‹ Contes merveilleuxChapitre 12 sur 18 · II" J · texte numérisé non relu

II" J

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Jacques , bien résolu à rendre au véritable propriétaire ce qu'il avait cru posséder lui moment , n'hésita point à monter an premier, et, s'adressant h unie Thérèse, dont la cuisine se trouvait ouverte, il la pria de compter son argent et de voir si elle n'avait pas jeté par mégarde une pièce de cent sous près de la porte cochère.

Le bonheur voulait que Jacques s'adressât à une honnête personne ; cette fille se mit à rire : ^ Non, mon enfant, non, répondit-elle ; je n'ai pas assez de pièces de cent sous pour les jeter dans ia rue.

— C'est que je viens d'en trouver une parmi les ordures, reprît-il.

— Eh bien, mon garçon, garde-la, répliqua la cuisinière, elle est bien à toi.

— Il est sûr que j'ai fait tout ce que j'ai pu faire pour la rendre, dit Jacques, les yeux tout brillants de joie.

— Et c'est à cause de cela qu'elle te portera bonheur, repartit cette brave fille; il n'en faut quelquefois pas davantage pour faire fortune. »

Ces paroles résonnaient encore dans l'oreille de Jacques, qu'il était déjà loin de la maison où il les avait entendues prononcer, et elles faisaient naître dans son esprit une foule d'idées plus joyeuses les unes que les autres. Tout en mangeant une grosse pomme que la bonne Thérèse venait de lui donner, il se reprochait vivement de n'avoir point demandé

au petit marchand de ruban de fll dans quel quartier de Paris se trouvaient les fabriques, car il n'hésitait pas sur la manière d'employer sa fortune : ne possédant qu'une partie de ce qu'il allait devoir à Mme Gei'vais , il espérait doubler ses fonds , les tripler peut-être, avant le terme fatal. Il n'avait donc pas de temps à perdre; il fallait trouver de la marchandise, et, comme il n'était point économe de ses pas, il eut bientôt pris le parti de courir la ville d'un bout à l'autre pour chercher une fabrique.

11 avait déjà visité beaucoup de rues, qu'il voyait pour la première fois , sans négliger de lire une seule des enseignes placées sur les boutiques ou sur les portes, lorsque, dans le faubourg Saint-Germain, il s'arrôla devant l'enseigne suivante : Dépôt de la fabrique de papier de Grandin et compagnie.

« En voilà bien une , se dit-il , mais c'est du papier.... Eh bien! qu'est-ce que cela me fait? On gagne peut-être autant sur du papier que sur du ruban de fil. J'en ai vu plus de dix dans la rue Saint-Antoine et sur le boulevard qui vendaient du papier. »• Et il allait entrer; un regard jelé sur ses habits de ramoneur l'en empêcha. Il réfléchit avec raison que ses guenilles, couvertes de suie, lui fermeraient peut-être la porle d'un si beau magasin , et courant d'un trait chez lui, il ne tarda pas à revenir avec une chemise blanche et son habit neuf.

Tout en faisant sa toilette, il avait eu le temps de

songer à la manière dont il allait se présenter chez de gros marchands. N'ayant jamais abordé personne dont la position lui parût aussi élevée, il s'inquiétait un peu de l'accueil qui l'attendait là. Heureusement, Jacques n'était point timide ; comme il n'avait jamais rien fait et comptait ne jamais rien faire qu'il ne pût dire à tout le monde, il possédait cette assurance que donne aux hommes de tout âge une conscience nette. Il entra donc dans le magasin en tenant à la main sa casquette , et saluant fort bas un gros monsieur qui écrivait, assis dans le comptoir, il s'approcha d'un jeune homme occupé à placer sur des tablettes des masses de papier, et salua de nouveau , disant d'une voix très-douce :

«Voulez-vous bien, monsieur, s'il vous plaît, me vendre pour vingt ou trente sous de papier?

— On ne vend pas ici au détail , mon petit , répondit le commis, qui jeta sur lui un coup d'oeil et continua sa besogne.

— Au détail ? répéta Jacques , de ce ton qui annonce que l'on ne comprend pas.

— Oui, reprit le commis, il faut prendre au moins une rame.

— Et combien cela coùte-t-il une rame, s'il vous plaît, monsieur ?

— C'est selon le papier : trois francs, quatre francs, plus cher. »

Et, tout en parlant ainsi , le commis plaçait toujours son papier sur les planches et ne le regardait plus.

« Quatre francs ! se dit Jacques la douleur dans l'âme; il faudrait donc risquer presque tout.... Quatre francs !... et si je ne réussis pas à vendre ce papier, comment vivre?... Il vaut bien mieux chercher une fab'rique de ruban de fil; cela n'est sans doute pas si cher; mais où trouver une fabrique de ruban de fil ? »

Tandis que le pauvre enfant se livrait à ces réflexions, il restait immobile à la même place, et le chagrin que lui causait la perte de ses espérances se peignait clairement sur son visage. Enfin, comme il gagnait tristement la porte, le monsieur qui se tenait au comptoir, et qui le regardait depuis quelques instants, l'arrêta.

« Comment vouliez -vous acheter pour trente sous de papier, mon garçon? vous avez donc bien des lettres à écrire ? lui dit-il en riant.

— Pardon, monsieur, répondit Jacques d'une voix altérée et en s'inclinant, ce n'était pas pour m'en servir.

— Et pourquoi donc ?

— Pour le vendre et gagner quelque chose dessus.

— Ohl j'entends, répondit le gros monsieur d'un air sévère et méprisant, c'était un moyen pour demander l'aumône.

— Demander l'aumône ! s'écria Jacques en relevant fièrement sa jolie tête; je ne demande pas Taumône , monsieur ; je m'appelle Jacques Morlot , on n'a jamais demandé l'aumône dans notre famille , et, si Dieu permettait qu'ilfît froid toute l'année, je gagnerais encore ma vie en ramonant des cheminées, car je m'étais déjà fait de bonnes pratiques depuis six mois que je suis à Paris. «

Il y a un certain accent qui ne part que de l'âme des honnêtes gens et auquel personne ne se trompe. Tel était celui que Jacques , tout jeune qu'il était , venait d'employer pour repousser ce qu'il regardait comme une injure. La rougeur qui avait couvert ses joues, sa parole ferme et le regard assuré qui l'accompagnait, le justifièrent si bien aux yeux de Fin* connu, que celui-ci reprit du ton le plus bienveillant:

« Ainsi , tu espérais gagner ta vie en faisant un petit commerce dans les rues ?

— Sans doute , répliqua Jacques ; je connais mi jeune garçon qui vit fort bien en vendant des lacets et du ruban de fil qu'il achète dans une fabrique ; mais malheureusement je ne sais pas où trouver la fabrique, et le papier est bien trop cher pour moi, puisque je n'ai que cinq francs. Il faut manger en attendant la vente ; il faut payer Mme Gervais, ajouta-t-il en poussant un gros soupir.

— Qu'est-ce que Mme Gervais? demanda le gros monsieur , que la pitié gagnait.

— La blanchisseuse qui me loge. Dans six semaines, je lui devrai dix francs.

