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LES FILS DU PECHEUR

des fils, plus encore pour retrouver ses frères que pour faire fortune, se mit aussi en voyage. Ayant une conduite sobre il put visiter bien des pays sans jamais rien apprendre sur ses frères. Cependant un jour, ayant rencontré une vieille sorcière qui demandait l’aumône, il lui tendit une pièce d’argent et lui demanda si elle ne pourrait point lui donner des nouvelles de ses frères. Cette bonne sorcière, en lui indiquant le lieu précis où ses frères avaient été changés en statues, tira une reluisante épée de ses habillements et la lui donna en lui disant : « Avec ce précieux talisman vous pourrez mettre vos frères en liberté et couper la tête à quiconque a fait du mal à vous et aux vôtres. » Il la remercia vivement, se dirigea vers le lieu indiqué, y rencontra la méchante sorcière à qui il asséna un si beau coup d’épée qu’il lui détacha la tête des épaules; avec la même arme, ayant touché ses frères, il put les ramener vivants, en chair et en os. Puis il se mit en quête de nouvelles aventures. Arrivé dans une certaine ville il vit que toutes les églises étaient tapissées de noir. Il apprit de quelques citoyens que le lendemain la fille du roi devait être dévorée par un monstre à sept têtes, et il se chargea de la sauver, à la condition que le roi la lui accorderait comme épouse. Alors il se mit à la recherche du monstre et d’un seul coup de son épée il

réussit à lui couper ses sept tetes et à le tuer. La joie fut immense et déjà tout se préparait pour le mariage de la fille du roi avec l’heureux aventurier; mais ce dernier reçut avis que son père était en danger de mort et les fêtes furent renvoyées à un autre moment. Il partit pour le lieu natal. Pendant sa longue absence un coquin, qui lui ressemblait beaucoup de visage et de la voix, réussit à s’emparer des sept têtes laissées en garde à un domestique infidèle, puis s’étant présenté au roi obtint que le mariage fut fixé au lendemain. Déjà les deux époux avec la suite des courtisans étaient prêts à se mettre en route pour l’église, quand le fils du pêcheur apparut et se déclara le légitime prétendant à la main de la fille du roi. Le coquin, pour preuve de son honnêteté, présenta les sept têtes; mais le fils du pêcheur lui fit observer qu’il leur manquait la langue et, comme preuve, sortit les sept langues d’un étui. De sorte qu’il put se faire reconnaître comme le vrai sauveur de la fille du roi et en devenir l’époux. Il eut la consolation d’embrasser ses frères, ainsi que son père dont la santé était rétablie. Quant au coquin, on dit qu’il fut envoyé dans une prison méditer sur la vanité des grandeurs.

Conté par le poète Vigo.

Comparer : Sp, qg.

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