Contes normands
Les personnages de mes récits sont des paysans, ^ujet vulgaire, dira-t-on ?.,. Je ne trouve pas. Un villageois est plus intéressant que tel héros de roman, noble ou milliardaire — plus curieux à voir, en véritéy que le Parisien, quel qu'il soit, homme de plaisir, de loisir ou d'agitation.
Mes paysans sont vrais; ils parlent leur langue; fai noté et reproduit leurs pensées dans la forme mêms où, ils V expriment. Je vois d'ici le haut-lecorps qu'auront grammairiens, stylistes^ puristes. Du patois ! Quelle idée singulière!
Tout beau! messieurs... Vous préfère^ peut-être V argot bouleiardier, la a langue verte », les sabirs et jargons de cénacles, V espèce de volapuk anglo^
Il CONTES NORMANDS
fin de siècle^ les locutions bas-empire que le monde des sports et la « haute » unirent à la mode.
Peut-être aussi trouvez-vous plus nobles le latin , . le jardin des racines grecques , les résurrections de civilisations défuntes*.. Un récit qui emprunterait quelque dialecte chaldéèn reconstitué vous trouverait facilement extasiés. Et pourtanty Vidiome des ancêtres^ celui des « coutumes », des « virelais », celui qui fui le « verbe » des vieux héros de France^ n'est-il pas plus précieux que celui des races étrangères ? N'est-il pas plus près de notre âme?
Oui, sans crainte d*être démenti, on peut affirmer ceci :
Les vieux « parlers » de province ont, plus que toutes les langues mortes, contribué à la formMion du français — le plus beau de tous les langages.
Longtemps entrevue, cette vérité éclate^ maintenant. Elle éclaire. Et, à mesure que croit ta desaffection pour les Romains et les Hellènes, l'esprit public suit avec plus d'intérêt Vantiquité celte et franque, Vancestral passé.
Or, ce passé, il vit et vibre aux lèvres du paysan.
Noire campagnard normand se sert encore du