‹ Contes moraux de Mme de GenlisChapitre 19 sur 20 · ZUMA · texte numérisé non relu

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ont ravi, et dont ils sont insatiables; cet or qui leur a coûté tant de crimes : réservons, du moins, pour nous seuls ce présent du ciel!... Si parmi nous il se trouvait jamais un traître, jurons de le poursuivre et de l'exterminer, fût-il notre père, notre frère ou notre fils; jurons, s'il est engagé dans les liens du mariage, de poursuivre en lui sa femme et ses enfants, s'ils n'ont pas été ses dénonciateurs; et si ses enfants sont au berceau, de les immoler, afin d'éteindre sa coupable race.... Amis, faites-vous tous, et du fond de l'âme, ces redoutables serments dont vos aïeux nous ont laissé la formule, et que vous avez déjà prononcés tant de fois? — Oui, oui, répondirent à la fois tous les Indiens, nous prononçons toutes ces imprécations contre quiconque trahirait ce secret; nous jurons de le garder avec une inviolable fidélité, et de souffrir, s'il le fallait, les plus affreux tourments et la mort, plutôt que de le révéler. — Songez, dit le farouche Azan, songez que dans les premiers temps de notre asservissement, dans ces temps où des milliers d'Indiens furent mis à la torture, nul n'a voulu sauver sa vie en dévoilant ce secret, que nos peuples gardent depuis plus de deux cents ans!... Jugez si l'on pourrait trouver de supplice assez grand pour celui qui le trahirait!... Pour moi, jejureque s'il existe parmi nous

OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA. 257 un Indien capable d'un tel forfait, il ne périra que de ma main; et si ce traître avait une femme et des enfants à la mamelle, je jure encore de les poignarder tous.... »

Ce discours féroce n'était pas prononcé sans dessein. Azan haïssait le jeune Mirvan, fils de Ximéo, non -seulement parce qu'il ne lui trouvait pas assez d'animosité contre les Espagnols, mais surtout parce qu'il était jaloux du bonheur que goûtait Mirvan auprès de la belle Zuma et de leur enfant adoré; les méchants sont toujours envieux..

« Azan, reprit Mirvan, on peut être fidèle à sa parole sans avoir ta férocité; nul de nous n'est capable d'un parjure; tes menaces n'effrayent personne et sont inutiles : qui ne sait pas que, pour être barbare, tu n'as besoin ni d'un traître à poursuivre ni d'un crime à punir? »

Azan irrité allait répondre; mais Ximéo prévint une dispute violente, en représentant combien il était imprudent et dangereux de prolonger inutilement ces assemblées clandestines et nocturnes; et aussitôt chacun se retira.

Les Indiens, forcés de dissimuler, conservaient toujours les apparences du respect et de la soumission. Une troupe nombreuse déjeunes Indiennes, portant des corbeilles de fleurs, se trouva aux

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portes de Lima à l'arrivée de la vice-reine. Zuma était à leur tête, et la comtesse fut si frappée de sa beauté, de sa grâce et de la douceur de sa physionomie, que peu de jours après elle voulut l'avoir au nombre des esclaves indiennes employées, dans le palais, au service intérieur des vice-reines. Bientôt la comtesse conçut une telle amitié pour Zuma, qu'elle l'attacha au service particulier de sa chambre et de sa personne. Cette faveur parut une imprudence à Béatrix, l'amie de la comtesse; car, l'imagination remplie de tous les récits qu'elle avait entendu faire de la perfidie des Indiens, elle se livrait à toutes les sinistres craintes que peut inspirer la défiance : elle était excusable; c'était pour son amie, et non pour elle, qu'elle craignait! Elle vit avec peine l'amitié de la vicereine pour une Indienne; les femmes de la comtesse profitèrent de la faiblesse de Béatrix pour la prévenir contre Zuma; on lui dit que Zuma était fausse, dissimulée, ambitieuse, présumant tout de sa beauté ; qu'elle n'aimait point la comtesse, et qu'elle abhorrait les Espagnols. On alla plus loin, on lui prêta des discours extravagants. Béatrix ne crut pas tout ce qu'on lui disait, mais elle en conçut une inquiétude qui lui inspira une véritable aversion pour Zuma; cetle inimitié devint d'autant plus forte, qu'il lui fut absolument iin-

OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA. 259 possible de nuire à Zuma dans l'esprit de la vicereine, qui s'attachait chaque jour davantage à l'objet de tant de haine, d'injustice et de calomnie. Zuma, de son côté, éprouvait la plus tendre affection pour la comtesse ; néanmoins, pour éviter des scènes désagréables, elle se tenait renfermée dans sa chambre, et ne paraissait que lorsque la comtesse la faisait appeler.

