VOS BONTÉS ET MON ZELE
Le Roi resta quelques moments dans le silence, observant le talisman. Il se tourna
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ensuite vers les portiques d'un salon inférieur, dont l'accès étoit interdit à tous ses Courtisans. A Tinstant les portiques s'ouvrirent ; on entendit un bruit mêlé du son des instruments, et des acclamations qui accompagnentuntriomphe. et Ton vit paroître soixante Vieillards vénérables. Ces Vieillards, après s'être inclinés avec respect, se placèrent aux deux côtés du Trône, chacun sur un trophée qui venoit de s'élever. Kosroun, étonné, demanda avec un air de curiosité dédaigneuse quelles étoient ces figures bizarres qui osoient se placer si près du Souverain. Tout garda le silence.
Voyez, dit le Roi aux deux Prétendants, ces Sages qui m'environnent; plus éclairés que moi, ils vont choisir entre vous. Kosroun, blessé de cette loi, représenta qu'il s'aviliroit à reconnoître d'autre Juge que son Souverain; et loin de chercher à se rendre favorables ces mêmes Vieillards, dont sa destinée pouvoit dépendre, il les récusa avec hauteur. Il exposa sans ménagement que l'âge pouvoit avoir altéré leur raison ; qu'attachés à des préjugés, à des usages qui avoient vieilli avec eux, ils seroient peut-être injustes, avec le dessein d'être équitables. Enfin son caractère présomptueux et altier, son mépris pour le reste des hommes, parurent à découvert ; et quelques-uns de ces Vieillards voulant lui remontrer l'indécence des discours qu'il osoit se permettre, il ne daigna pas les écouter. Son orgueil alla jusqu'à
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leur reprocher de manquer à ce qu'ils dévoient au seul homme qui restât de l'illustre race des Giamites. A ce nom les Vieillards firent un cri d'indignation : — Sachez, dit le plus vénérable, à qui vous faites ce reproche ; c'est aux Giamites mêmes que vous parlez ; c'étoit eux effectivement. Le Roi, pour confondre le présomptueux par les motifs mêmes qui faisoient naître sa confiance, avoit avec le secours du talisman évoqué ces sages Ombres. Kosroun alors, dépouillé subitement de tout ce qui fondoit sa considération, ne fut plus aperçu que par ses défauts; il ne vit plus pour lui dans tous les yeux que le mépris ou une sorte de pitié presque aussi humiliante. — Apprenez, malheureux Kosroun, continua le Vieillard, que celui à qui les vertus de ses ancêtres n'inspirent qu'un sentiment d'orgueil qui le fait haïr est désavoué d'eux. Eprouvez que, loin d'avoir part à leur gloire, il est condamné à l'oubli et à la honte d'être inutile à ces mêmes concitoyens dont il dédaigne d'être aimé. Le Roi alors nomma Tharzis, et les Vieillards disparurent. On conçoit quelle impression cet événement fit dans la Perse sur l'esprit de ceux qui avoient d'illustres ancêtres. Dans la crainte de les voir renaître tout à coup, on ne songea qu'à se rendre digne d'eux. Mais malheureusement le secret de les évoquer s'est perdu, et voici le seul effet qui reste du pouvoir du charme. Quand on marque aux grands, qui ne méritent rien par eux-
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mêmes, des déférences ou du respect, une voix qu'eux seuls n'entendent pas, leur crie : u Ce n'est pas à vous, c'est à vos aïeux que les égards dont vous jouissez s'adressent. »