Hérodote, livre n
j. Ibid.
Les Chats. 29
Qui sait si l'exemple de cette fable ne fut pas le ressort secret qui détermina l'action généreuse de Q. Curtius ? Il y a toute apparence que son dévouement pour le salut de la patrie, en se jetant dans le gouffre , ne fut qu'une imitation de l'héroïsme des chats de l'Egypte.
Quand un chat mouroit de mort naturelle, toutes les personnes de sa connoissance tomboient dans la consternation ; elles portoient les marques de leur douleur jusqu'à se raser les sourcils1. Il y a eu peut-être tel chat dans Memphis dont les obsèques ont été plus décorées et plus célèbres que celles d'Alceste et d'Ephestion 2. Admette, pour marquer toute sa douleur de la perte de cette épouse chérie, ordonna qu'on coupât les crins des chevaux qui conduisoient le char. Alexandre, il est vrai, outre les crins de tous les chevaux de son empire, proscrivit encore ceux des mulets et fit tomber les créneaux des villes. Mais que font de tels sacrifices, au prix des larmes des plus belles femmes de l'Egypte , courant en désordre par la ville et redemandant aux destinées un chat dont la Parque venoit de trancher les beaux jours? Que peut-on opposer à tant de sourcils qu'il en a coûté aux fronts les plus respectés de l'Egypte3? Quels soins aussi