— Dans six semaines peut-être auras-tu fait fortune, » dit en riant l'inconnu. Puis se tournant vers son commis : « Girard, dontinua-t-il, donnez à cet enfant, pour trente sous, une demi-rame de papier à lettres de trois francs. Tu peux le revendre un sou le cahier comme très-bon , ajouta-t-il en s'adressant de nouveau à Jacques, tu ne tromperas personne ; et, que tu le vendes ou non , reviens ces jours-ci me dire où en seront tes affaires. »

Jacques remercia de tout son cœur celui qui venait si heureusement à son secours, donna sa pièce de cent sous, sur laquelle on lui rendit trois francs cinquante centimes , et sortit , plein d'espérance et de joie.

Il n'attendit point qu'il fût rentré dans son grenier pour savoir combien il possédait de cahiers de papier, et, s'asseyant sur la borne d'uiïe maison voisine, il en compta quarante, qui, vendus un sou pièce, lui faisaient dix sous de profit. Il est vrai que, pour gagner ces dix sous chaque jour, il fallait les placer tous; mais aussi ce gain suffirait grandement pour le nourrir et le loger jusqu'à l'hiver, et, comme il était loin de songer à ménager sa peine, il espérait bien, en courant Paris d'un bout à l'autre, trouver une ou deux pratiques dans chaque quartier.

Ce calcul fait, Jacques, ne voulant point perdre une minute, ne se livra pas plus longtemps à ses réflexions. Il se leva, prit un cahier de papier d'une main, et le présenta à une vieille dame qui s'avançait sur le trottoir, en disant : « Pour un sou, de la fabrique de Grandin et compagnie. »

Cette dame, et huit ou dix autres personnes passèrent sans lui répondre et sans même le regarder, bien qu'il leur répétât la phrase qu'il venait d'arranger dans sa tête comme devant produire un bon effet sur tout le monde. Heureusement, Jacques avait essayé trop de moyens de gagner son pain sans y parvenir du premier coup, pour se décourager promptement; il poursuivit donc sa route, offrant toujours inutilement sa marchandise, lorsque, arrivé devant une fort belle maison, il s'adressa à une jeune servante qui causait sous la porte avec un domestique en livrée, et lui présenta gracieusement le malheureux cahier, en prononçant le même discours.

«< Est-il bon ton papier? dit cette femme qui le prit pour l'examiner de plus près.

— Excellent, répondit Jacques; une fois que vous vous en serez servie, vous n'en voudrez plus d'autre.

— Ah! répliqua la jeune fille en riant, je suis une pauvre pratique, mon garçon ; mais, comme j'ai à écrire au pays, je risque le sou. Tiens , je te souhaite de vendre tout le paquet. »

deux et deux feront quatre ; il faudra bien ainsi que j'arrive à quarante. Je parie que cette jeune fille me portera bonheur. »

Une demi-heure en effet ne s'était pas écoulée, qu'il avait reçu trois sous de deux passants pour trois autres cahiers. Par malheur, le reste de la journée ne lui offrit pas la même chance. Il était harassé de fatigue, et, n'ayant rien mangé depuis le matin, le pauvre enfant mourait de faim. Bien qu'il fût loin de son compte et qu'il n'eût pas même gagné son pain du jour, la nuit approchant, il re- . prit le chemin du faubourg Saint-Antoine, non sans se dire, selon sa coutume, qu'il serait plus heureux le lendemain.

Il passait sur la place de la Sorbonne, lorsqu'il aperçut un petit groupe d'étudiants qui fumaient leur cigare à l'entrée d'un café. Il saisit cette occasion de faire une dernière tentative , et s'approchant d'eux, il leur proposa d'acheter pour un sou im cahier de papier de la fabrique de Grondin et compagnie.

Il faisait encore assez clair pour que ces jeunes gens pussent juger la valeur de ce qu'il offrait, et, comme il insistait d'une voix douce et ferme à la fois, un d'eux prit le cahier et s'écria :

« Que je ne fume pas une pipe de ma vie, si ce papier-là n'est pas supérieur à celui que ce coquin de Lefèvre nous vend deux sous.

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aviez la bonté de rae donner votre adresse, je vous en porterais de temps en temps chez vous ; J*ai de bonnes jambes , quoiqu'elles ne soient pas encore bien longues.

— Notre adresse ! répliqua l'un des jeunes gens en riant; ah! tu es plus sûr de nous trouver ici que chez nous. Nous voilà deux ou trois, par exemple , qui déménageons tous les quinze jours ( et cette saillie excita la gaieté générale ) ; reviens à ce café, reviens à ce café, mon petit , si tu veux nous revoir.

— Oh ! je vous réponds bien que j'y reviendrai, »• dit Jacques en s'éloignant après les avoir salués d'un air jovial.

Bien que le pauvre enfant n'eût réussi dans cette première journée qu'à vendre moins de la moitié de sa marchandise , ce qui lui valait un fort mince profit , il entrevoyait si clairement la possibilité d'établir un petit courant d'affaires , en ne négligeant aucune occasion de se faire des pratiques , qu'il ne sentait plus qu'à peine sa fatigue et la faim qui le tourmentait depuis quelques heures. Cepen- ' dant, dès qu'il fut rentré dans son grenier, il n'aperçut pas plutôt l'énorme morceau de pain réservé le matin pour son repas du soir, qu'il le dévora en un clin d'œil , l'arrosa de deux grands verres d'eau, et se jetant tout habillé sur son lit de sangle, s'endormit du plus profond sommeil.

Il était sept heures du matin lorsqu'à ouvrit" les yeux. Les rues devaient être encore à peu près désertes, en sorte que, avant de reprendre sa course , Jacques eut tout le temps d'aller chez le boulanger faire ses provisions , qui , depuis que l'ouvrage lui avait manqué , consistaient en deux livres de pain de seconde qualité. Tandis qu'il déjeunait aussi frugalement qu'il avait soupe la veille , il se donnait le plaisir de compter l'argent que renfermaient les poches de ses deux pantalons. Le tout réuni , il possédait encore en monnaie la valeur de la pièce de cent sous , ce qui lui sembla de bon augure , et le fit partir joyeusement pour aller tenter fortune de nouveau.

Il résolut de passer les ponts pour essayer des beaux quartiers ; mais il eut lieu de s'en repentir quand il entendit sonner quatre heures sans qu'il eût vendu plus de trois cahiers , bien qu'il eût suivi les boulevards d'un bout à l'autre. Tout en reprenant assez tristement la route du faubourg Saint-Germain, qui lui avait été beaucoup plus favorable , il ne se lassait point néanmoins de présenter sa marchandise à tous venants , et , comme il passait devant une grille des Tuileries, une jeune fenmie, qui sortait du jardin, répondit à son offre en tirant de sa bourse deux sous qu'elle lui mil dans la main et en disant : « Garde ton papier, mon petit, »

Jacques se rappela aussitôt le gros monsieur du comptoir ; il devint rouge comme une cerise.

« Je ne demande pas Faumône, madame, dit-il d'un ton respectueux : je ne cherche qu'à gagner ma vie honnêtement. Vous avez l'air si bonne ! je vous en prie, je vous en prie, prenez les deux cahiers ; je vous réponds qu'ils valent ceux des grands marchands en boutique. »

La jeune dame sourit.

