‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 119 sur 151 · LE PRÉDESTINÉ · texte numérisé non relu

LE PRÉDESTINÉ

tu veux aller à la recherche de ton père et de ta mère, va; mais auparavant rends-moi un service : porte cette lettre au roi de Portugal, mon frère, et ne la remets qu’en ses mains. » Fio-. rindo partit tout heureux se disant qu’au moins il verrait Ghiara-Stella. Dans la lettre il n’y avait que ces quelques mots : « Cher frère, je te prie de faire pendre celui-là même qui te remettra cette lettre. » A peine arrivé dans la cour du palais, Fiorindo aperçut Ghiara-Stella qui lui demanda comment il se faisait qu’il était là. A cela Fiorindo répondit : « Votre père m’a donné une lettre pour votre oncle. » Alors Ghiara-Stella voulut la voir, Fiorindo ne voulait point la donner, parce qu’il avait promis de la remettre lui-même; sur cela Ghiara- Stella la lui arracha des mains et se mit à la lire. Elle la déchira et en écrivit une autre dans laquelle elle mit : « Gher frère, pendant que tu es en fête, je te prie de faire épouser ma fille à celui qui te remettra cette lettre. » Fiorindo remit cette lettre au roi qui fit appeler sa nièce pour lui dire : « Voici un mari que le roi ton père t’envoie; es-tu contente?» Elle répondit : « Ge que fait mon père est toujours bien fait. » Et le roi les fit marier et les époux étaient heureux, car tout avait marché selon leurs désirs. Mais alors le roi d’Espagne se mit en colère et vint dire à son frère : « Tu as donné ma fille au fils

d’un paysan, je t’avais écrit de le faire pendre. » Alors le roi du Portugal lui montra sa lettre où il lui disait de le marier à sa fille. Après quoi le roi d’Espagne raconta à son frère comment il avait fait la rencontre du paysan qui regardait les étoiles, et qui lui avait dit, en lui confiant son fils, que ce que Dieu promettait arrivait quand même. Alors le frère lui répondit : « Au destin de Dieu tous sont soumis. » Et le roi appelant Chiara-Stella lui demanda : « Où est Fiorindo? » Elle dit à son père : « Si vous me promettez de lui pardonner je l’envoie chercher. » Et le roi mit la couronne sur la tête de Fiorindo en lui disant : « Ah, ton père était un grand coquin qui a su bien lire dans les étoiles! »

Conté par d/‘"® Catarina Grande de Gênes.

Comparer : Grimin, 29. — Imbriani, N. F. 34. — Hahn, 20.

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