REPONSE DE GRISETTE A TATA
omment osez-vous me conter Les pertes que vous avez faites ?
En amour c'est mal débuter, Et je ne sais que moi qui voulusse écouter
Un pareil conteur de fleurettes.
Ha! fi (diroient nonchalamment
Un tas de chattes précieuses)
Fi, mes chères, d'un tel amant ; Car, si j'ose, Tata, vous parler librement, Chattes aux airs penchés sont les plus amoureuses.
Malheur chez elles aux matous
Aussi disgraciés que vous.
Pour moi qu'un heureux sort fit naître tendre et sage, Je vous quitte aisément des solides plaisirs ; Faisons de notre amour un plus galant usage :
Il est un charmant badinage, Qui ne tarit jamais la source des désirs. Je renonce pour vous à toutes les gouttières, Où (soit dit en passant) je n'ai jamais été;
Je suis de ces minettes fières, Qui donnent aux grands airs, aux galantes manières. Hélas ! ce fut par-là que mon cœur fut tenté,
Quand j'appris ce qu'avoit conté
De vos appas, de votre adresse
Votre incomparable maîtresse.
Les Chats. np
Depuis ce dangereux moment, Pleine de vous, autant qu'on le peut être, Je lis dessein de vous faire connaître
Par un doucereux compliment, L'amour que dans mon cœur ce récit a fait naître. Vous m'avez confirmé, par d'agréables vers, Tout ce qu'on m'avoit dit de vos talents divers.
Malgré votre juste tristesse, On y voit, cher Tata, briller un air galant, Les miens répondront mal à leur délicatesse :
Écrire bien n'est pas notre talent ; Il est rare, dit-on, parmi les hommes même.
Mais de quoi vais-je m'alarmer ?
Vous y verrez que je vous aime,
C'est assez pour qui sait aimer.