« C'est bien, mon enfant, c'est fort bien, repritelle; rends-moi cela et donne-m'en vingt cahiers.»

En parlant ainsi , elle échangea la pièce de deux sous contre une de vingt, prit les vingt cahiers que Jacques avait comptés avec soin , et monta dans sa voiture, qu'un domestique venait de faire avancer.

« Que Dieu la bénisse ! se disait Jacques, en traversant comme un oiseau la place du Carrousel ; elle me fait gagner bien plus de deux sous sans faire un mendiant du neveu de François Morlot. Que je place ou non les deux cahiers qui me restent , il faut tâcher d'arriver au dépôt de la fabrique avant la nuit pour reprendre de la marchandise. »

Il pressait donc le pas autant qu'il pouvait, lorsque, à peine parvenu dans la rue de l'Université, il sentit tomber quelques gouttes d'eau sur sa main. Il se hâta de mettre à l'abri sous sa veste ses deux cahiers de papier ; mais en moins de cinq minutes l'orage, qui menaçait depuis le matin, éclata, et le

premier coup de tonnerre fut suivi d'une pluie battante.

Afin de ne pas être inondé, Jacques fut bien contraint de suivre l'exemple d'une dizaine de passants, qui se réfugièrent sous une porte cochère. La pluie redoublait, au point que le ruisseau devint bientôt une rivière. Fort contrarié pour son compte, attendu qu'il portait sa veste et son pantalon neufs, Jacques n'en prêtait pas moins l'oreille aux doléances de ses compagnons d'infortune, non sans penser que tous pouvaient changer d'habits en rentrant chez eux, et que cette consolation lui était refusée.

« Si j'étais seul , disait un monsieur décoré qui s'adressait à sa femme et à sa fille , mises toutes deux avec la plus grande élégance , si j'étais seul, cela me serait bien égal ; car cette pluie-là ne peut pas durer longtemps de la même force ; mais je ne sais après comment vous ferez pour retourner chez nous à pied.

— A pied , mon père ! c'est bien impossible pour maman et pour moi , avec nos petits souliers , sans compter que nos robes seraient perdues.

— Oh ! nous ne pouvons y penser que si la pluie cessait, répliqua le père.

— La pluie cesserait que les rues ne seront pas sèches de la journée, répondit la fille , dont la mauvaise humeur augmentait à chaque éclair ; nous en

avons jusqu'à ce soir. Ah I mon Dieu , mon Dieu ! quel malheur que nous ayons eu l'idée de faire cette visite-là aujourd'hui !

— Il me semble que cela se calme un peu, dit la mère au bout de quelques minutes , et 4a pluie en effet tombait avec moins de violence.

— Si cela se calme, répondit le monsieur décoré, nous aurons peut-être le bonheur qu'il passe un fiacre vide, et nous sauterons dedans.

— Si maman, reprit vivement la jeune personne, avait voulu entrer dans ce café quand nous avons senti les premières gouttes , nous enverrions chercher un fiacre par un des garçons , qui n'aurait pas refusé de gagner une vingtaine de sous, et qui nous tirerait d'embarras.

— *Je ne pouvais pas avec toi entrer dans un café, ma petite, répondit la mère, à ton âge et.... >»

Jacques n'entendit pas le reste de ce discours. Il avait fait trop souvent depuis un mois le métier de commissionnaire, sans en tirer grand profit, pour hésiter à le reprendre dans une aussi bonne occasion ; il s'approcha donc de ces dames et leur offrit d'aller leur chercher un fiacre.

« La place est-elle loin , mon petit ? demanda le monsieur décoré.

— Voisine ou non, monsieur, j'irai de place en place jusqu'à ce que j'en ramène un.

— Laissez-le partir, mon père, laissez-le partir,

dit la fille, puisqu'il est de si bonne volonté; je suis sûre qu'il en ramènera un.

— Il pleut encore fort, mon ami, ajouta la mère, et cela peut durer longtemps.

— Eh bien, va vite , reprit le monsieur, tu nous retrouveras ici. »

Jacques s'élança aussitôt, comme s'il eût retrouvé des jambes toutes fraîches. Il courut inutilement à deux places des environs qu'il connaissait; mais comme il revenait gagner le quai, espérant y trouver au moins un cabriolet, il vit à une porte deux personnes payer un fiacre qu'elles renvoyaient. « Vous aurez un bon pourboire , cria-t-il au cocher en sautant dans la voiture devenue libre ; rue de l'Université, tout près d'ici ! «

Lorsque la famille , qui gémissait sous la porte cochère, vit arriver Jacques triomphant, mais mouillé jusqu'aux os , un cri de joie prouva qu'on ne l'attendait pas sitôt, et lorsque la jeune personne, montée dans le fiacre avec ses parents , lui dit : <* Voilà pour toi , « il resta d'abord stupéfait à la vue d'une pièce de quarante sous; puis, saisi d'un transport de joie : « Il faut convenir que j'ai du bonheur aujourd'hui! s'écria-t-il en secouant sa casquette pour faire dégoutter l'eau qui en ruisselait; voilà une fameuse journée, et, si mes habits sèchent assez tôt pour que je puisse aller ce soir à la fabrique , rien n'y manquera ; mais

je n'ose pas m'y présenter mouillé comme je suis. »

Si peu gracieuse que fût habituellement Mme Gervais, elle n'en avait pas moins quelques bons moments, et Jacques s'était toujours montré obligeant pour elle , au point que , pendant l'hiver, il avait ramoné ses deux cheminées pour rien , en sorte qu'elle s'adoucissait peu à peu en sa faveur, lui parlait très-souvent lorsqu'elle le voyait passer dans la cour , et , chose beaucoup plus extraordinaire , le chagrin et la fatigue ayant rendu le pauvre enfant un peu maladç, im jour qu'elle avait mis le pot-aufeu , elle lui avait donné un bouillon. Jacques , qui se souvenait de l'avoir laissée le matin occupée de son repassage , ne désespéra donc point d'obtenir ses conseils , et peut-être son secours, pour sécher ses habits.

A peine cette pensée lui fut-elle venue qu'il reprit son élan vers la rue Saint- Antoine. Il retrouva Mme Gervais dans la salle basse; elle venait de changer de fer pour terminer sa besogne , lorsque, regardant dans la cour, elle l'aperçut et partit d'un grand éclat de rire. Encouragé par cette bonne humeur, il entra dans la salle.

« Comme te voilà fait ! lui dit-elle. Est-ce que tu viens de prendre un bain tout habillé ? »

Jacques lui conta en peu de mots comment, à défaut de suie dans les cheminées , il s'était fait

marchand de papier dans les rues , ce qui expose naturellement à recevoir la pluie lorsqu'il fait un orage. Puis il la pria de lui dire quand elle pensait que ses habits pourraient être secs.

« Des habits arrangés comme ça , répondit-elle, ne seront pas secs avant deux jours.