Le vice-roi n'épargnait rien pour se faire aimer des Indiens ; mais ces derniers avaient vu plusieurs vice-rois montrer, dans les commencements, de la douceur, delà justice et de l'affabilité, et démentir bientôt toutes ces apparences; ainsi, la bonté réelle du comte ne fit aucune impression sur eux. Ils la regardèrent comme une fausseté ou comme une faiblesse causée par la terreur qu'avait inspirée la mort subite du secrétaire du dernier vice-roi.

La comtesse était depuis quatre mois à Lima, et sa santé s'altérait visiblement. On attribua d'abord ce changement fâcheux à l'ardeur du climat; mais ses souffrances augmentant chaque jour, on commença à s'inquiéter ; enfin elle tomba malade tout à fait de la fièvre tierce. Tous les remèdes connus alors furent employés, ils furent sans effet. L'inquiétude de Béatrix n'eut plus de bornes; elle questionna en particulier le médecin qu'on avait mené d'Espagne: celui-ci, ne pouvant guérir le

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mal, en parla mystérieusement, et fit entendre qu'il l'attribuait à une cause extraordinaire, qui lui était inconnue. Son air consterné, ses réticences, tout donna à Béatrix l'horrible idée que son amie mourait d'un poison lent. Dès ce moment, elle n'eut plus un instant de repos : en cachant avec soin à la comtesse, et même au comte, ses affreux soupçons, il lui fut impossible de les dissimuler à deux des femmes de la comtesse, qui les fortifièrent. Mais qui pouvait avoir commis ce crime? Nul autre que Zuma; Zuma, qui entrait librement à toute heure chez la vice-reine. Mais comment, après avoir été comblée des bienfaits de la vice-reine , aurait-elle osé se porter à celte atrocité? La haine a toujours réponse à tout. Zuma était hypocrite, vaine, ambitieuse, et de plus elle avait une passion secrète et criminelle pour le vice-roi. Enfin elle était Indienne, et familiarisée dès l'enfance avec l'idée des forfaits les plus noirs.

Béatrix repoussa pendant quelques jours ces horribles soupçons; mais elle voyait son amie dépérir, et ses terreurs ne lui permirent plus de raisonner et d'observer par ses propres yeux; elle accueillit toutes les dénonciations, elle ajouta foi aux calomnies les plus extravagantes. L'inquiétude saisit aussi le comte; sans imaginer des crimes, il s'alarmait de la durée d'une aussi longue fièvre.

OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA. 261 Cependant une apparence de mieux dans l'état de la comtesse donna de grandes espérances pendant quelques jours. Le médecin répondit presque de laguérison; les soupçons s'assoupirent, Béatrix respira. Néanmoins elle ne révoqua point les ordres particuliers, qu'elle avait donnés en secret, d'épier Zuma, et de ne la laisser jamais entrer dans la chambre où Ton déposait les boissons de la comtesse.

Au milieu de ces diverses agitations, Zuma ne pensait qu'à la vice-reine, qu'elle chérissait avec toute la sincérité de l'âme la plus pure et la plus reconnaissante; elle s'affligeait profondément en pensant qu'il existait un remède infaillible contre le mal qui la consumait, et qu'il était impossible de lui indiquer. Zuma connaissait les horribles serments par lesquels les Indiens s'étaient engagés à ne jamais révéler ce secret. Si elle n'eût dû exposer qu'elle, sans hésiter elle eût parlé; mais cette révélation dévouait à une mort certaine son époux et son fils. Enfin, elle n'ignorait pas que le vindicatif Ximéo, pour s'assurer mieux de sa discrétion, avait remis comme un otage cet enfant si cher entre les mains du féroce Azan et de Thamir, un autre de leurs chefs, moins cruel qu'Azan , mais aussi animé contre les Espagnols. Aussi Zuma n'osa même pas confier son chagrin à Mirvan; elle dé-

