L’INGRATITUDE
IL y avait un jeune homme assez riche qui se dit comme ceci : « Que fais-je, il faut que je me marie » ; et, il se maria. Quand ils furent mariés, sa femme voulait commander, et tous les soirs, quand il revenait du travail, elle lui cherchait querelle. Elle en arriva au point de le frapper quand il arrivait. Cet homme était si bon, si débonnaire, qu’il jugea à propos de s’en aller pour la punir. Il s’enfuit à la garde de Dieu et il marche. Quand il fut à une' certaine distance, il rencontra un gros serpent sous une lourde pierre qui lui dit : « O bel homme, venez un peu me lever d’ici; car il y a déjà passé bien du monde et personne n’a encore voulu me faire le plaisir de me venir en aide. » La compassion le prit et il lui enleva la pierre de dessus. Ce serpent, quand il fut, libre, dit à l’homme :
« Il y a déjà bien du temps que je suis sans manger et j’ai faim, il faut que je te mange! » Cet homme dit : « Après le service que je t’ai rendu tu veux me manger ! — Oui, parce que, comme il ne passe personne autre, je suis obligé de te dévorer! — Eh bien, faisons une chose, allons nous-en ensemble; si nous rencontrons trois personnes qui disent que tu fais bien de me manger, eh bien tu me mangeras ! » Ils se mettent en route et le premier qu’ils trouvent était un chien vieux, bien vieux. Ils lui disent : « O beau chien, jugez un peu cette affaire; voici, il y avait un serpent qui était sous une grosse pierre et qui m’a supplié de le lever de dessous cette pierre, et je l’ai levé et maintenant il me veut dévorer! Gela est-il juste? — Moi, quand j’étais jeune, c’était à qui pouvait me caresser; maintenant que je suis vieux, mon maître m’a chassé ; votre affaire ne me regarde pas! — Et d’un qui te donne tort, dit le serpent à l’homme. — Eh bien, allons en chercher encore deux autres! » Ils firent un certain bout de chemin, ils trouvent un vieux cheval et ils lui disent de juger cette affaire et l’homme dit : O Est-ce juste? — Moi, quand j’étais jeune, j’étais dans les brancards d’une voiture de milord; plus tard, on me vendit à un charretier qui me donnait plus de coups que de foin; maintenant, que je ne suis plus bon à rien, ils