‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 67 sur 151 · LE PAYS DES BRIDES I · texte numérisé non relu

LE PAYS DES BRIDES I

le bras, la conduisit jusqu’à sa monture, et l’aida à se mettre en selle; mais, tirant un fouet de sa poche elle en donna un coup sur les yeux du curieux et disparut. Le prince, de retour chez lui, confia encore ses chagrins à sa mère, qui lui conseilla d’essayer encore, et un troisième bal fut donné. Mais lorsque le jeune homme voulut s’y rendre, les étriers manquaient, à son cheval, ce que voyant il fit venir la pauvre servante et, allant lui-même chercher les étriers, il les lui jeta à la figure et partit. La filleule de la sorcière monta chez sa maîtresse pour se plaindre, mais celle-ci lui dit : « Ce n’est pas par méchanceté que mon fils agit ainsi, mais parce qu’il est malheureux. Il a vu au bal une fille si belle qu’il s’en est épris et veut l’avoir pour femme, mais il ne peut pas savoir son nom; elle ne veut pas le dire et personne ne la connaît; il donne encore un bal ce soir, et il m’a dit que c’est le dernier, et que

s’il ne réussit pas, il mettra fin à ses jours. — O madame, » dit la servante, « puisque c’est le dernier bal, laissez-moi y aller un moment. Je me cacherai si bien que personne ne me verra. » Cette fois-ci la bonne dame lui donna la permission. Alors la fille alla dans sa chambre, pour s’habiller. Elle cassa la noisette et il en tomba une belle robe sur laquelle la lune se trouvait brodée. A l’heure ordinaire elle partit

et tous les invités s’approchèrent pour l’admirer. Elle était plus belle encore qu’elle ne l’avait été. Le jeune seigneur s’avança vers elle pour la faire danser. « Je vous en prie, » lui dit-il, « qui êtes vous, et quel est votre pays ? — Mon pays, c’est celui des Etriers, » répond-elle, « quant à mon nom, je ne puis vous le dire, » et elle sortit. Le prince la suivit. Pour se débarrasser de sa présence, la belle fille, mettant la main dans sa poche, en sortit une poignée de sable qu’elle jeta à la figure du prince et en le faisant elle disparut. Lorsqu’il raconta à sa mère sa malechance : « Et son pays te l’a-t-elle aussi laissé ignorer, » lui demanda-t-elle? — Je ne comprends rien à ses paroles, » dit le fils ; « le premier soirelle m’a dit lepays des Brides, le second soir, de la Selle, et le troisième des Etriers. » A partir de ce jour on le vit dépérir, rien ne pouvait le rendre à la santé. Un jour la domestique dit à la mère. « Madame, permettez-moi de préparer Jes repas de votre fils, peut-être qu’il les acceptera. — Comment osez-vous me faire une pareille demande, » s’écria la mère. La pauvre servante alla dans sa chambre et on ne la vit plus de la journée. Le soir de ce même jour, à l’heure où s’était donné le bal, la filleule de la sorcière changea de robe. Elle mit encore celle qui était couleur de lune et se présenta devant le malade. « Que vois-je, » s’écria-t-il, « est-ce vrai-

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