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vorait ses larmes et s'affligeait en silence. Cette affliction s'accrut encore : le faible espoir qu'on avait eu pour la comtesse s'évanouit; la fièvre reprit de nouvelles forces; le médecin annonça qu'il avait de sérieuses craintes , et que la comtesse résisterait difficilement à de nouveaux accès de fièvre. La consternation fut universelle dans le palais. Le comte et Béatrix étaient au désespoir. La vice-reine, ne s'abusant point sur son état, montra autant de courage et de douceur que de piété ; on fait toujours avec calme le sacrifice de la vie la plus heureuse , quand elle a été parfaitement pure : elle reçut les derniers sacrements, fit de tendres adieux à son amie , à son époux , lui recommandant le bonheur des Indiens, et surtout celui de sa chère Zuma; après ces devoirs remplis, elle se jeta tout entière dans les bras de la religion. Zuma, dont la santé était déjà très-affaiblie depuis trois mois, témoin de cette scène pathétique, ne put résister à tant de peines ; elle fut attaquée le soir même de la maladie dont la comtesse était mourante, la lièvre tierce. Après deux ou trois accès, Mirvan, du consentement des Indiens, lui porta en secret la précieuse poudre qui devait la guérir ; mais une seule dose, qu'il devait renouveler chaque jour : Zuma reçut, le matin, la première, qu'elle ne devait prendre que le soir en se couchant. Lorsqu'elle

OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA. 263 fut seule, elle regarda cette poudre; ses larmes coulèrent, et levant les yeux au ciel : « Grand Dieu, dit-elle, c'est toi qui m'inspires! je ne puis la sauver qu'en m'immolant ; mon parti est pris. Je ne révélerai point le redoutable secret; d'ailleurs ils ne soupçonneront point un tel dévouement, et ils attribueront la guérison de ma chère maîtresse aux secours de la médecine. Je n'expose ni Mirvan ni mon fils, et je n'aurai point trahi nos serments; je mourrai, mais elle vivra. Qu'importe l'existence de la pauvre Zuma? Combien est plus précieuse la vie de cette fille du ciel, la providence des affligés, la protectrice généreuse du pauvre et de l'esclave ! Tout à l'heure encore n'ai-je pas entendu sa voix défaillante prier pour ces cruels Indiens qui la laissent mourir? 0 ma bienfaitrice! au milieu des ombres de la mort, tu n'as point oublié ta fidèle Zuma! j'ai entendu ta bouche prononcer son nom et le bénir!... Oui, je jure par la clarté sacrée du soleil, je jure de te sauver. »

En disant ces paroles, Zuma enveloppe la poudre de quinquina, la met dans son sein, et se lève, puis s'arrêtant, elle réfléchit au moyen de s'introduire furtivement dans le cabinet où l'on dépose les boissons delà comtesse. Elle n'avait nulle idée des horribles soupçons formés contre elle, ni des précautions que l'on prenait pour lui rendre ce cabi-

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net inaccessible, ainsi qu'à toutes les autres esclaves indiennes ; elle croyait seulement que, depuis la maladie de la vice-reine, les femmes de chambre espagnoles s'étaient réservé exclusivement le service de l'intérieur, par zèle et par jalousie, ou par un de ces usages dont on lui parlait si souvent, qu'on appelait étiquette. Elle se décida à n'entrer que le soir dans ce cabinet, pensant qu'alors elle n'y trouverait qu'une personne endormie; dans le cas contraire," elle prétexterait qu'inquiète de la comtesse, elle venait savoir de ses nouvelles : en même temps, voulant examiner s'il lui serait possible de s'introduire sans passer dans l'appartement de la comtesse, elle descendit dans un long corridor qu'elle examina attentivement ; elle reconnut qu'une petite porte de dégagement du cabinet donnait dans ce corridor, ainsi qu'elle l'avait imaginé , et que la clef était à cette porte. Elle se promit d'entrer la nuit de ce côté, et remonta dans sa chambre.

On épiait avec soin toutes les démarches de Zuma, d'après les ordres de Béatrix ; on s'empressa d'aller lui dire que ce jour même Mirvan était venu chez Zuma ; qu'une femme, collée à la porte pour écouter leur entretien , n'avait pu rien entendre, parce qu'ils avaient parlé tout bas, mais qu'en sortant Mirvan avait eu l'air fort agité; qu'ensuite

OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA. 265 Zuma était descendue, avait parcouru le corridor en examinant toutes les portes, qu'elle s'était arrêtée à celle du cabinet, prenant ses précautions pour ne pas être surprise; qu'entin elle s'était sauvée dans sa chambre. Ce récit fit frémir Béatrix; elle devina dans l'instant que Zuma avait le dessein de se glisser le soir dans le cabinet; les femmes eurent ordre d'épier le moment où elle sortirait de sa chambre, de l'en avertir sur-lechamp, de laisser aussitôt le cabinet vide et la clef à la porte. Béatrix alla, sans délai , instruire le vice-roi ; sans adopter ses soupçons, il fut néanmoins très-ému, et convint de se cacher avec elle dans le cabinet.

