LA FEMME DU VOLEUR
IL y avait une fois un marchand qui était veuf.
Or, devant s’absenter pour s’approvisionner, et ne voulant pas laisser sa fille seule, il pria une cousine de venir habiter avec elle. Le jour du départ se passa sans aucun incident; le soir venu, et au moment où elle allait faire sa prière, la cousine aperçoit quelque chose dans le miroir qui remLie sous le lit. Elle se relève aussitôt, et feignant d’avoir oublié son bonnet de nuit, elle dit à sa cousine de l’attendre, qu’elle irait en prendre un chez elle et qu’elle retournerait immédiatement. Elle partit ; mais la pauvre fille attendit en vain son retour. Elle se dispose alors à se coucher; mais à peine est-elle au lit qu’elle entend remuer au-dessous de sa couche. Elle laisse la lampe allumée, feint de
dormir, ronfle et attend. Un homme était, en effet, caché sous le lit. Celui-ci, croyant la jeune fille endormie, sort de sa cachette, dépose sur la table de nuit toutes ses armes et sort de la chambre dans le but d’appeler des complices, car cet homme n’était autre chose qu’un chef de voleurs. La jeune fille se lève aussitôt et ferme la porte; mais le brigand s’en étant aperçu s’écrie : « Mademoiselle, de grâce, faitesmoi au moins passer mon poignard. » La jeune fille répondit : « Volontiers, mais à condition que vous passerez la main pour le prendre par le trou qui est au bas de la porte. » La jeune fille coupa alors la main du bandit et la déposa sur la table à côté des armes. Le reste de la nuit se passa sans autre accident, et la cousine ne reparut plus tant que dura l’absence du père. Celui-ci, de retour de son voyage, et avant même de rentrer chez lui, va visiter la cousine pour s’informer de sa fille. Celle-ci lui raconte alors qu’elle a vu un homme sous le lit, et que sa fille était bien coupable, puisque elle permettait de semblables visites. Furieux, le père rentre chez lui. Sa fille, le voyant, courut pour l’embrasser, mais celui-ci la repoussa vivement, en lui reprochant sa conduite pendant son absence. La jeune fille voulant alors se justifier mena son père dans sa chambre, lui montra la main et les armes et lui raconta le fait. Le père