— 0 mon Dieu! s*écria Jacques, que de temps perdu si je ne retourne pas ce soir faire une nou^ velle provision , à présent que j'ai tout vendu I

— Tu as tout vendu !, et pour combien d'argent î demanda Mme Gervais, qui peut-être n'était point fâchée de savoir si le nouveau métier de son locataire assurait le payement de son loyer.

— Pour quarante sous.

— Comment, comment , tu vends déjà pour deux francs par jour! Mais c'est supqrbe cela, mon garçon.

— J'espère bien dans quelque temps gagner davantage , répliqua Jacques ", qu'une si bonne mati* née faisait compter sur l'avenir, et, si je fais fortune, je vous payerai le blanchissage de mes chemises, madame Gervais, je vous en réponds. »

Il faut rendre justice à Mme Gervais , elle fut moins touchée de cette promesse que du sentiment de reconnaissance et d'honnêteté qui la dictait.

« Ecoute, dit-elle; pendant que j'achève cette camisole, qui est ma dernière pièce, va mettre tes

guenilles de ramoneur; rapporte-moi tout ce que tu as sur le corps, et, comme mes fers sont encore chauds, je te sécherai cela.

— Pour ce soir ?

— Pour dans un quart d'heure.

— Ah! madame Gervais, s'écria Jacques, que vous êtes bonne ! que vous êtes bonne ! Si je ne craignais pas de vous mouiller, je vous embrasserais de tout mon cœur. »

En achevant ces mots, il ne fit qu'un saut de la salle à son grenier, et il ne tarda pas à revenir, rapportant non-seulement ses habits mouillés, mais les deux cahiers de papier qu'il avait en vain voulu sauver.

« Oh! quant au papier, dit Mme Gervais, c'est sans ressource. Il f^ut le laisser sécher tout seul et tâcher de le couler avec de bons cahiers.

— Non, non, dit Jacques vivement, ce serait le moyen de perdre toutes les pratiques que j'espère bien me faire de côté et d'autre; c'est tout simple, cela. Quand je me régale de deux sous de pommes de terre frites, je les prends toujours & la mère Mathieu , parce que tout le monde sait qu'elle ne vend que de bonne marchandise. Pour que je fasse fortune , il faut qu'on dise dans beaucoup de quartiers de la ville : h Achetez votre papier au petit « Jacques; il ne trompe jamais. »

— C'est possible, c'est possible, répondit Mme Ger-

vais, tout en repassant la veste qu'elle avait tordue d'abord à tour de bras.

— C'est vrai que voilà deux sous de perdus, continua Jacques; mais tant pis, on ne peut pas avoir tous les bonheurs à la fois.

— Cela ne te serait pas arrivé , répliqua la blanchisseuse, si tu avais le soin de mettre ton papier dans une boîte.

— Une boite ! s'écria Jacques , vous ne savez donc pas, madame Gervais, que je ne pense jamais à autre chose qu'à une boîte? Mais cela coûte sans doute bien cher.

— C'est selon : il y a boîte et boîte , et celle qu'il te faut, tu peux l'avoir de hasard pour quinze sous.

— Pour quinze sous! dit Jacques en sautant de joie; ah! madame Gervais, ma bonne madame Gervais, si vous pouviez me trouver cela! Tenez, voilà vingt sous , vous vous y connaissez , vous avez un air respectable, tandis que moi, je suis si petit qu'on me prend pour un enfant et que l'on tâchera de me tromper. Comme vous dites , la pluie ne mouDlerait plus mon papier, et puis , dès qu'on a une boîte, on a l'air d'un vrai marchand. »

Mme Gervais prit la pièce de vingt sous et lui promit de s'occuper de cette affaire dès le soir même.

Cet entretien , si intéressant qu'il fût pour Jacques, n'avait pas empêché la besogne d'avancer, et bien-

lAt il put remonter chez lui (non sans avoir remercié vingt fois Mme Gervais ) remettre ses beaux habits , aussi secs, aussi propres qu'ils étaient la veille, et courir au magasin.

Il n'était pas sept heures du soir, et le magasin était fermé. Jacques, stupéfait, questionna la portière de la maison, qui lui expliqua fort longuement que les samedis le dépôt de papier se fermait toujours à six heures et ne s'ouvrait plus que le lundi matin.

« Je comprends bien qu'on ne vende pas le dimanche, dit Jacques; mais le samedi soir....

— Est-ce qu'il ne faut pas que M. Duflot ait le temps de faire ses comptes de la semaine ? reprit la vieille femme ; ce n'est pas peu de chose que la tenue d'une aussi grosse maison de commerce. Je sais cela , moi ; mon fils est employé chez M. Duflot. »

Et, en parlant ainsi, elle relevait fièrement sa tète.

« M. Duflot est donc le mattre? demanda Jacques, qui s'apercevait aisément que la portière aimait à causer.

— M. Duflot est l'associé de M. Grandin, rien que ça. Tandis que M. Grandin fait marcher la fabrique auprès de Corbeil, M. Duflot tient le dépôt à Paris. Il y a tout à l'heure quinze ans , je crois, qu'il n'a pas quitté le comptoir; aussi je vous réponds

qa*il a, comme on dit, du foin dans ses bottes; et c'est tout simple , car il n'y a rien de tel que de faire ses affaires soi-même. D'ailleurs, tout riche qu'il est , il n'en est pas plus fier : c'est bien le meilleur homme du monde ; il ne me rencontre jamais sans me dire bonjour, et.... »

La brave femme , qui , selon toute apparence, n'avait pas eu de la journée l'occasion d'exercer s;» langue, aurait peut-être encore parlé longtemps, sans l'arrivée d'une voisine qui venait lui faire visite en passant et dont la conversation lui parui sans doute préférable à celle d'un petit bonhomme qu'elle voyait pour la première fois, et qu'elle congédia avec un sourire amical en lui conseillant de revenir le lundi.

Jacques se consola de ce retard en pensant que lui-môme n'aurait point voulu vendre le dimanche, en sorte qu'il ne perdait pas de temps. « C'est bien le moins, se disait-il, que j'aille remercier Dieu do tout le bonheur qu'il m'envoie. »

Il s'empressa donc le lendemain de se rendre à l'église pour y prier de tout son cœur, et Mme Gervais^ qui ne manquait jamais la grand'messe le dimanche, l'ayant aperçu, prit en grande estime son jeune locataire , au point qu'elle résolut aussitôt de faire en sa faveur un noble sacrifice : elle avait chez elle une boite fermée par deux crochets , et comme neuve encore , bien qu'elle lui servit depuis trente

ans à serrer son fil, ses aiguilles, etc. , etc. Elle n'hésita pas à mettre le tout dans un de ses cartons, afin de céder à Jacques , pour vingt sous , une chose dont il avait un si grand besoin.

Ce fut alors que , devenu possesseur d'un pareil trésor, Jacques partit le lundi matin , portant fièrement sa boite sous son bras.

u Comment! dit M. Duflot en le voyant entrer dans le magasin, as-tu déjà tout vendu?

— Tout, monsieur, répondit Jacques, et je reviens en prendre le double.

— Tu fais d'autant mieux, reprit le brave homme, que , sur une rame entière , tu gagnes une remise de cmq pour cent.

