LE MORT RECONNAISSANT
(OU JEAN DE CALAIS) Variante I.
Dans la ville de Calais vivait autrefois un marin nomme Jean que sa conduite cor- ’ recte faisait aimer de tous. Tandis que son j navire attendait le beau temps pour mettre à la ' voile, Jean se promenait tranquillement dans les rues. Un jour, il aperçut un cadavre que des chiens se disputaient. Il courut aussitôt chez le menuisier où il commanda un cercueil pour le cadavre qu’il fît ensevelir. Il se rendit ensuite à bord de son navire qui lève l’ancre et part, car le temps était beau. A quelques milles de Calais il aperçoit au loin une barque montée par plusieurs personnes. Cette barque contenait la tille du roi d’Angleterre et sa suivante ainsi que plusieurs gentilshommes. Ces derniers, se trouvant seuls avec ces deux gentilles filles, avaient résolu de les séduire. Ils en étaient aux mena-
ces quand elles aperçurent le navire qui se dirigeait de leur côté; elles jetèrent de grands cris, implorant le secours du capitaine. Jean accourt et comme l’équipage était plus nombreux que les gens de la barque, on eut bientôt raison de leur résistance et les deux demoiselles sont ' amenées à bord. Restés seuls dans leur barque, i les gentilshommes s’efî’rayent. L’un deux, qui était le fiancé de la jeune reine s’écrie : « Qu’allons-nous dire au roi son père? — Nous dirons », répondirent les autres, « qu’elles se sont noyées. » Ce qui fut dit fut fait. Jean avait conduit la reine chez lui. Il l’entourait du plus grand respect et continuait ses voyages. Un jour, il proposa à la reine de l’épouser. Touchée de la conduite de ce brave marin, elle y consentit et le mariage eut lieu. Quelque temps après, ils eurent un garçon et Jean, transporté de joie, fait faire le portrait de sa femme et celui de son fils pour les placer à l’avant du navire. Le navire dut partir pour la capitale du royaume. Arrivé dans le port, chacun est étonné à la vue des portraits, on croit reconnaître la fille du roi. On rend compte au roi de ce qui se passe, et le monarque veut voir à son tour le navire, et demeure frappé de la ressemblance qui existe entre le portrait et sa fille défunte. 11 fait appe-