Une heure après la fin du jour, on vint avertir Béatrix que Zuma descendait l'escalier dans l'obscurité, et avec toutes les précautions du mystère et de la crainte. Béatrix et le comte allèrent précipitamment se cacher. Au bout de quelques minutes, ils entendirent ouvrir doucement la porte, et virent paraître Zuma. Eile était pâle, tremblante, marchant lentement et avec effort. Dès qu'elle fut entrée dans la chambre, elle alla écouter à l'autre porte, qui donnait dans l'appartement de la vicereine ; tout était calme : Zuma s'approcha de la table sur laquelle était posé un vase contenant une potion que devait prendre la comtesse, etyrépan-

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dit une dose de la poudre de quinquina. Aussitôt le vice-roi, saisi d'horreur, s'élance dans le cabinet en s'écriant : * Malheureuse! qu'avez-vous jeté dans ce breuvage? » A cette apparition , à cette question terrible,

Zuma éperdue tressaille, et tombe en disant: «Je suis perdue!... » Elle était, évanouie. On la fit porter dans sa chambre. Le comte et Céatrix convinrent que l'on cacherait à la vice-reine ce prétendu crime. « Elle demanderait la grâce de ce monstre,

OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA. 267 ajouta le comte, et rien au monde ne pourrait me la faire accorder; il faut un exemple, je le donnerai. »

Le bruit se répandit à l'instant dans le palais et dans la ville que Zuma était convaincue d'avoir voulu empoisonner la vice-reine. Le soir même elle fut livrée à la justice et conduite en prison. Mirvan, en apprenant cette funeste nouvelle, alla trouver Azan et Thamir : « Vous avez mon fils entre vos mains, leur dit-il; du moins promettezmoi que, si nous gardons fidèlement le secret, vous rendrez après notre mort cet enfant à mon père. — Nous le jurons, répondit Azan, mais tu n'ignores pas aussi que la moindre indiscrétion lui coûterait la vie. — Nous saurons mourir, » répondit Mirvan.

A ces mots, il quitta le farouche Indien, et se rendit volontairement en prison. Il avait de suite deviné l'action de Zuma, mais il ne pouvait la justifier qu'en livrant son enfant à la rage du barbare Azan ; il résolut de mourir avec sa malheureuse femme.

A la pointe du jour, le conseil s'assembla pour interroger et pour juger Mirvan et Zuma. On ouvrit les portes de la salle, et l'on fit annoncer aux Indiens qu'il leur était permis d'y entrer; il en vint un grand nombre conduits par leurs chefs

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secrets, Ximéo, Azan et Thamir. On amena les deux infortunés époux chargés de chaînes. Zuma, en apercevant Mirvan, s'écria avec véhémence : « Il n'est point coupable, il n'a nulle part à ce que j'ai fait; il ignorait mon dessein. — Arrête, Zuma, interrompit Mirvan, ta mort est résolue, peux-tu songer à défendre ma vie? Je ne suis point accusé, c'est volontairement que je partage ton sort. Zuma, mourons avec courage, et notre enfant vivra. »

Zuma comprit le véritable sens de ces paroles; elle ne répondit rien et fondit en larmes. L'interrogatoire commença.

Zuma ne put désavouer les faits dont Béatrix et le vice-roi avaient été les témoins. On lui demanda de qui elle avait reçu la poudre qu'elle avait jetée dans le breuvage. « Elle l'a reçue de moi, » dit Mirvan.

Zuma le nia, affirmant de nouveau que Mirvan avait entièrement ignoré son dessein. « Et quel était ce dessein? lui demanda-t-on. — Ce n'était pas celui d'empoisonner la vice-reine. — Pourquoi donc avez-vous fait usage de cette poudre? avez-vous cru n'employer qu'un remède salutaire?. »

A cette question, Zuma tressaillit; ses yeux, dans ce moment, rencontrèrent ceux du cruel Azan; son

OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA. 269 regard menaçant la remplit d'épouvante : elle croyait le voir égorgeant son enfant. « Non, non, dit-elle d'un air égaré, non, je ne connais point de remède salutaire. — C'était donc du poison? Vous l'avouez. — Je n'avoue rien. — Mais répondez donc. — Je ne puis que me taire. »

En ce moment Ximéo s'avança et* vint se placer entre les deux époux, en disant : « Qu'on me donne aussi des chaînes, je veux mourir avec eux. — 0 mon père ! vivez pour notre enfant, » s'écrièrent en même temps Mirvan et Zuma. Ximéo persista.

