Diodore de Sicile, p
30 Contes de Moncrif.
ne se donnoit-on pas pour conserver le chat d'une maison? Quelle prévenance sur tous ses goûts? Quelle attention à lui faire passer une vie agréable ? On a vu un chat désobligé faire avorter les projets politiques et semer le désordre et la rébellion. L'Egypte, sous l'un des Ptolomées, fut le théâtre de cette grande aventure; le nom romain y étoit alors également craint et honoré. Les Égyptiens accueilloient avec soumission tout ce qui venoit d'Italie. Il arriva qu'un Romain fit quelque insulte à un chat, ce fut même sans nul dessein ; cependant tout le peuple s'arma pour en tirer vengeance : ni la présence des magistrats, ni les menaces de Ptolomée ne purent arrêter sa fureur ; le coupable fut massacré ; ainsi la puissance romaine cessa d'en imposer, dès qu'elle eut pour rivale la cause d'un chat outragé.
Ce respect des animaux influoit sur toutes les actions des Égyptiens. Ceux qui habitoient les villes vouoient leurs enfants à ces animaux sacrés. Vous jugez bien, madame, que ce ne pouvoit être qu'aux chats que les gens du monde étoient voués. Voici quelle étoit cette cérémonie : on rasoit la tête de l'enfant entièrement ou à moitié, ou seulement la troisième partie ; ensuite les cheveux étoient pesés dans une balance avec une quantité d'or ou d'argent proportionnée, et quand la pesanteur du métal remportait, cette offrande étoit remise à la personne qui veilloit sur le chat auquel l'enfant
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venoit cTêtre voué : elle en achetoit du poisson et du pain qu'elle mêloit avec du lait pour la nourriture de l'animal respecté1.
Cette fonction étoit extrêmement enviée ; on en étaloit les marques avec pompe, on portoit à découvert le portrait du chat auquel on étoit voué : cet appareil attiroit le respect des citoyens toujours prosternés devant ceux à qui la garde des animaux sacrés étoit confiée 2 ; et comme chaque palais destiné à ces animaux n'en contenoit que d'une seule espèce, imaginez, madame, quelle étoit la fortune d'un citoyen qui pouvoit toute sa vie se trouver pour unique devoir la satisfaction de s'occuper des chats, et jouir ainsi de la considération publique 3.
Cet amour des chats, chez les Égyptiens, n'a jamais paru avec plus de constance et de grandeur d'âme que dans la guerre qu'ils eurent à soutenir contre Cambyse, dans la quatrième année de son règne. Ils étoient alors gouvernés par Psammenite, qui venoit de succcéder à Amasis.
L'ambitieux Cambyse, ne pouvant s'ouvrir l'entrée de l'Egypte qu'en se rendant maître de la ville de Peluse4qui paroissoit imprenable,