‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 73 sur 151 · LA FLEUR QUI CHANTE · texte numérisé non relu

LA FLEUR QUI CHANTE

IL était une fois un roi et une reine qui avaient trois fils. Un jour, le roi tomba malade et dit à ses enfants : « Allez me chercher de la mauve pour me faire de la tisane. Celui qui en apportera le plus aura ma couronne en héritage. » Ils s’eil allèrent aussitôt à la recherche de la fleur bienfaisante et firent une ou deux lieues ensemble; puis les deux aînés se séparèrent du plus jeune qui continua son chemin. Il chercha partout de la mauve; mais, n’en trouvant pas, il se mit à pleurer. Enfin, séchant ses larmes, il se remit à l’œuvre et rencontra, chemin faisant, de vieilles sorcières auxquelles il s’adressa : «Je cherche de la mauve pour mon père qui est bien malade. Savez-vous où je peux en trouver? » Elles lui montrèrent alors un champ où il y en avait beaucoup. Quant il en eut

rempli son panier, il se remit joyeusement en route en les remerciant de tout son cœur de l’avoir si bien aidé. Tout en marchant, il rencontra l’aîné de ses frères qui n’avait pas cueilli autant de mauve que lui et qui lui cria : « Donne-moi de ta mauve, sinon je te tue! — Mais non, » répondit-il, « va en chercher toimême si tu veux! » Alors le prince aîné tua son petit frère àœoups de pierres et l’enterra dans un champ rempli de magnifiques fleurs. Puis il s’en retourna chez son père. Celui-ci lui ayant demandé : « Où est ton frère? » il répondit : « Je ne lé sais pas, il nous a laissés en route. » Un jour, un berger vint à passer à l’endroit où le fils cadet du roi était enterré et il cueillit la plus belle des fleurs qui croissaient là. Quand il l’eut prise dans sa main, elle se. mit à chanter : « Berger, ô berger! ce n’est pas toi qui m’as tué, mais mon frère aîné, pour un peu de mauve ! » Le berger porta la fleur au roi qui la prit dans sa main. Aussitôt la fleur se mit à chanter : « Mon père, ô mon père ! ce n’est pas toi qui m’a tué, mais mon frère aîné pour un peu de mauve ! » Le roi donna la fleur à la reine, et elle chanta : « Ma mère, ô ma mère! ce n’est pas toi qui m’a tué, mais mon frère ^ aîné pour un peu de mauve ! «.La reine donna alors la fleur à son fils aîné, et elle se mit à chanter plus fort : « O mon frère, mon mal-

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heureux frère! c’est bien toi qui m’as tué pour un peu de mauve, afin d’hériter de la couronne ! » Le père et la mère se firent aussitôt conduire à l’endroit d’où venait la fleur. On creusa la terre et on retrouva le cadavre du ‘jeune prince qui fut transporté dans le cimetière de la ville. Deux jours après, le roi fit monter son fils aîné sur l’échafaud, et ce fut le second de ses fils qui hérita de la couronne.

Conté par Honorine Muratoré.

Comparer ; Cosquin, 26. — Grimm, 28. — Comparetti, 28. — Imbriani, C. P. p. igS.

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