Les juges avaient reçu l'ordre de ne point employer de torture et de ne point rechercher de complices ; ils firent éloigner Ximéo, et reconduire en prison les deux époux. Le médecin de la comtesse parut et fut interrogé ; il déclara que la maladie de la vice-reine ayant résisté aux remèdes les plus efficaces et étant accompagnée des symptômes les plus extraordinaires, il n'avait pu s'empêcher de concevoir des soupçons; que l'action de Zuma, ne laissant aucun doute sur l'atrocité de son dessein, l'avait confirmé dans l'idée que cette esclave perverse avait fait prendre à la vice-reine un poison lent; et qu'ensuite, se voyant exclue du service de la chambre, et craignant que la jeunesse de la vice-reine et les soins qu'on lui rendait

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ne triomphassent d'un poison donné avec ménagement, elle avait voulu consommer son crime par une forte dose. A cette déposition les juges frissonnèrent d'horreur, et presque aussitôt recueillant les voix, ils condamnèrent les deux époux, comme atteints et convaincus du crime d'empoisonnement, à périr le jour même, à midi, dans les flammes d'un bûcher. On les fit rentrer dans la salle pour y entendre leur arrêt. Mirvan montra une héroïque fermeté. Zuma se jeta à ses pieds; « Je t'ai perdu, dit-elle, voilà mon seul remords; oh! pardonne-moi!... — Va, répondit-il, n'accusons que la barbarie de nos juges ! consoletoi, Zuma; les tyrans qui nous condamnent nous délivrent d'un joug affreux; dans quelques heures nous ne serons plus leurs esclaves ! »

Ces paroles émurent le cœur endurci d'Azan môme : « Mirvan, cria-t-il, sois tranquille sur le sort de ton fils, il me sera plus cher que s'il était le mien. »

Il était neuf heures du matin, les ordres furent donnés pour faire disposer le bûcher.

La vice-reine était mourante; le médecin annonça au vice-roi qu'il n'avait plus d'espérance, qu'il était impossible qu'elle supportât encore trois accès de fièvre, et que dans six ou sept jours elle n'existerait plus. Le comte, au comble du déses-

OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA. 271 poir, ainsi que Béatrix, ne pouvait avoir des idées de clémence; d'ailleurs, regardant Zuma comme le monstre le plus exécrable que la nature eût jamais produit, il n'éprouvait aucune compassion pour elle. Il ordonna seulement qu'on offrît à Mirvan sa grâce, s'il voulait faire un aveu sincère de son crime. « Dites au vice-roi, répondit Mirvan, qu'alors même qu'on me promettrait la vie de Zuma, on n'obtiendrait pas de moi une parole de plus. »

Le vice-roi ne voulut pas se trouver à Lima durant l'exécution. Il partit pour une maison de plaisance située à une demi-lieue de la ville, avec l'intention de ne revenir qu'à la nuit.

Le malheureux Ximéo roulait en vain dans sa tête mille projets différents, qui tendaient tous à sauver Mirvan et Zuma; il aurait bien voulu rassembler ses amis; mais, durant toute cette matinée, les Indiens furent tellement observés et contenus, qu'il n'eut même pas la possibilité de s'entretenir en secret avec Azan et Thamir. Bientôt une proclamation ordonna à tous les Indiens qui se trouvaient à Lima d'assister à l'exécution. Us étaient sans armes; la garde espagnole fut doublée et se rangea autour du bûcher ; en outre deux cents soldats devaient escorter les malheureuses victimes. Il fallut se soumettre. Ximéo désespéré prit au fond

272 ZUMA OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA. de l'âme la résolution de se jeter dans le bûcher avec ses enfants.

Pendant que toute la ville consternée était dans l'attente de ce funeste spectacle, la vice-reine, ignorant toujours ce tragique événement, était dans son lit, plus faible et plus souffrante que jamais. L'agitation de tous ceux qui l'entouraient était extrême depuis six heures du matin, elle en fut à la fin frappée; elle questionna, et vit clairement que Béatrix lui cachait quelque chose. Béatrix sortait souvent de la chambre pour aller pleurer sans contrainte. Dans un de ces moments, la comtesse interrogea vivement une de ses femmes; elle lui ordonna si impérieusement de lui dire la vérité, que cette femme l'instruisit de tout, en ajoutant que Zuma et Mirvan, loin de nier leur crime, en avaient fait gloire. La surprise de la comtesse fut égale à l'horreur que lui inspira cette affreuse révélation. « 0 miséricorde suprême! dit-elle, je vais t'invoquer avec plus de confiance!... »

Aussitôt elle ordonna qu'on allât lui chercher un brancard découvert; pendant ce temps, aidée de ses femmes, elle se leva, s'enveloppa dans une longue robe de mousseline, et, malgré les pleurs et les cris des dames espagnoles et de Béatrix, qui étaient accourues, elle se fit étendre sur le bran-

Elle se fil étendre sur un brancard. (Page -272.)

