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le roi d’aNGLETERRE

cette montagne qui me cache le soleil? Demain matin je veux avoir le soleil dans ma chambre; pour cela vous abattrez la montagne. » Un nain lui remit une pioche en bois et le conduisit sur la montagne. Au premier coup qu’il donna, la pioche se cassa ; « Hélas! si j’avais les soldats que j’ai rassassiés quand ils avaient faim, comme ils auraient vite fait d’abattre la montagne. » A ces paroles les soldats apparurent et leur chef lui dit : « Je vous avais bien promis de vous aider dans le besoin! Vous nous avez appelés, nous voici ! » Le lejidemain la fée, en s’éveillant, vit pour la première fois le soleil dans sa chambre. « Il n’a pas pu faire cela tout seul, » pensa-telle, « quelque puissance le protège; néanmoins il me plaît. » Lorsque le jeune homme apparut devant elle, elle lui dit : « Je ne suis pas encore vaincue ; l’épreuve qui vous reste à subir est bien plus difficile. Il s’agit de remplir cette petite fiole avec de l’eau de longue vie prise au jardin dans un puits presque tari. Une colombe partira dès ce soir à six heures pour faire le même travail; vous ne partirez que demain à sept heures; néanmoins il vous faudra m’apporter la hole avant que la colombe ne revienne. » A l’heure fixée, il se rendit auprès du puits avec la fiole. Il vit la colombe qui allait repartir ayant terminée sa besogne. « Je suis perdu, » s’écria-t-il ; « ah ! si un de mes amis les corbeaux

était ici! » Aussitôt un corbeau arriva qui arracha la fiole au bec de la colombe et la posa à terre. « Ne me remercie pas », dit-il au filleul du roi, « un bienfait n’est jamais perdu. » Le jeune homme se hâta de regagner le palais et d’aller déposer la fiole dans la chambre de la fée. Celle-ci lui dit : « Vos épreuves sont terminées ; je suis à vous, vous pouvez m’emmener. » A la cour, les uns disaient : « Il ne reviendra plus, » d’autres, « il est mort ! » Un jour, on entendit un grand bruit de grelots et le galop de nombreux chevaux. C’était la fée Sibiane qui arrivait. Elle montait un magnifique cheval blanc, et elle avait son vainqueur à ses côtés. Une troupe de nains munis d’instruments de musique la précédait et une autre la suivait. Le sorcier crut mourir cie rage en revoyant son serviteur. Il comprit que le jeune homme allait tout dévoiler au roi. Aussi résolut-il de s’en débarrasser à tout prix et il paya deux hommes pour l’assassiner. Le roi donna le lendemain une grande fête en l’honneur de la fée. On fit asseoir le conquérant à côté d’elle. Pendant le repas quelqu’un vint dire au jeune homme qu’on l’appelait au dehors pour une affaire pressante.

« Ceux qui vous demandent sont assez loin d’ici! » Et on le conduisit dans un bois. Un coup de sifflet retentit, quatre hommes se jetèrent sur le filleul du roi, l’un d’eux lui donna

LE ROI d’aNGLETERRE

un coup de couteau qui l’étendit roide mort. Ils l’enterrèrent au pied d’un arbre. Cependant à la table royale on s’inquiétait de cette absence. Au moment meme, où, dans la forêt, l’assassin donnait le coup de couteau, la fée s’évanouit. Quand elle eut repris connaissance : « Vite! » s’écria-t-elle, « courons à la forêt! » En disant ces mots elle regarda le sorcier qui était extrêmement pâle. Elle alla droit à l’endroit où le jeune homme était enterré. Quatre de ses I nains s’avancèrent et creusèrent la terre fraiche- I ment remuée. Au bout de quelques minutes ils j retirèrent du trou le corps du jeune homme.

! La fée, prenant la fiole d’eau de longue vie, en prit quelques gouttes avec lesquelles elle frictionna le mort, si bien qu’il se leva. « Roi, » dit la fée, (( voilà le meurtrier! » Et elle indiqua le sorcier. Le roi le fit saisir et mettre immédiatement à mort. Le lendemain on célébra en grande pompe le mariage du filleul du roi et de la fée. Ils eurent beaucoup d’enfants et furent heureux ; mais comme la fée avait épousé un mortel, elle dut mourir comme lui.

Conté par Angéline Moretti.

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