— Est-il possible? s'écria Jacques; c'est donc comme si j'avais déjà vendu pour plus de deux sous ?

— Précisément, répondit M. Duflot, que sa joie fit sourire.

— Monsieur rit, reprit Jacques en riant luimême ; on voit bien qu'il ne sait pas qu'on a souvent joliment de peine à gagner deux sous.

— Peut-être , dit H. Duflot ; mais je sais qa*en gagnant des sous tous les jours on finit par gagner des pièces d'or, et c'est ce que je te souhaite, mon enfant , ajouta-t-il en lui rendant quinze centimes sur ses trois francs.

— Merci, monsieur, merci, répliqua Jacques ; le

Nous cesserons de le suivre dans les courees sans nombre qu'il faisait chaque jour sur le pavé de Paris. Il suffit de dire que, depuis ce moment, le sort ne cessa plus de le favoriser : non-seulemenl son air gracieux et jovial engageait beaucoup de passants à lui prendre sa marchandise; mais il réussit promptement à se faire dans plusieurs quartiers des pratiques qui ne voulaient plus- acheter leur papier qu'au petit marchand. Aussi actif qu'intelligent, il ne négligeait aucune occasion de plaire aux personnes qu'il fournissait , soit en faisant pour elles avec complaisance de petites commissions dans la ville, soit surtout en satisfaisant à lears demandes en ce qui concernait son commerce , ce qcd le conduisit à vendre des enveloppes, et même des layons qu'il achetait en gros dans une excélleDie fabrique où M. Duflot l'adressa.

Trois mois seulement s'étaient passés depuis que Jacques avait trouvé la pièce de cent sous, et déjà, son terme payé, il avait à lui soixante francs. II est vrai de dire que , loin de se livrer à aucttâe dépense folle, il s'était contenté de joindre à son pain tantôt un morceau de fromage , tantôt un morceau de saucisson. Toutefois , quelle que fût l'économie dont il s'était fait une loi, il ne put résister à l'agréable proposition que lui fit un soir Mme Gervais.

Mme Gervais , depuis le jour qu'elle avait si comr

plaisamment repassé ses habits, était devenue Fobjet de son amitié et de sa confiance , et , comme elle s'attachait à lui de plus en plus , elle le voyait avec chagrin supporter autant de fatigue sans prendre une meilleure nourriture. Sachant au juste ce qu'il était arrivé à gagner par mois , elle lui proposa de le prendre en pension à raison de trois francs par semaine. Cette offre était si attrayante, qu'après avoir réfléchi quelques minutes il l'accepta, certain que, de la façon dont allaient ses petites affaires, les profits ne pouvaient qu'augmenter.

Ce fut un bien beau moment pour Jacques que celui où, revenant de ses courses du matin, il s'assit pour la première fois, depuis son séjour à Paris, devant une table sur laquelle se trouvaient une soupe grasse et un morceau de bœuf; car Mme Gervais, qui mettait un pot-au-feu par semaine pour deux jours , avait voulu fêter ainsi la bienvenue de son pensionnaire. A la vérité, les cinq autres jours, il fallait se contenter d'une soupe au lard et aux choux , sinon d'un plat de haricots ou d'un plat de pommes de terre; mais pour celui qui, depuis un an , n'avait mangé que du pain sec , tous ces repas étaient exquis.

Jacques se trouvait trop bien de son nouvel état pour qu'il songeât, quand le mois d'octobre revint, à reprendre celui de ramoneur. Je ne sais quel

L'hiver fut très-nide , mais Jacques n'en continua pas moins de courir la ville , sans être arrêté davantage par les plus grands froids que par la neige ou la pluie. Jugeant bien qu'il ne lui fallait plus compter sur la vente au passant, personne ne se souciant alors de s'arrêter dans les rues, il s'empressa d'autant plus de visiter souvent ses pratiques, qui, de proche en proche, lui en procurèrent beaucoup d'autres, et d'abord ce fut ainsi qu'il parvint à fournir un grand nombre d'étudiants dans le quartier de la Sorbonne,

C'est alors qu'il trouvait bien doux, quand le soir il rentrait transi, de s'asseoir près du petit poêle où cuisait le dîner, et ce poêle était indispensable à Mme Gervais pour sécher l'hiver le linge étendu dans la salle et pour chauffer ses fers les jours de repassage.

« Ah! s'écria Jacques une fois, en approchant du foyer bienfaisant ses pieds et ses mains glacés, comment peut-on dire qu'il n'y a pas de bonheur dans ce monde? Et se réchauffer quand on a froid, et manger quand on a faim, en voilà des bonheurs, j'espère! qu'on se donne tant qu'on veut, rien qu'en travaillant !

— Je devrais en avoir bien d'autres, moi qui travaille du matin au soir depuis vingt ans ! répondit Mme Gervais, qui n'était point de bonne humeur, attendu que son neveu venait de tomber à

la conscription et qu'elle ne trouvait pas à louer son cabinet.

— Patience, patience, madame Gervais, reprit Jacques; voilà encore trois nouvelles pratiques que je me suis faites aujourd'hui; laissez seulement que j'arrive à me placer sous une porte, et, comme vous m'avez aidé, vous sentez bien que je vous aiderai , c'est tout simple.

— Te placer sous une porte ! voilà ton dada qui revient. Et quand tu serais sous une porte , à quoi cela t'avancerait-il? crois-tu que cela te mènerait bien loin?

— Tout au contraire, c'est que j'en ai assez d'aller bien loin, répliqua Jacques en riant, et que ça m'avancerait à être assis bien à mon aise au lieu de courir toute la journée comme un lièvre pour placer ma marchandise. Ensuite....

— Ensuite, interrompit Mme jGervais, ta porte sera sans doute loin d'ici , et tu quitteras la maison ; voyez un peu la belle affaire !

— Oh! que non, que non, dit Jacques; vous verrez que tout ça s'arrangera, et puis d'ailleurs nous n'en sommes pas là malheureusement; ce qui presse le plus pour le quart d'heure, c'est de manger la soupe. N'est-il pas vrai, Gertrude? »

Gertrude , que la gaieté de Jacques ravissait toujours, car elle ne voyait rire que lui dans la maison, se leva, et, tandis qu'il l'aidait à mettre les

asâdfij^et les couverts d*étain sur la table à repasser, elle lui dit tout bas : « Tâchez de vous établir dans le quartier, Jacques, cela vaudra bien mieux. »

Jacques lui fit un signe de consentement; mais le fait est qu'il ne pensait jamais à ses projets pour l'avenir sans reconnaître avec chagrin l'impossibilité de faire de bonnes affaires comme papetier, si près de la barrière du Trône. Toutefois, comme il n'espérait point pouvoir avant un an parvenir au but de ses désirs, il résolut de ne pas s'en tourmenter davantage et de laisser au sort le soin d'arranger les choses.