ZUMA OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA. 275 card, porté par quatre esclaves; un cinquième tenait au-dessus de sa tête un large parasol de taffetas : ainsi couchée, et le visage couvert d'un voile blanc, elle donna l'ordre qu'on la conduisit sur le lieu de l'exécution.

Midi sonnait!... Dans ce même moment, Mirvan et Zuma à pied, chargés de chaînes, sortaient de la prison pour aller au dernier supplice. Zuma, pouvant à peine se soutenir, s'appuyait sur les bras d'un prêtre, et était conduite par deux soldats; un peuple immense se précipitait en foule pour la voir. Dans cette multitude, elle aperçut Azan tenant dans ses bras son enfant qu'il lui montrait. A cette vue, elle poussa un cri déchirant, un cri maternel, qui retentit au fond de tous les cœurs; et, retrouvant ses forces, elle se débarrassa des mains du prêtre et des soldats, et s'élança vers Azan : l'infortunée, en donnant à son fils le dernier baiser maternel, ne put retenir ses larmes. « Zuma, lui dit tout bas Azan, ranime ton courage; songe que ta mort même est une vengeance, et qu'elle va rendre notre secret encore plus inviolable. — Point de vengeance! répondit Zuma. Oh ! si je pouvais sauver la vicereine!... »

Elle n'en put dire davantage, les soldats vinrent la reprendre; elle crut mourir quand on

276 ZUMA OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA, lui arracha son enfant : il lui sembla, dans cet instant seulement, qu'elle faisait le sacrifice de sa vie !

On se remit en marche : on n'était plus qu'à trois cents pas du lieu du bûcher. En ce moment, une lugubre trompette annonça l'approche des victimes, et l'on mit le feu au bûcher, mais seulement au faîte, formé d'un bois résineux. On entra dans une allée de platanes, au bout de laquelle on apercevait le fatal bûcher, dont les flammes paraissaient s'élever jusqu'aux nues. A cette vue, Zuma frissonna d'horreur, le souvenir de son époux et de son enfant fit place à la stupeur ; elle n'eut plus d'autre idée que celle de sa prochaine destruction, elle ne vit plus qu'une mort inévitable, et sous l'aspect le plus menaçant. Ses forces l'abandonnèrent; son sang glacé ne circulait plus dans ses veines; son visage se couvrit d'une mortelle pâleur; et, sans perdre connaissance, elle tomba dans les bras du prêtre, qui, malgré ses protestations secrètes, mais toujours vagues, l'excitait au repentir. « Zuma, lui dit Morvan, notre mort ne sera point douloureuse; regarde ces tourbillons de fumée, nous serons étouffés dans un instant. — Oh ! reprit Zuma d'une voix éteinte, je ne vois que du feu... . que des llammes ! »

On apercevait le fatal bûcher. (Page 276.]

ZUMA OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA. 279 Cependant ils s'avançaient, et chaque pas, rapprochant Zuma de son dernier moment, augmentait son invincible terreur. Déjà l'on voyait distinctement les Indiens, mornes et consternés, rangés autour du bûcher et tenant, en signe de deuil, une branche de cyprès; la garde espagnole les environnait. Tout à coup on entend des cris dans le lointain: un cavalier paraît, il accourt à toute bride, en criant : « Arrêtez, arrêtez, la vice-reine l'ordonne, elle me suit. »

A ces mots, on s'arrête Zuma joint les mains, implore le ciel ; mais son âme, affaissée par la terreur, ne peut encore se rouvrir à l'espérance. Enfin , on aperçoit le brancard de la vice-reine ; ses porteurs, excités par elle, pressent leur marche; ils ont bientôt atteint les malheureux époux, et s'arrêtent près d'eux; la garde espagnole accourt, se range autour de la vice -reine; les Indiens se rapprochent, forment un demi-cercle vis-àvis d'elle; alors la vice-reine lève son voile, et découvre un visage pâle, languissant, mais plein de douceur et de charme. « Je n'ai pas, dit-elle, l'heureux droit de faire grâce, mais je suis sûre de l'obtenir de la bonté du vice-roi. En attendant, je prends sous ma protection et sous ma garde ces deux infortunés ; qu'on brise leurs liens, qu'on éteigne cet affreux bûcher, qui n'au-

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rait jamais été allumé si j'eusse été plus tôt instruite. »

A ces mots, tous les Indiens, jetant leurs branches de cyprès, firent retentir les airs des cris répétés de vive la vice-reine! Ximéo s'élança hors des rangs, en s'écriant : « Oui , elle vivra ! » Zuma tomba à genoux : « Dieu tout-puissant, ditelle, achève ton ouvrage! » •

