REPONSE DE TATA A GRISETTE
G risette, avec raison je suis charmé de vous, Vous avez de l'esprit plus que tous les matous; Jamais, à ce qu'on dit, chatte ne fut mieux faite : Mais, ceci soit dit entre nous, N'êtes-vous point un peu coquette ?
Vous pouvez l'avouer, sansparoître indiscrette. Le mal n'est pas grand en effet;
izo Contes de Moncrif.
Et, s'il faut tout dire, Grisette, Moi-même franchement je suis un peu coquet,
Malgré la perte que j'ai faite.
On peut bien sans amour écrire galamment, Quand on a, comme vous, tant de belles lumières. Mais, croyez-moi, pour parler savamment,
Surtout en certaines matières, Il faut avoir fréquenté les gouttières, On ne devient pas habile autrement.
Après tout, c'est une foiblesse
A nous de n'oser coqueter :
Sur ce point pourquoi nous flatter?
Les matous coquettent sans cesse, Cest là leur vrai talent; à quoi bon le cacher?
Il n'est point de chatte Lucrèce, Et Ton ne vit jamais de prude en notre espèce ;
Cela soit dit sans vous fâcher.
Coquetons, cherchons à nous plaire,
Puisque le sort le veut ainsi ; En un mot, aimons-nous, nous ne saurions mieux faire : Vous avez de l'esprit, j'en ai sans doute aussi ;
Je crois que je suis votre affaire.
Avec moi votre honneur ne court aucun danger, C'est un malheur dont quelquefois j'enrage, Et c'est pour vous, Grisette, un petit avantage; Car, s'il est vrai que vous soyez si sage, Je n'aurois pu vous engager.
Ah ! vous m'entendez bien, mais changeons de langage, Je pourrois vous désobliger.
Les Chats. 121
Eh bien, ma chère Grisette, Établissons un commerce entre nous; Foi de matou, vous serez satisfaite
Des respects que j'aurai pour vous.