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RONDEAU MAROTIQUE

De mon minon veux faire le tableau, Besoin seroit d'un excellent pinceau, Pour crayonner si grande gentillesse :

Attraits si fins, si mignarde souplesse ; Mais las ! ne suis qu'un chétif poëtereau ; Dirai pourtant qu'il n'est rien de si beau, Que Cupidon, tant joli jouvenceau, Pas n'a l'esprit, ne la délicatesse De mon minon.

Que si Jupin se changeoit de nouveau, Plus ne seroit serpent, cygne ou taureau, Ainsi pour toucher quelque gente maîtresse, Se dépouillant de sa divine espèce, Revètiroit la figure et la peau De mon minon.

i. Mmc la duchesse du Maine.

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Envoi.

Gentil minon, ma joie et mon soûlas, Pour célébrer dignement tes appas, Voudrois pouvoir rappeller à la vie Cil qui chanta le moineau de Lesbie ; Ou bien cettui qui jadis composa Carmes exquis pour la charmante Issa.

Mais las en vain des ténébreux rivages, Evoquerois si fameux personnages !

Il te faut donc aujourd'hui contenter De ce rondeau qu'Amour m'a su dicter.

Quels héros n'envieroient aux chats la gloire d'un pareil éloge ? et quelle muse ne s^onoreroit d'en avoir fait les vers1 ?

i. C'est dans une lettre que Mme Deshouliéres ne balance point à déclarer a son mari, que, malgré son absence, c'est son attachement pour Grisette, son admirable chatte, qui l'occupe tout entière. Voici les fragments de cette lettre; elle est en couplets de chansons. Mme Deshouliéres a conté d'abord la perte qu'elle a faite d'un de ses chevaux.

Sur l'air : La jeune Iris sans cesse me suit.

Être à pied n'est pas le seul chagrin

Qui fait ma mélancolie ; Je dors à peu près comme un lutin,

Je m'alarme, je m'oublie; Et, s'il faut vous l'avouer enfin,

J'aime jusqu'à la folie.

Sur l'air de la Gaillarde.

Revenez de l'étonnement Où vous a dû mettre ce compliment

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Les chats peuvent donc se vanter cTavoir eu, pour chanter leurs personnages illustres, les esprits de notre siècle les plus célèbres.

Ceux qui ont cherché à leur donner des travers sont tombés dans Poubli ; la haine des chats est, dans les auteurs, un caractère de mé-

J'aime, il est vrai; mais Dieu merci Une chatte fait mon souci.

Sur l'air : Si l'Amour était ivrogne.

De mon aimable Grisette Le nom est déjà connu ; Elle me rend inquiète Plus que je n'aurois voulu; Croyez-en la chansonnette, Qui par le monde a couru.

Sur l'air : Quand le péril est agréable.

Deshoulière est toujours ingrate Pour ceux que ses beaux yeux ont pris; Et son cœur, comme une souris, Est pris par une chatte.

Sur l'air des Feuillantines.

Voilà ce qu'un bel esprit,

Par dépit, Composa près de mon lit; En voyant ma chatte grise Se rouler (bis) sur ma chemise.

Après quelques couplets sur les nouvelles du jour, Mine Deshoulieres, pour donner a la fin de sa lettre une tournure piquante, ajoute:

Fait à ma toilette,

Le septième juin, Partageant avec Grisette Et mon papier et mon soin.

yo Contes de Moncrif.

diocrité : il n'y a qu'à lire le quatrain du chevalier d'Aceilly.

Notre chatte, qu'il vous souvienne, Que si vous battez notre chienne, Vous serez bientôt le manchon De notre petite Fanchon.

Voilà ce qu'un génie vulgaire produit, Scarron, doué d'une belle imagination, est bien loin de tomber dans une pareille erreur. Il nous reste de lui une pièce fugitive, qui prouve encore de quel engouement on peut être pour les chats ; il conte une aventure qui vous paroîtra, comme à moi, j'en suis sûr, très propre à former le sujet d'une excellente comédie.

ÉPITRE De Scarron à Madame de Montatere1 .

Une dame, on m'a fait secret,

Encore que je sois discret,

De son nom, de son parentage,

De sa figure et de son âge;

Un ami seulement m'a dit :

Une dame, et cela suffit ;

Une dame donc fort joyeuse,

D'un chat qu'elle avoit amoureuse ;

Ne sachant à quoi l'amuser,

Fit dessein de le déguiser.

i . Cet ouvrage n'est point dans le Recueil de ceux de Scarron; il se trouve dans un Recueil de gazettes en vers.

Les Chats. 71

D'une tresse faite à merveilles,

Et de riches pendants d'oreilles,

Le chef du chat elle para,

Et l'ayant paré l'admira ;

Lui mit au cou de belles perles,

Plus grosses que des yeux de merles ;

De merlan, ce seroit mieux dit,

Mais la rime me l'interdit ;

Une chemise blanche et fine,

Une jupe, une hongreline.

Un colet, un mouchoir de cou,

Et force galants du marcou,

Firent une brave donzelle;

A la vérité pas fort belle;

Mais au moins elle ravissoit

La dame qui l'embellissoit.

Devant un grand miroir, la dame

Tenoit la moitié de son âme;

Ce chat, qui ne témoignoit pas

S'étonner, ni faire grand cas

Des caresses de cette folle,

Ni de se voir comme une idole.

Cependant quelqu'un qui survint,

Fut cause que la dame tint

Son chat avecque négligence.

Sans mettre l'affaire en balance,

Le bon chat gagna l'escalier,

Et de là gagna le grenier,

Du grenier gagna les gouttières ;

Et voilà la dame aux prières,

Aux cris, à conjurer les gens,

D'être après son chat diligents ;

Mais dans le pays des gouttières,

Les marcous ne s'attrapent guères :

jz Contes de Moncrif.