La vice-reine invita Mirvan et Zuma à la suivre, et, les ayant fait placer auprès de son brancard, elle retourna ainsi au palais, suivie d'une foule immense, qui bénit avec enthousiasme sa clémence et sa bonté. Dès qu'elle fut arrivée au palais, elle se remit au lit, et ordonna aux deux époux de se placer à son chevet. Le mouvement, la fatigue, l'émotion qu'elle venait d'éprouver, avaient tellement épuisé ses forces qu'elle crut toucher à ses derniers moments; elle tendit une main à Mirvan et donna l'autre à Zuma, qui la reçut à genoux et la mouilla de ses larmes.

Béatrix, ne pouvant supporter un tableau si déchirant, voulait que les deux Indiens fussent conduits et gardés dans la chambre voisine. «Non , non, dit la vice-reine; je réponds d'eux, et j'en réponds devant l'arbitre suprême, qui nous jugera tous! Laissez-les ici, ils vont mf ouvrir les portes du ciel! Grand Dieu, dit Déatrix, vous voir

OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA. 281 dans les bras des monstres qui vous ont empoisonnée!— Où pourrais-je être mieux dans cet instant'/ reprit la vice-reine. Je n'éprouverais sur le sein de l'amitié que des regrets superflus; mais ces mains tremblantes que je presse dans les miennes fortifient mon courage; la seule vue de ces infortunés répand dans mon âme le calme et la sécurité. — 0 ma bienfaitrice! dit Zuma, suffoquée par ses sanglots, si le ciel trahit ma dernière espérance , on verra si la malheureuse Zuma vous aimait! non, je ne pourrai vous survivre ! »

Ces paroles firent frémir Béatrix. a Détestable hypocrisie! s'écria-t-elle. — Ne les insultez point, interrompit la comtesse, ils se repentent; voyez couler leurs pleurs!... Zuma, poursuivit -elle, vous dont la ligure touchante annonçait une âme céleste, vous que j'ai tant aimée, pourrais-je conserver contre vous le plus léger ressentiment? Je vous regarde l'un et l'autre comme les instruments de mon bonheur éternel; je vous pardonne de grand cœur: puissiez-vous revenir à la religion avec la même sincérité ! »»

Zuma, hors d'elle-même, allait parler, et peutêtre révéler une partie du secret, qui lui pesait bien plus que lorsqu'elle n'avait eu que sa vie à détendre; mais Mirvan la prévint: <• Zuma, lui dit-

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il, gardons toujours le silence; la voix de la vicereine fera descendre la vérité du ciel; confionsnous au Dieu qu'elle invoque ! il sauvera des jours si précieux, et nous serons justifiés ! »

Ces mots furent prononcés d'un ton si vrai, d'un air si solennel, que Béatrix même en fut frappée . La vice-reine interrogea Mirvan, mais en vain; il la supplia de le dispenser de répondre, et pendant deux heures il garda un obstiné silence.

La vice -reine avait envoyé un courrier au comte pour l'informer de ce qu'elle avait fait et pour presser son retour; surprise qu'il ne fût pas encore arrivé, elle allait dépêcher un nouveau courrier, lorsqu'on entendit une rumeur extraordinaire dans les cours du palais, mais qui n'annonçait que l'allégresse. Un instant' après, la comtesse distingua la voix du vice-roi; elle fit ouvrir la porte en criant : « Grâce, grâce pour les coupables! — Ils sont vos libérateurs! » répondit le vice-roi en entrant dans la chambre. Tout le monde resta pétrifié. Le vice-roi tenait un jeune enfant dans ses bras. Zuma pousse un cri de joie; c'était son fils. Le vice-roi s'élança vers elle, déposa l'enfant sur son sein, et se prosterna à ses pieds. Ximéo le suivait; il s'approcha, et s'adressant à Mirvan : « Tu peux parler, lui dit-il ; du consentement de tous les Indiens, le secret est

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révélé ; nous avons tous pris de la poudre en présence du vice-roi; il a voulu lui-même en prendre avant de l'apporter ici. »

