LA FEMME DU VOLEUR
alors serra sa fille dans ses bras, la félicita de son courage et blâma sa cousine. Peu de temps après, un beau monsieur habillé de noir, ganté, se présenta au père et lui demanda la main de sa fille. On consentit au mariage. Les noces se firent avec pompe. Mais la mariée était triste, elle avait de sombres pressentiments ; il lui semblait reconnaître les traits du voleur dans ceux de son époux; elle fit part de son idée à son père qui la rassura en disant : « Ne remarques-tu pas qu’il est bien ganté. » Après la noce, le départ arrive. Une voiture emporte les époux : elle se dirige vers une forêt, tout-àcoup elle s’arrête. Elle se trouve entourée d’une bande de voleurs qui prennent l’épouse et l’enchaînent à un arbre. Près de là, était une grotte qui servait de demeure aux assassins. C’est là que l’époux, qui était, en effet, le chef de la bande, réunit ses camarades et leur annonce que la jeune femme doit mourir par les plus affreux supplices. « Ne vaudrait-il pas mieux, » dit l’un d’eux, « la garder avec nous pour apprêter nos repas? — Non, » dit le chef, « il faut qu’elle périsse demain. » Or, pendant que les voleurs étaient allés faire une battue dans les environs, la vieille domestique des voleurs, à qui l’on avait confiée la prisonnière, coupa les cordes dont celle-ci était garrottée et lui rendit la liberté. La jeune femme délivrée se mit à
courir; tout à coup elle entend un coup de sifflet : c’étaient les voleurs. Effrayée, elle se cacha derrière un buisson, et toute la bande passa près d’elle sans l’apercevoir. Dès qu’elle le put, elle reprit sa course. Au sortir de la forêt elle rencontre une auberge. Elle y entre, et raconte tout à l’aubergiste, en le priant de la cacher dans un endroit bien sûr. Celui-ci accepte volontiers et promet de garder le silence. Tout à coup, on frappe à la porte; après avoir caché la jeune femme, l’aubergiste va ouvrir. Plusieurs hommes se présentent. « N’auriez-vous pas aperçu une jeune femme, » dirent-ils? — « Oui, en effet, » répondit-il, « mais elle était de l’autre côté de la route, et courait à toutes jambes. » Les voleurs, se fiant aux paroles de l’aubergiste, continuent leur recherche du côté de la route qui venait de leur être indiqué. Le père averti, vint chercher sa fille, et remercia l’aubergiste comme il le méritait. Un an après, un individu se présente chez le marchand. « J’ai, » dit-il, « un chargement d’oranges, me permettrez-vous de les laisser en dépôt chez vous pour peu de temps; je vous paierai, bien entendu, pour le dérangement que cela vous occasionnera. » Le marchand consentit, on déchargea les caisses, on en déposa dans le magasin, dans diverses pièces de la maison, et même dans la chambre de la fille. Le soir venu, cette der-