‹ Contes;Chapitre 27 sur 60 · HUITIEME LETTRE · texte numérisé non relu

HUITIEME LETTRE

Vous allez être bien aise, madame, de voir le nom des chats écrit en hébreu: en voici les caractères, binn. Ils se lisent chatoul; c'est là, selon le savant M. Ménage, que commence la généalogie des différents noms que les chats ont reçus successivement dans les nations. De chatoul, les Grecs ont fait kouç; et ce catis est devenu d'abord chez les latins cautus, qui veut dire prudent et avisé, et qui, en cette qualité, s'est trouvé propre à former catus, dont nous avons tiré le mot de chat. Voilà donc, madame, des noms à choisir pour nos amis; noms d'autant plus convenables, qu'ils exposent, par leur étymologie, quelques qualités de ranimai aimable auquel ils sont appliqués : et nous avons le dégoût de voir qu'au lieu d'aller puiser dans des sources si fécondes, on donne aux chats, dans presque toutes les maisons, des sobriquets au hasard, et qui ne portent sur aucune idée raisonnable ; les plus grands hommes, parmi les modernes, sont tombés dans cette erreur. M. de La Fontaine, en cent endroits de ses fables, semble affecter de donner aux chats des dénominations ridicules, dans les endroits même ou il fait leur éloge. Pourquoi ne pas imiter, à cet égard, le divin Homère?

78 Contes de Moncrif.

Quand il parle des chats, c'est toujours avec les égards et les convenances qu'il est si naturel d'observer pour eux. Il n'y a qu'à lire son poème de la Batrachomyomachie, lorsqu'il a à peindre leur talent pour attraper les souris. Psycarpax, prince rat, parle ainsi à Bouffard, roi des grenouilles:

Le chat aux doigts tranchants, je l'avouerai, seigneur, Dans mes sens éperdus imprime la terreur; Des pièges, il est vrai, l'amorce est redoutable, Mais je crains cent fois plus une patte implacable, Qui, jusque sous nos toits (oh! perfide transport!), Vient se cacher, m 'atteindre et me donner la mort ; Ma valeur vainement s'oppose à tant de rage : Contre une griffe, hélas! à quoi sert le courage?

C'est dans les actions des héros qu'on a toujours puisé les surnoms qu'on leur a donnés : qu'on cherche, dans les naturalistes, les attributs des chats , mille épithètes honorables viendront se présenter. Il est vrai qu"on pourra quelquefois envisager les chats par des faces moins favorables. Quand on examinera cette souplesse et ce silence avec lequel ils se glissent dans les endroits où ils peuvent attraper des oiseaux1, cette dextérité ne plaira point à ceux qui aiment mieux les oiseaux que les chats , ils l'appelleront injustice, attentat, tyrannie ; cependant le reproche de manger quelques

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