LE MÉCHANT FRERE
princesses, heureux du succès de la cure, le j chargèrent de présents et de remercîments. Ils voulaient le retenir; mais il leur dit qu’il lui fallait arriver en France pour son mariage. A peine de retour à cette cour où on l’avait attendu commé on attend le Seigneur, ce pompeux mariage fut célébré. Un jour, pendant qu’il allait monter en carosse, il vit s’approcher un malheureux lépreux, enveloppé de haillons et efemandant l’aumône. En lui mettant quelque argent dans la main il le regarda bien parce qu’il crut le reconnaître pour son frère. Enfin il lui dit : « Tu ne me reconnais pas? » Le pauvre le regarda aussi et lui répondit : « Gomment as-tu fait pour devenir si riche? » Alors le frère riche conta ses aventures à celui qui était malheureux et qui se disait : « Je ferai peut-être bien d’aller aussi un peu sur cet arbre; qui sait quelle fortune m’y attend! » C’était par une belle soirée; leste comme un chat il courut au pied de l’arbre miraculeux. Doucement, lentement il grimpa sur la branche et s’assit à la même place où s’était assis son frère. Minuit sonna, toutes les sorcières arrivèrent. Elles coupèrent plusieurs arbres et en firent de beaux fagots; puis elles y mirent feu et dansèrent autour de cet immense fallut. Elles s’assirent ensuite et l’une d’elles commença : « Sais-tu que l’on a guéri le fils du roi d’Espa-
gne? » Et l’autre : « Oui, la fille de France aussi! — Vraiment? — II faut que quelqu’un nous ait épiées. — Maintenant donc, avant de ^nous mettre à f^arler, visitons partout ici; s’il y a quelqu’un, nous allons l’arranger. » Alors toutes les sorcières se mirent à chercher dans les recoins, à visiter les arbres avec soin et enfin elles virent là-haut, perché et cherchant à se faire petit autant que possible le malheureux lépreux. « Ah, te voilà beau merle! descends afin que nous arrangions nos comptes. » Il ne voulait point, mais elles le saisirent par les jambes et elles le tirèrent en bas pour le Jeter dans le feu. Le malheureux pendant son supplice se disait : « Il est vraiment vrai que qui fait bien a bien et qui fait mal a mal. »
Conte par Guglielmo de Paoli, de Varese-Ligure.
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