Jacques , qui se trouvait très-heureux de se réchauffer chaque jour à l'heure du repas , le fut encore bien davantage lorsqu'il arriva, ce qui ne tarda pas, à ne plus quitter la salle basse que pour aller se coucher. Empressé qu'il était de se rendre utile aux seuls amis qu'il pût compter dans ce monde , avide aussi peut-être de prendre quelques distractions qui l'arrachaient à l'ennui et à la solitude , il se faisait un plaisir d'aider Mme Gervais et Gertrude pour ce qui regardait le ménage et même la lessive. Tout amuse à quinze ans, et en fait d'amusement, d'ailleurs, le pauvre enfant n'était pas gâté. Souvent, tandis que la mère et la fille travaillaient de l'aiguille , il profitait de la lampe pour cultiver le talent qu'il avait acquis à l'école primaire.

Jugeant combien il lui serait nécessaire dfr^4feroîibien compter, il refaisait des additions, des ''soustractions , des multiplications , des divisions , et se félicitait grandement d'avoir aussi bien profité des leçons des maîtres. Sa plus grande jouissance, néanmoins , avait lieu le dimanche soir. Mme Gervais était extrêmement curieuse ',de nouvelles , et, comme son état de blanchisseuse faisait d'elle une bonne pratique pour son épicier, celui-ci lui prêtait de temps à autre des journaux. Les yeux de la vieille femme n'étaient plus fort bons, c'était donc sa nièce qui jusqu'alors lui faisait la lecture; mais, dès qu'elle eut découvert que Jacques lisait aussi bien que Gertrude , pour ne pas dire mieux , elle partagea la besogne. Le journal, à la vérité, avait souvent plusieurs jours de date; mais Jacques, privé de livres depuis dix-huit mois, ne l'en lisait pas moins avec délices,

La belle saison était revenue depuis longtemps , lorsque, un soir qu'il venait faire remplir sa boite, il fut très-surpris de ne point trouver M* Duflot dans le comptoir, et il apprit que ce brave homme était dangereusement malade.

Ce triste événement l'affecta au point qu'il pensait sans cesse à M. Duflot, et que, tant que dura la maladie, il ne laissa point passer un seul jour sans aller en savoir des nouvelles. Enfin, près de trois semaines s'étant écoulées, les médecins an-

noncèrent la convalescence, et M, Duflot reparut bientôt dans le magasin , où Jacques ne put le re-* voir sans témoigner une joie qui lui toucha le cœur, « Je sais tout l'intérêt que tu as pris à ma vie , Jacques , lui dit-il , et je t'en remercie.

— C'est moi qui vous remercie d'avoir guéri , monsieur; pour le reste, vous sentez bien que je voulais apprendre si je vous perdrais ou non,

— Comment 1 si tu me perdrais? mais, mon pauvre enfant, je n'ai jamais rien fait pour toi; peut-être avais-je mes raisons, Jacques.

— Vous n'avez rien fait, monsieur; oh! que si. Vous qui êtes un gros commerçant, est-ce que vous n'avez pas eu pitié de mes misères, et vos bonnes paroles, et vos bons conseils, est-ce que vous croyez que j'ai oublié tout cela?

— Tu es un honnête garçon, Jacques, dit M. Duflot , qui lui prit la main et la lui serra. Eh bien , comment vont tes petites affaires? A la quantité de papier que tu es venu prendre pendant ma maladie, il me semble qu'elles sont assez bonnes.

— Grâce à Dieu! monsieur. Le profit augmente tous les jours; je crois que je suis en bonne route.

— Je le crois aussi , » répondit M. Duflot.

Comme deux personnes entraient alors et s'approchaient du comptoir, l'entretien flnit là. Jacques alla faire remplir sa boite , paya , et partit plus joyeux qu'il ne l'avait été depuis un mois.

Quatre jours ne se passèrent point sans qu*il retournât au magasin, et, tout en courant, M. Duilot, ayant jeté deux ou trois fois les yeux sur ses habits, lui dit en riant : a Sais-tu, Jacques, que ta veste est trouée au coude , et qu'elle en demande une autre ?

— Mme Gervais la raccommode pourtant bien souvent , répondit Jacques.

— Nouvelle preuve de ce que j'avance , reprit tout aussi gaiement M. Duflot. Cependant , mon garçon, d'après ce que tu viens de m'apprendre sur ton gain de chaque jour, il me semble que tu aurais pu faire quelques économies.

— J'en ai fait aussi , monsieur, des économies ; mais je les garde pour une chose bien plus importante que tout.

— Et pour laquelle ?

— Pour m'établir sous une porte. »

Alors Jacques entra dans le détail de ses projets et de ses espérances s'il parvenait à s'installer avec sa marchandise dans une rue très-fréquenlée , et finit en disant que, d'après les informations qu'il avait prises de tous les côtés , il était sûr d'avoir au printemps prochain la somme qu'il lui fallait.

« Au printemps! dit M. Duflot; tu vas donc encore passer un hiver aussi rude que le dernier?

— Qu'à cela ne tienne, monsieur, répondit Jacques; le bon Dieu m'a donné des bras et des

jambes, c'est pour m'en servir. Aide-toi, le ciel t'aidera, comme disait mon oncle Morlot.»

M. Duflot le regarda quelques instants en souriant avec bonté , puis reprit :

« Quelle somme as-tu ?

— J'ai cent dix francs, parce qu'il fallait me nourrir, tous sentez bien. i

— Et tu n'as pas dû te nourrir grassement , mon pauvre garçon.

— Oh ! dame , j'ai mangé plus de pain que de brioche , répliqua Jacques en riant ; mais , comme je voyais tous les jours mon magot s'augmenter, j'étais content.

— Écoute , Jacques , dit M. Duflot après avoir réfléchi rapidement , je te connais bien maintenant , j'ai confiance en toi , et je veux que tu t'établisses tout de suite.

— Tout de suite I Eh ! monsieur, c'est bien impossible. D'abord, je n'ai pas encore assez d'argent pour acheter toute la marchandise qu'il me faudrait; ensuite on n'a pas une bonne place sous une porte cochère à moins de cent francs par an.

— Eh bien , je vais te prêter cent francs que tu me rendras petit à petit, quand tu pourras; pour ce qui est de la marchandise, tu seras ici en compte courant, et tu payeras tous les mois.

— Est-il possible , mon Dieu ! est-il possible que vous fassiez cela pour moi ? s'écria Jacques hors de

lui-même; maïs vous êtes donc un ange que le ciel m'envoie !

— Non , mon garçon , je ne suis pas un ange , mais j'aime à aider ceux qui comme toi ont du courage et de la probité. »

En parlant ainsi , M. Duflot prit dans le comptoir

'^cinq pièces d'or qu'il lui mit dans la main, et lui dit

de chercher dès le jour même une place avantageuse.

Quoique Jacques , saisi d'un bonheur aussi inattendu, quittât le magasin sans avoir pu exprimer sa joie autrement que par des larmes et quelques mots entrecoupés, il n'en laissa pas moins M. Duflot certain que son bienfait était bien placé.

