que Coloumbina et que le plus long était celui de Coloumboun. )) L’épouse eut un éclat de rire de folle et dit au prince : « Commande le repas de mariage; mais accorde-moi une grâce : puisque ce

sont ces vieilles avec leur long nez qui m’ont fait rire, je te prie de les inviter au repas. » Le fils du roi, content d’avoir pu faire rire sa femme, commanda la fête pour le lendemain, et, pour avoir occasion de rire, fit inviter les trois vieilles. De fait, elles vinrent, mais elles furent mises à part autour d’une petite table ronde, assez grande à peine pour placer un plat où elles pouvaient manger toutes trois ensemble, de manière que les nez se rencontraient et se battaient l’un contre l’autre de façon à faire crever de rire. A la fin, le fils du roi leur demanda ce qui avait pu leur procurer un aussi long nez. Coloumbina répondit : « Pour moi, c’est parce que j’ai filé un rup de lin en un quart d’heure. — Pour moi, » dit Coloumbara, « je l’ai deux fois plus long, parce que j’ai filé deux fois plus dans le même temps. — Et moi, » ajouta GoloumbOun, « je l’ai trois fois plus long, parce que j’ai filé trois fois plus de lin aussi dans un quart d’heure. C’est nous qui avons filé le lin que vous aviez donné à votre femme. Si elle l’avait filé elle aurait maintenant un nez aussi long que nos trois nez réunis. » Le fils du roi, apprenant ces choses, dit aux trois vieilles : « Avez-vous vos instruments à filer? — Oui, nous les portons toujours avec nous. — Bien, montrez-les ! » Et il les fit brûler aussitôt, parce que, si filer fait venir le nez long, personne ne doit le faire.

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