LE PRÉDESTINÉ
sera quand même. » Et il lui donna son fils. Alors le roi dit à son serviteur : « Prends cet enfant, porte-le dans le bois et tue-le; tâche de bien faire ce que je te dis. » Ce domestique alla dans le bois, mit l’enfant sous un arbuste fleuri et dit : « Quelque bête le dévorera, car je n’ai pas le courage de le mettre à mort. » Puis il retourna chez le roi et dit qu’il avait fait ce qui lui avait été ordonné. Le bois appartenait à un seigneur qui allait toujours à la chasse le matin, de bonne heure, avec ses chiens. Il s’approcha de cet arbuste et, entendant crier, dit : « O Dieu, ce matin au lieu de chasser les animaux je fais la chasse au chrétien! » Il prit l’enfant, revint chez lui et comme il n’avait pas d’enfants il dit à sa femme : « Tiens, voilà ce que j’ai trouvé ce matin sous un arbuste en fleurs, gardons-le. » Ils le firent baptiser et lui donnèrent le nom de Fiorindo, parce qu’il avait été trouvé sous des fleurs. Il devint grand et reçut l’instruction nécessaire ; il croyait être avec son père et sa mère. Mais un jour, se disputant à l’école, un élève lui dit : « Tais-toi, car tu es un bâtard; si tu t’appelles Fiorindo c'est parce qu’on t’a trouvé sous des fleurs. » Alors il revint à la maison, ne mangea plus et se mit dans la tête d’aller trouver son père et sa mère. Toutes les raisons du monde ne lui firent point changer d’idée. Alors on lui donna
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un cheval et de l’argent et on le laissa aller à sa guise. 11 marcha tant qu’il arriva en Espagne où il se mit au service du roi qui le voyant si bien élevé et si courageux, l’aimait beaucoup. Le roi d’Espagne avait une fille qui s’appelait Chiara-Stella et qui s’éprit de Fiorindo; quant à Fiorindo, cela va sans dire. Ce même roi avait aussi un frère qui était roi de Portugal et qui, devant donner une grande fête de trois jours, écrivit au roi d’Espagne de lui envoyer sa fille. Celle-ci ne voulait pas y aller, ne voulant point laisser Fiorindo; mais enfin elle finit par consentir après avoir dit à Fiorindo : (( Aie courage, après les trois jours je retournerai. » Quand elle fut partie, Fiorindo tomba dans la tristesse et se mit de nouveau en tête d’aller trouver son père et sa mère. Le voyant si mélancolique le roi lui demanda ce qu’il avait. Fiorindo lui raconta alors son histoire et le roi faisant appeler son serviteur lui dit : « Fidèle, tu dois me dire la vérité pure, car, “si tu ne me la dis pas, je te fais couper la tête. — Majesté, » répondit le domestique, w commandez. — Te rappelles-tu l’enfant de ce paysan qui regardait les étoiles? Qu’en as-tu fait? l’as-tu mis à mort? — Je n’en ai pas eu le courage, j’ai laissé aux bêtes féroces le soin de le dévorer. » Le roi lui répondit : « Çà suffit. » Puis il appella Fiorindo et lui dit : « Puisque