On peut penser si Jacques perdit du temps , s'il prit toutes les informations imaginables pour qu'on lui indiquât une maison dont le propriétaire voudrait louer im mètre de terrain sous sa porte. Ses démarches furent vaines pendant plusieurs jours. A la vérité, ce qui rendait la chose plus difficile, c'était l'extrême désir qu'il avait de continuer à vivre avec Mme Gervaîs et Gertrude. Il ne l'aurait pas eu, ce désir, que la conversation de chaque soir le lui aurait donné : si l'une lui représentait combien la chambre qu'il lui faudrait louer serait plus chère que son cabinet, l'autre faisait observer qu'il serait obligé de manger à la gargote , ce qui lui coûterait le double eu lui détruisant la santé ; en un mot, les deux femmes ne cessaient de se ren-

voyer la balle pour faire ressortir les inconvénients sans nombre d'un changement d'habitation.

« Mon Dieu ! disait Jacques d'un air triste, je sais bien tout cela , je sais aussi qu'il faudra vivre seul » et que j'aurai du chagrin de ne plus vous retrouver tous les soirs ; mais est-<;e qu'il ne faut pas être rai* sonnable ? Si je ne trouve pas dans une bonne rue de ce quartier-ci, il faudra bien chercher dans une autre. »

Jacques avait parmi ses pratiques la portière d'une fort belle maison de la rue Saint-Antoine. Il ne s'était point adressé à elle dans ses recherches y attendu que le dessous de sa porte était déjà occupé par une vieille femme qui vendait des jarretières et des peignes ; mais comme il fournissait aussi un des locataires, mattre d'écriture , qui lui avait demandé la semaine précédente six mains de papier d'écoher, il ne voulut pas tarder plus longtemps à les lui porter.

Arrivé devant la porte , il fut très-surpris de n'y plus trouver la petite boutique, et, dès qu'il fut entré dans la loge et qu'il eut dit bonjour à la portière , il lui demanda ce qu'était devenue la vieille marchande.

« Hélas! mon Dieu, répondit la portière, la pauvre femme est morte il y a trois jours ; elle a été enterrée hier, et on va vendre après-demain les meubles de sa chambre et ses marchandises ; car

son héritière est une jeune fille en maison qui n*a pas besoin de tout cela.

— Et qui est-ce qui va prendre sa place sous la porte ? demanda Jacques vivement.

— Ah ! ma foi , je ne sais pas, la première personne qui se présentera, pourvu qu'elle soit sûre et qu'elle paye bien.

— Combien payait-elle, la marchande? reprit Jacques dont le cœur commençait à battre.

— Quatre-vingts francs le dessous de porte et cent vingt francs la chambre , une chambre superbe , au quatrième ....

— Oh ! madame Provost! madame Provost ! s'écria Jacques en sautant au cou de la portière , vous pouvez me rendre un service que je n'oublierai jamais de ma vie ! Si vous pouvez me faire avoir le dessous de porte, ma fortune est faite; vous me connaissez bien, n'est-ce pas? vous savez qu'on peut avoir confiance en moi ? Demandez aussi à M. Duflot, ce gros fabricant de papier qui est si riche, il vous dira que je suis un honnête garçon, j'en suis sûr; je vais vous donner son adresse ; et puis, ajouta-t-il sans reprendre haleine, car ses idées se pressaient avec une rapidité conforme à la circonstance, et puis, voyezvous, je payerai les quatre-vingts francs d'avance, si l'on veut ; ça fait que vous serez bien tranquille.

— Quatre-vingts francs? dit Mme Provost; et la chambre?

— Oh! la chambre est trop chère pour moi, vous sentez bien ; on la louerait séparément.

— Ça s'est déjà fait autrefois comme ça, répliqua la portière, c'est pas là l'embarras; mais si vous n'avez pas de chambre dans la maison, où serrerez- Yous le soir vos marchandises ?

— On me donnera peut-être bien un petit coin pour rentrer ma table, et la boîte qu'on met dessus ferme à clef ; c'est si grand ici ! dans une remise, un hangar, une écurie....»

Mme Provost branla la tête d'une façon qui coupa la parole à Jacques.

i Les remises , le hangar , les écuries , dit-elle , tout cela est loué à des locataires qui n'y laisseront rien placer; ainsi, mon petit ami, il n'y faut pas penser, car c'est impossible.»

A ces mots le pauvre enfant laissa tomber ses bras comme frappé d'un coup cruel, et le chagrin, le découragement firent pâlir son joli visage. Mme Provost ne put le regarder alors pendant quelques minutes sans un certain attendrissement. Bien qu'elle ne le connût que depuis quelques mois, il lui avait plu en différentes circonstances, de manière qu'elle avait pris en affection le petit marchand; aussi renonçait-elle elle-même avec peine à l'idée de le voir s'établir dans la maison. Comme il restait toujours immobile :

tt II y aurait peut-être bien un moyen, dit-elle après

avoir un peu réfléchi , qui arrangerait raffaîre. » Et le voyant lever les yeux sur elle , la bouche ouverte , comme pour dévorer les mots qu'elle allait prononcer , elle ajouta aussitôt : « La petite salle qui est derrière ma loge, et où je fais ma cuisine , nous pourrions je crois y placer votre table , les soirs, si elle n'était pas trop grande.

— Comme elle n'est pas encore achetée, la table, dit Jacques en attachant sur elle des. regards de ravissement, tandis que ses joues reprenaient leurs couleurs , si vous avez la bonté de faire cela pour moi, madame Provost, nous prendrions la mesure.

— C'est cela ; à présent, reste à savoir si monsieur voudra vous louer sa porte : je ne vous réponds de rien, mon enfant.

— C'est égal, c'est égal, ma bonne madanoe Prévost! s'écria Jacques, qui saisit les mains de la portière et les baisa de toutes ses forces, que cela se fasse ou non , Dieu vous bénira tout de même ; car, si ça ne se fait pas, il sait que vous avez voulu le faire. »»

La conversation qui suivit ne fit qu'augmenter le désir qu'avait Jacques de réussir dans sa demande. Tout ce que disait Mme Provost lui prouvait que la place était excellente; non-seulement la pauvre défunte y faisait fort bien ses alîaires , mais un petit marchand de ruban de soie ne l'avait quittée que pour s'établir en boutique.

Jacques ne cacha rien à Mme Gervais et à Gertrude de sa joie, de ses espérances et de ses craintes. Comme le succès de cette dernière tentative ne le séparait pas d'elles, puisqu'il entrait dans son plan de rester dans leur maison, les deux femmes prirent le plus vif intérêt à tout ce qu'il leur raconta et ne cessèrent de faire des vœux pour son établissement dans la rue Saint-Antoine.

Dans l'attente du lendemain , Jacques fut trèslongtemps sans pouvoir fermer les yeux , ce qui ne lui était pas ordinaire. Une foule d'idées pour l'avenir, une foule de souvenirs du passé se croisaient dans sa jeune tète ; il se revoyait arrivant à Paris , pauvre orphelin, sans appui dans cette grande ville et sans pain; du fond de son âme il remerciait Dieu qui l'avait si heureusement protégé , et il bénissait tant de gens qui l'avaient aidé , qui étaient venus à son secours. « Pourtant, se disait-il, on assure qu'il y a beaucoup de méchants dans ce monde ; il faut donc que j'aie bien du bonheur, car je n'ai encore rencontré que de bonnes personnes. » Jacques s'endormit enfin dans cette douce pensée, sans avoir réfléchi que lui-même était bon , et que notre bienveillance pour nos semblables nous attire leur bienveillance.

