L’ÉPÉE ROYALE
UN jeune prince, se promenant un jour dans un bois avec son précepteur, vit sur un rameau un petit oiseau qui chantait. Il lui vint l’envie de le prendre et se mit à le pourchasser; il allait l’atteindre lorsque le petit oiseau lui dit : « Prince Alban, sois maudit jusqu’à ce que tu sois capable d’aller et venir le long du chemin des sept sorciers et que, arrivé là, tu puisses t’emparer de l’épée du roi qui fut volée dans son palais. » L’enfant, effrayé de ces paroles, s’en fut à la maison et raconta à son père ce qui lui avait été dit. Le roi s’évanouit de peur et dit à son fils : « Vois-tu, je ne te verrai peutêtre plus, parce que de tous ceux qui y sont allés, aucun n’est revenu, oubliant la route au retour, ils sont tous morts de faim. Mais, puisque tu es ainsi condamné, va chez le vieux Si-
mon, donne-lui tout ce qu’il désire et demandelui comme tu dois faire pour te tirer d’un aussi mauvais pas. » Le prince alla chez le vieux Simon, le paya somptueusement et attendit ses conseils. « Vois-tu, » lui dit le vieillard, « tu te tireras d’affaire si tu fais scrupuleusement ceci : prends un baril d’huile, mets ce baril sur ton cheval et, de temps en temps, laisse tomber quelques gouttes d’huile sur la route. Au retour tu en cherchéras les traces et cela te servira de guide. )) Il le fit et se dirigea vers le château des sept sorciers. Ceux-ci avaient la forme de chevaux et le soir ils se transformaient en sept belles jeunes filles qui auraient séduit n’importe qui. Gomme de juste, le jeune prince, en arrivant, vit les sept chevaux et, comme le sien était déjà fatigué, il lui vint à l’idée de s’en approprier un; mais, fort heureusement pour lui, une voix sortant du baril lui dit : « Par ordre du vieux Simon, ne les touche point, sinon tu es changé en une statue de sel. » Le prince obéit à cette voix et se dirigea le soir vers la porte du château sur le seuil duquel il vit une belle jeune fille qui lui dit : « Prince, tu m’aimes et tu es venu me délivrer, peutêtre ? — Prends garde, dit la voix sortant du baril, c’est un des sept sorciers; si tu te laisses séduire, tu ne retournes plus à la maison. » Le prince répondit avec une voix ferme à la demoi-