On suivit le chat, mais en vain.

On s'informa le lendemain Des voisins, on leur dit l'histoire ; Les uns eurent peine à la croire ; Les autres la crurent d'abord, Et tous s'en divertirent fort; Et cependant le chat sauvage Ne revint point ; la dame enrage, Moins pour les perles de son cou, Que pour la perte du matou.

Il paroît, par cette aventure, que les chats n'aiment point à représenter ; tout ce qui a l'air de sujétion répugne, apparemment, à cette indépendance dans laquelle ils sont nés. M. de Fontenelle contoit , il y a quelques jours, qu'étant enfant il avoit un chat dont il s'amusoit extrêmement. Vous croyez bien, madame, que je recueillis très précieusement cette circonstance, espérant bien d'en tirer la conséquence naturelle que, dans l'enfance, le goût pour les chats peut être regardé comme le présage d'un mérite supérieur. Nous avons d'ailleurs des preuves que ce même goût subsiste encore quand la raison est venue, n'étant point incompatible avec les occupations les plus sérieuses ; on voit que c'étoit pour Montagne une vraie récréation que d'étudier les actions de son chat; et personne n'ignore qu'un des plus grands ministres qu'ait eus la France 1

i. M. de Colbert.

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avoit toujours des petits chats folâtrant dans ce même cabinet d'où sont sortis tant d'établissements utiles et honorables à la nation. Mais revenons à ce que j'ai à vous conter de M. de Fontenelle : entre autres jeux, il imagina donc de prononcer un discours qu'il composoit surle-champ ; mais ne trouvant aucune attention dans les autres enfants qui dévoient l'écouter, et ne voulant point se passer d'auditoire, il prit son chat, et l'ayant placé dans un fauteuil, l'érigea en spectateur; le chat oubliant bientôt qu'il formoit lui seul toute l'assemblée, part, gagne la porte, et l'orateur de courir après son auditoire d'escalier en escalier, déclamant toujours avec enthousiasme, jusqu'à temps que, le chat ayant atteint les gouttières, il le perdit tout à fait de vue.

Je suis bien fâché qu'il n'ait pas mis en vers cet événement. Quel titre ce seroit pour les chats, s'ils se trouvoient placés entre le sonnet de Daphné et les Mondes!

Notre histoire seroit plus étendue que celle des sept sages de la Grèce, si nous rapportions tous les ouvrages des poètes fameux à l'honneur des chats ; mais je n'ai fait usage de ces différentes poésies, dans le cours de ces lettres, qu'autant qu'elles servent d'autorité ou d'éclaircissements à quelque circonstance essentielle à la gloire de nos héros ; j'ai rassemblé cependant tous ces ouvrages: une collection si curieuse ne peut être qu'agréable à ceux qui

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aiment à épuiser chaque matière, et présentera aux amateurs des chats, dans un seul tableau, tous ces différents points de vue trop dispersés, dont ils s'occupent avec tant de plaisir.

Les chats ont encore parmi nous des titres d'une autre espèce. Paris enferme un édifice qui, par sa simplicité et son élégance, fait bien de Thonneur à l'architecture; c'est le tombeau du chat de Mm" de Lesdiguières. L/épitaphe qui y est gravée prouve assez que ce chat faisoit tout l'agrément de la vie de sa maîtresse, qui l'aimoit, dit-on, à la folie: caractère des grands attachements.

J'ai l'honneur d'être, etc1.

Je rouvre ma lettre, madame, pour vous marquer combien je partage votre douleur sur la mort de Marlamain, que vous ne pouvez ignorer. On vient de me rapprendre sans aucun ménagement; jugez de ma situation. Vous a-t-on conté toutes les circonstances de cette triste aventure ? une demi-heure avant qu'il expirât, on a connu, à ses inquiétudes, qu'il vouloit être porté dans l'appartement de son illustre maîtresse. A peine s'est-il trouvé auprès d'elle, qu'il a rassemblé tout ce qui lui restoit de forces pour faire les adieux les plus tendres ;

i. Ci-gît une chatte jolie:

Sa maîtresse qui n'aima rien, L'aima jusques à la folie ; Pourquoi le dire? on le voit bien.

y6 Contes de Moncrif.

quelques moments après, comme on s'est aperçu qu'il vouloit qu'on l'emportât, pour épargner sans doute le spectacle de sa mort, on Ta remis dans sa chambre, où il est expiré. Son dernier soupir a été un de ces miaulements doux et tendres, qu'il étoit accoutumé de faire, quand il étoit honoré de ces caresses qui l'ont rendu si illustre. Je viens d'essayer de faire son épitaphe : je vous en fais part ; mais ne la lisez point, si vous connoissez celle dont M. de la Mothe est l'auteur. Elle m'a appris le peu que vaut la mienne.

ÉPITAPHE DE MARLAMAIN

Minon, quel que tu sois, arrête ici tes pas;

Au pouvoir d'Atropos ta griffe est asservie. Apprends quelle est la rigueur du trépas,

Lorsqu'il faut s'arracher à la plus douce vie.

Hélas! j'ai vu passer des jours délicieux.

O chats égyptiens, mes augustes aïeux !

Vous qui, sur un autel, entourés de guirlandes,

Étiez l'amour des cœurs et le charme des yeux,

On vous a prodigué des hymnes, des offrandes ;

De tous ces vains respects je ne fus point jaloux;

Ludovise l m'aima, votre gloire est moins belle ; Vivre simple chat auprès d'elle Vaut mieux qu'être dieux comme vous.

i. Mme la duchesse du Maine.

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