‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 134 sur 151 · LA MARATRE · texte numérisé non relu

LA MARATRE

dans la pièce; mais cette défense même excita la curiosité de tous les courtisans et de sa sœur. Celle-ci parvint à entrer dans la chambre de son frère et, voyant cette magnifique personne inanimée et ses beaux cheveux, eut la fantaisie de les peigner. En le faisant elle sentit la tête de l’épingle, la retira et la belle fille retourna à la vie. Lorsque le fils du roi arriva il lui fut facile de s’apercevoir que quelque chose était arrivé. Sa sœur vint à lui et lui dit de venir voir ce qu’il y avait dans sa chambre. Ayant ouvert la porte et voyant la jeune fille revenue à la vie il s’élança pour la prier de l’accepter pour époux. Le mariage se fit, mais ils n’eurent à passer ensemble que peu de Jours heureux, car la guerre ayant été déclarée, le fils du roi fut contraint d’y aller et de laisser sa femme aux soins de ses parents. Vers la fin de l’année elle eut deux jumeaux, un beau garçon et une belle fille. On envoya aussitôt un domestique fidèle porter une lettre au mari. Le domestique après avoir chevauché longtemps vint par hasard demander l’hospitalité dans l’auberge du père. La belle-mère, qui était au courant des aventures de sa belle-fille, parvint, pendant que le domestique dormait, à s’emparer de la lettre et à la remplacer par une autre dans laquelle on disait au fils du roi que sa femme était accouchée d’un chien et d’une

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chienne. Le domestique, sans penser à mal, se mit en route le matin venu et arriva auprès du fils du roi qui fut frappé de l’étrange nouvelle ; mais qui répondit, ensuite, qu’on lui gardât quand même les deux enfants, qu’ils fussent chiens ou matous. Le domestique en retournant vint encore demander un lit dans l’auberge. La belle-mère réussit encore, pendant la nuit, à s’emparer de la lettre et à la remplacer par une autre dans laquelle il était ordonné de se défaire de la mère et des enfants. A cet ordre étrange, les parents surpris hésitèrent longtemps à obéir; enfin, ils pensèrent qu’il le fallait, et un beau matin ils renvoyèrent la mère et les enfants. La jeune femme ne savait ou aller. Elle s’éloigna, un enfant sur chaque bras, en pleurant. Elle s’arrêta dans une forêt, alluma trois feux, un pour le Seigneur, un pour la Vierge et un pour saint Antoine, puis se mit à prier, comme elle n’avait jamais prié. Elle entendit une voix, dès que sa prière fut faite, qui lui dit : « Que demandes-tu? » Elle répondit : « Je demande une maison et les moyens d’élever mes pauvres enfants. » Elle n’avait pas encore fini de parler que la maison s’élevait miraculeusement devant elle. Heureuse, elle remercia Dieu du miracle qui venait de s’accomplir et s’installa dans sa nouvelle demeure où elle vécut en paix, élevant ses enfants; mais

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