‹ Contes normandsChapitre 2 sur 4 · PRÉFACE . III · texte numérisé non relu

PRÉFACE . III

vieux « languaige » ; je ne méprise pas ses façons de dire, si originales et imagées, parfois. Amov^ reux de tout ce qui est de h race, de la lignée, je me réjouis de pouvoir conserver, en quelques œuvres sincères, ce qui fut la voix de nos pères, la naïveté de leur art, de leurs sentiments, de leur « discours^.

Le patois de nos rustres est un objet de musée ? Soit. 'Va donc pour le reliquaire. De cette vieillerie je serai « conservateur » .

Je retarde?,.. Que sait-on?,.. Le temps n'est pas ce qu'il paraît être; et sa marche — effet d'optique — n'annule point certaines permanences, La force de Vêtre en soi constitue Vune de ces permanences.

Chaque nation a sa force : celle de la France réside dans le paysan — pas ailleurs. C'est lui, cet être admirable, qui crée la puissance et la grandeur de notre patrie. Le labeur de ses bras, Vopiniâtreté de son effort, réparent tout, font face à tout.

Les petits-maitres raillent sa lourdeur, son égoïsme, la grossièreté de sa parole; oui,.,, oui... V antienne est connue. Voici la réponse :

Grossier, le rural ? obtus ? qu'en savez-vous ? qui est-ce qui le connaît, à Paris, cet homme peu

pénétrable ? Il faut être lui-même, il faut être « de chez nous y^pour le déchiffrer et le comprendre. Or, tenez pour acquis qu'au village^ malgré l'ignorance, en dépit des habits que le travail usa, il existe des natures parfaitement distinguées, fines, supérieures — et que, par contre, « la société » compte des gens abominables^ certains types de bestialité, et de purs imbéciles.

Le villageois possède V intuition, la verdeur du mot, la prudence dans Ventreprise, la résignation dans la défaite, la volonté du recommencement.

Sa mentalité? Mais sachez bien qu'un marchand de vaches dépense, au marché, des trésors d'éloquence et de diplomatie.

Par forme de conclusion, mettez-vous bien en tête que notre paysan est de la Seine — et non point « du Danube ».

Vos héros, dira-t-on, habitent les basses-cours! Eh! oui donc. J'estime qu'une basse-cour vaut la peine d'être décrite — assurément plus que la maison de prostitution...

« Paulo majora canamus », disent certains. Je ne connais, moi, rien qui soit pUis important que le village.

Le village, c'est la pépinière de l'huma-

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