Le lendemain matin, un grand nombre des habitants de Paris étaient à peine réveillés lorsque Jacques courut chez Mme Provost ; et l'air joyeux

de la portière lui apprit tout d'abord que les choses étaient en bon train.

« Eh bien , lui dit-elle, notre affaire est finie ; la chambre est déjà louée depuis hier au soir, et vous pouvez vous établir sous la porte en donnant vingt francs tous les trois mois. Dame, j'ai répondu de vous, mon entant, songez-y bien et que votre bonne conduite.... »

On peut facilement imaginer par combien d'assurances d'une soumission complète et de remerciments sans fin Jacques interrompit le discours de Mme Provost, qui, dès qu'elle put parvenir à calmer l'élan de sa reconnaissance, lui montra dans sa cuisine la place où pouvait tenir une petite table qu'il allait acheter le plus tôt possible.

Grâce à l'aide que lui prêtèrent Mme Gervais et Gertrude pour hâter le moment de son établissement, tout ce dont il avait besoin fut prêt en moins d'une semaine. Alors arriva l'heureux jour où Jacques, habillé de neuf des pieds à la tête, s'assit près d'un petit étalage composé de papiers de toute grandeur, de plumes, de crayons et de pains à cacheter.

Chaque soir à six heures, et plus tôt quand l'hiver fut revenu, il rentrait dans la loge de Mme Provost sa table et la boîte qui la couvrait; cela fait, il allait dîner avec ses deux amies du faubourg, qui bientôt purent se réjouir avec lui du progrès journalier de

ses recettes ; car six mois ne s'étaient pas écoulés que le petit marchand fournissait un grand nombre des habitants du quartier. Ce succès était dû sans doute à ce que Jacques, apprenant peu à peu à bien choisir toutes ses marchandises, se fit connaître dans le voisinage pour n'en vendre jamais que de bonnes et pour ne jamais tromper le chaland.

L'accroissement des profits de Jacques ne le porta point à accroître beaucoup ses dépenses: la misère était encore trop^ près de lui pour qu'il eût d'autres désirs que celui de la chasser sans retour ; à Texception de ce qu'il lui en coûtait pour être toujours vêtu proprement , et d'une légère augmentation sur ce qu'il donnait à Mme Gervais pour sa nourriture , ce qui les fil vivre un peu mieux tous les trois, tout ce qu'il gagna pendant longtemps fut mis de côté, sans qu'il songeât jamais à sacrifier un sou pour son amusement.

Bien loin que cette conduite nuisit à son bonheur, aucun enfant de Paris, peut-être, n'était aussi heureux que Jacques ; ne connaissant pas les jouissances qui s'achètent, tout devenait jouissance pour lui : un chaland qui s'adressait à sa petite boutique , ses entretiens fréquents avec les voisins ou les gens de la maison, et la seule vue de ce mouvement perpétuel de la rue Saint -Antoine suffîsaient pour entretenir sa gaieté du malin au soir,

sans compter que le hasard lui avait fourni une

ressource inépuisable contre l*ennui. Une de ses pratiques qui tenait un cabinet de lecture, et dont la porte touchait la sienne , lui prêtait de temps en temps des livres. Dans les moments de liberté que lui laissait la vente, Jacques en dévorait quelques pages, et ce plaisir, dont il ne se lassait jamais, développait son intelligence et lui apprenait bien des choses qui devaient lui être utiles toute sa vie. Celle de ses joies cependant qui surpassait de beaucoup les autres, c'était de voir M. Duflot deux fois par semaine en allant reprendre du papier ; l'exactitude avec laquelle il payait chaque mois celui qu'il avait vendu , l'empressement qu'il mit à rendre les cent francs qui lui avaient été prêtés pour sjétablir, tout prouva si bien à l'honnête commerçant la délicatesse et la probité de son jeune protégé, qu'il le prit en grande affection, et causait avec lui comme un père avec son enfant.

Lorsque Jacques avait rentré ses marchandises dans la loge de Mme Provost, il allait dîner. Mme Gervais n'était pas tous les jours de bonne humeur; mais Gertrude était douée d'un si heureux caractère, que la position assez triste dans laquelle le sort l'avait placée, les brusqueries sans fin de sa mère ne l'empêchaient point de rire et de chanter du matin au soir en travaillant, et la gaieté de Jacques excitait la sienne au point que l'heure du repas était une heure joyeuse.

Jacques ressortait presque tous les soirs , tantôt pour aller dans une des fabriques où il se fournissait, tantôt seulement pour jouir du plaisir de marcher, de se promener dans cette grande ville, sur les boulevards ou dans les rues. « Et cela, se disaitil souvent, sans être obligé de faire plus de chemin qu'il ne me plaît et d'arrêter le passant ou de courir après lui dans l'espoir de gagner le morceau de pain que je mangerai ce soir. » Jacques alors se trouvait si heureux du changement survenu déjà dans son soii, qu'il se serait contenté de sa situation présente.

Mais l'efifet de Tordre et de la bonne conduite est d'augmenter la plus médiocre fortune. Une petite économie faite tous les jours finit par produire une forte somme ; aussi Jacques, quand il eut passé six ans sous la porte cochère de la rue Saint-Antoine , avait-il dans sa bourse deux mille six cents francs , avec lesquels M. Duflot lui conseilla de s'établir en boutique.

Durant ces six années Gertude s'était mariée à un jeune homme employé dans les chemins^ de fer, et continuait son état de blanchisseuse. Mme Gervais était morte, en sorte que Jacques avait pu , sans craindre de passer pour un ingrat, se loger dans la maison de Mme Provost. Connu de tout le quartier, ce fut dans le voisinage , sur le boulevard , qu'il loua une jolie boutique, et il la garnit avec tant de

gOîU et d'habileté de tout ce qui concernait son état , qu'il fut en peu de temps le papetier le plus achalandé de ce côté de Paris.

C'est alors seulement qu'il se permit de jouir avec modération du fruit de ses peines et de prendre sur ce qu'il gagnait la somme nécessaire pour vivre d'une façon agréable et commode ; c'est alors aussi que, certain de ne plus retomber dans la misère, il osa écrire à sou oncle pour le remercier des secours qu'il avait reçus de lui dans son enfance, et mettre à sa disposition tout ce qu'il possédait. N'ayant point de réponse, il fit prendre des informalions, et il apprit avec beaucoup de chagrin que le pauvre homme était mort.

Jacques avait vingt-huit uns quand M. Duflot, ch3Z qui il dînait tous les dimanches, désirant enfin se reposer et se retirer des affaires , lui vendît sa part dans la fabrique de Grandin et compagnie. Son argent se trouvait ainsi placé de manière, non -seulement à assurer sa fortune, mais à la tripler, en sorte qu'il prit aussitôt pour femme une jeune et bonne fille qu'il aimait , mais qui n'avait rien.

Devenu l'un des plus riches commerçants de Paris, Jacques Morlot pensait bien souvent à son enfance, au chemin qu'il lui avait fallu faire pour arriver à sa situation présente, et surtout au jour où il avait trouvé la pièce de cent sous ; aussi.

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