‹ Contes;Chapitre 50 sur 60 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

es Indiens dévoués bien sincèrement au culte de Brama obtenoient jadis de ce dieu une faveur bien admirable : leur âme avoit la liberté de quitter leur corps pour passer dans un autre, et revenir ensuite reprendre leur demeure ordinaire. Ces âmes libres pouvoient aussi se placer dans des plantes, dans des animaux, dans

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des instruments de musique ; parcourir les astres et enfin se promener dans l'univers : les corps, pendant l'absence de Pâme, restoient plongés tranquillement dans une espèce de sommeil.

Cette merveilleuse liberté dépendoit uniquement d'une prière mystérieuse appelée le Mandiran. Soit qu'on tînt cette prière d'une révélation immédiate de Brama, soit qu'on l'eût apprise d'un de ses favoris, il ne falloit que là réciter, aussitôt votre âme pouvoit se séparer de sa personne.

Les Indiens n'ont pas joui longtemps d'un privilège envié si justement des autres nations. L'événement qui a déterminé Brama à les en priver remplit un des plus importants chapitres du livre sacré1, qui contient les aventures des âmes libres.

Autrefois dans le royaume de Malleani 2, dès qu'une fille avoit quinze ans, ses parents lui présentoient douze amants, dont l'âge, la naissance et la fortune étoient convenables, et ces amants passoient une année près d'elle sans la perdre de vue un seul moment. Le dernier jour de cette année elle pouvoit se déclarer en faveur d'un des prétendants, qui par cette préférence devenoit son époux, et donnoit pour le reste

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