‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 66 sur 151 · LE PAYS DES BRIDES · texte numérisé non relu

LE PAYS DES BRIDES

■un de ses palais. Son fils ordonna à la domestique d’aller seller son cheval. Celle-ci au lieu de lui mettre la selle, mit la bride, et demanda à sa maîtresse de la laisser aller voir le bal, ce que celle-ci refusa avec indignation. Le jeune seigneur, pendant ce temps, se préparait à partir, et ne trouvait pas son cheval sellé. Il appela la domestique, prit la bride et lui en donna de grands coups, si bien qu’elle remonta en pleurant chez sa maîtresse qui la consola de son mieux. Encouragée par ces bonnes paroles, la pauvre jeune fille réitéra sa demande. « Je ne le puis )), répondît la dame, «il n’est pas d’usage que les domestiques aillent au bal, vous êtes trop malpropre. » Le soir venu la filleule se dit : « Il faut pourtant que j’aille à ce bal, » et elle prépare sa toilette. Elle cassa la noix que lui avait donnée sa marraine, et il en sortit une belle robe, dont le dessin représentait la mer et les poissons. Au premier coup de peigne qu’elle donna à ses cheveux, ils devinrent comme de l’or et tombèrent tout en boucles sur ses épaules. Ses souliers aussi étaient dorés. Lorsqu’elle fut prête elle descendit, et trouva un cheval tout préparé. Dans la salle du bal, tout le monde fut ébloui de sa beauté. Le fils du seigneur voulut danser avec elle, et lui demanda son nom, mais elle ne répondit pas. « De quel pays êtesvous », lui dit-il? — « Du pays des Brides, »

répliqua-t-elle ; après ces mots elle sortit précipitamment, monta sur son cheval et partit. Le jeune homme essaya inutilement de la suivre. Après le bal il alla trouver sa mère et lui dit : « O mère, j’ai vu une jeune fille si belle que j’en suis devenu amoureux; mais elle m'a quitté sans vouloir me dire son nom. Si je ne la revois pas, j’en mourrais ». « Mon fils, « répondit la mère, « donne un second bal et peut-être y viendra-t-elle. » Une seconde fête fut donc préparée. Mais lorsque la servante demanda de nouveau à sa maîtresse la permission d’y assister, elle rencontra le même refus que la première fois et se retira en pleurant dans sa chambre. Au même instant, son maître voulant monter à cheval, pour se rendre au bal, s’aperçut que la jeune fille avait sellé mais non bridé l'animal ; il la fit descendre, la battit avec la selle, et s’éloigna plus mécontent que jamais. Le soir, à la même heure que la première fois, la filleule de la sorcière fit sa toilette de bal. Elle cassa l’amande, et elle y trouva une robe sur laquelle était brodé le soleil. A son entrée dans la salle le jeune seigneur la fit danser comme la veille. Il lui demanda une seconde fois son nom et celui de son pays. La première question resta sans réponse; à la seconde : « Je suis, » dit-elle,

« du pays de la Selle, » et à ces mots elle voulut s’éloigner. Mais le jeune homme, la retenant par

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