A ces mots, Zuma transportée serre son entant dans ses bras, remercie le ciel ; Mirvan embrasse son père ; la comtesse fait mille questions à la fois ; le vice-roi prend la parole et conte rapidement tout ce que les Indiens lui avaient révélé. «Grand Dieu! s'écria la comtesse, en jetant ses deux bras autour du cou de Zuma, cette angélique créature qui se sacrifiait pour moi, et l'on allait l'immoler! Quand elle faisait une action aussi sublime que touchante, on l'accusait d'un pareil crime! — Et les terreurs de ce couple héroïque pour les jours de leur enfant, ajouta le vice-roi, leur ont fait supporter avec une invincible constance la honte, l'ignominie et l'aspect d'une mort affreuse! —Ah! dit Zuma, la vicereine a fait davantage! elle nous croyait des monstres d'ingratitude et de scélératesse, les auteurs de ses souffrances, et elle nous a protégés, délivrés, recueillis!... — Elle va recevoir, ainsi que vous, reprit le vice-roi, le prix de tant de vertus; vous allez la guérir!... Voici deux doses de la poudre bienfaisante, l'une pour Zuma, l'autre pour la vice-reine. »

En disant ces paroles, le vice-roi verse lui-

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même le quinquina dans deux coupes : Zuma but la première, et la vice-reine voulut prendre de sa main ce breuvage salutaire. Tout le monde fondit en larmes; la vice-reine, ranimée déjà par la joie et l'espérance, recevait avec ravissement les tendres embrassements de son époux, de Béatrix et de l'heureuse Zuma; elle demanda l'enfant de Zuma, lui prodigua les plus douces caresses, et promit qu'elle serait désormais pour lui une seconde mère.

Béatrix et toutes les dames espagnoles entourèrent Zuma ; on ne pouvait se lasser de la contempler, de l'admirer. Béatrix, avec un mouvement passionné, lui baisa la main, cette main bienfaisante qu'elle avait accusée d'avoir commis un crime. Au milieu de cet enthousiasme, le viceroi prit Mirvan et Zuma par la main, et les conduisant sur un balcon qui donnait sur une grande rue remplie d'Espagnols et d'Indiens : « Voilà, dit-ii en montrant Mirvan et Zuma, voilà les victimes volontaires de la reconnaissance et de la sainteté des serments ! Indiens, leurs vertus sublimes et celles de la vice-reine vous ont fait abjurer une haine jadis trop légitime, et maintenant injuste. Vous pouviez seuls, par une volonté unanime, vous dégager vous-mêmes du vœu cruel formé par la vengeance, vous l'avez

OU LA DÉCOUVERTE DU QUINQUINA. 285 fait; de nos ennemis secrets vous êtes devenus les bienfaiteurs de l'ancien monde. Le soin de vous rendre heureux n'est pas seulement pour nous désormais un devoir d'humanité, c'en est un de gratitude, il sera rempli. Indiens, vous tous qui, dans cette assemblée mémorable, venez de sacrifier de fiers ressentiments à l'admiration et à la douce pitié, Indiens, vous êtes libres; de tels sentiments vous rendent dignes de devenir les égaux de vos vainqueurs! jouissez de cette gloire, c'est la vertu qui vous affranchit!... Aimez votre souverain, soyez-lui fidèles : des terres vous seront distribuées, faites-y fleurir l'arbre de la santé; en le cultivant, songez que c'est à vous que l'univers tout entier va devoir ce bienfait du Créateur. »

Cette allocution excita un enthousiasme universel, et le vice-roi, voulant terminer celte journée par le triomphe de Zuma, la fit revêtir d'une robe magnifique; on la plaça sur un palanquin richement orné, et toutes les dames de la vice-reine, Iîéatrix à leur tête, se mirent à sa suite; la garde d'honneur de la vice-reine l'accompagna; un héraut à cheval précédait ce cortège en criant : «Voilà Zuma, l'épouse du vertueux Mirvan, et la libératrice de la vice-reine. » Zuma, appuyée sur des coussins de drap d'or,

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portait son enfant sur ses genoux, et tenait dans sa main une branche de Y arbre de la santé. Elle parcourut ainsi les principales rues de Lima, aux acclamations de tout le peuple, qui se précipitait en foule pour la voir et pour la combler de bénédictions. Lorsque Zuma revint au palais, on la conduisit dans les bras de la vice-reine, et ensuite dans un bel appartement nouvellement préparé pour elle et pour son époux ; ils y trouvèrent des domestiques pour les servir, car ils devaient être désormais traités comme les amis les plus intimes et les plus chers de la vice-reine. Le soir on illumina la ville et toutes les cours du palais, et les jardins furent remplis de tables somptueusement servies pour les Indiens.

La fièvre quitta tout à fait la vice-reine; au bout de huit jours elle fut en pleine convalescence. Dans la place même où l'on avait dressé le fatal bûcher, le vice-roi fit élever un obélisque de marbre blanc, sur lequel on lisait ces mots, tracés en grosses lettres d'or :

A ZUMA,

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