‹ Contes nouveauxChapitre 18 sur 37 · TOME U · texte numérisé non relu

TOME U

et nous demandant avec inquiétude de quel côté, orient ou occiélsat, doit sonner la trompette de la résurrection poétique, Mais hélas ! il faut attendre encore longtemps avant de l'entendre éclater et retentir dans la société moderne qui est toute politique, ^e$ faits passent avant les idées , l'histoire passe avant la poésie. Il faut laisser à l'histoire le temps de prendra un corps et un vidage; quand l'histoire sera faite, nous ferons de la poésie avec l'histoire, ai nous pouvons.

Or ceci est encore un des

avantages du journal, c'est qu'en même temps que le journal fait l'histoire politique, il fait encore l'histoire linêraire de chaque jour.

La critique remplace toute poésie quand toute poésie est éteinte^ la critique > dans les époques de transition, jietit lieu fortjbien de tout ce qui n'est plus , ce qui n'est pas encore- La critique alors c'est *out le poème, c'est toutle drame, c'est toute Ja comédie,' c'est laiit le théâtre , c'est tout ce qui occupe les esprits j c'est la critique qui passionne et qui amuse; c'est eHe qui éclaire «t qui brûle, c'est

elle qui fait, vivre et qui tue ; elle usurpe à elle seule toutes les fonctions des autres parties de l'art , elle est à la feis et tour à tour l!ode, l'élégie, le poème épique, la cantate et l'oraison funèbre d'un peuple veuf de ses poètes et d^e ses orateurs. Voilà comment, à de certaines époques, vous voyez le métier dé critique, métier secondaire en apparence, s'<élever au plus haut point de gloire, de puissance, d'estime et d'utilité.

Nous en sommes donc là encore une fois, nous en sommes

encore à la critique! Cela nous est arrivé souvent, après les bouleversemens de toutes sortes ,j de refaire notre code littéraire, en même temps <fke nous refaisions nos lois politiques. Maintenant, si vous me demandez ce qui adviendra de notre littérature , je vous répondrai que je le Savais peutêtre avant Juillet, qu'aujourd'hui je ne le sais plus ; que cette révolution subite nous a surpris certainement en progrès , nais que peut-être elle a tué le progrès en l'épouvantant ; si bien qu'il peut se faire que nous ne soy ions, nom*

autres, qu'une littérature de tran~ * sition , comme la littérature de l'fynpire n'a été qu'une littérature de transition, avec cette différence toutefoiflbque la littérature moderne, élégante, passion* née , inspirée autant par les antiquités classiques que par les souvenirs des beaux siècles à l'étranger, dégagée de toute prévention et de toute haine , bienveillante à tous , facile , honorable autant qu'honorée , méritait à. tous les titres d'être autre chose- dans l'avenir qu'une littérature de transition.

Laissez faire le temps et la jeunesse, ce sont deux grands maîtres. Pour moi, s'il me fallait résumer en peu de mots cette dissertation littéraire, je serais peutêtre embarrassé quelque peu. Mais à quoi bon résumer les pages écrites sous tant d'émotions différentes ? à quoi bon ? Cela commence comme une biographie, et finit comme une dissertation didac*tique. Est-ce ma faujte ? A coup »ûr c'est une faute de composition , mais ce n'est peut-être pas une maladresse d'auteur. Dans ma pensée ,. la dissertation litté-

raire ôte à la biographie de ce qu'elle pouvait avoir de niais et de futile, pendant que la biographie, si peu qu'il y en ait , jette peut-être quelque vérité sur cette longue dissertation littéraire.

D'ailleurs, quel que soil votre jugement sur ces pages, j'avais besoin de les écrire. Voilà trop long-temps que je me sens le désir de me montrer à vous, non pas tel que je suis peut-être, mais au moins tel que je me vois.

Il est temps d'en finir, je* pense, avec les futiles travaux de la jeunesse; acceptez encore ces fr&g<-

mens tels que je vous les donne j et puisse cette humble préface vous les faire accepter avec quelque faveur, quand vous saurez que c'est le dernier livre futile que vous aurez de moi.

Que si vous me demandez pourquoi je publie encore N ces quatre volumes , vous me jetterez dans un embarras dont je sortirai à grand'peine. A, vrai dire, ces quatre volumes pouvaient bien ne pas être publiés j per^sonne n'y eût pesdu , ni vous ni moi; mais, comme je le disais en commençant cette préface r il

y a un instant dans la vie où les oeuvres complètes sont permises peut-être; c'est quand elles se font en toute modestie, et plutôt pour servir à la critique d'un écrivain que pour contribuer à sa gloire. Dans ce cas, l'abnégation d'un homme qui vous donne tout ce qu'il a fait étant jeune , comprenant très bien le fort et le faible de tous ces fragmens épars, me semble une action digne tout au moins d'indulgence. Ces quatre volumes , avec les quatre volumes si improprement appelés Contes fantastiques , complètent

tout à fait la série des petits volumes que j'ai déjà publiés comme autaut de pages de ma vie litté** raire. UAne mort, rêve brûlant de ma vingtième année, à cet âge où Ton est misanthrope, ne pouvant être autre chose ; la Confession, démenti nouveau peut-être donne à l'envahissement non pas de la foi chrétienne, mais dés prêtres catholiques , ce qui est bien autre chose; Barnave, étude ificomplète mais animée, dAs la« quelle on a tenté de saisir ce moment fugitif de l'histoire de France où la vieille monarchie

et le vieux peuple se séparaient pour ne plus se rencontrer ou se reconnaître l'un et l'autre tant ils seront changés , elle dans l'émigration et lui dans la conquête ; puis les Contes fantastiques ) essais littéraires, qui ont contribué, pour la plupart , à fonder les revues , nouveau genre d'écrit périodique qui a fait tant de progrès depuis $ ce sont là les plus sérieux délassemens de ma vie de criticftie. Quant aux quatre volumes que voici, ils complètent tout ce que j'ai écrit dans ma jeunesse.

Vous y trouverez plus d'une page

de mes premiers commencemens littéraires. Je les ai mises là tout exprès pour m'encourager moimême. Et puis il y a tel de ces morceaux qui me fait honte et peine ; vous en lirez un , entre autres, écrit il y a six ans , qui me cause un vif chagrin ; ce morceau est intitulé : le Rendez-vous:

l'action se passe vis-à-vis Notre- Dame de Paris. Avant que Victor Hugo ne s'arrêtât devant la cathédrale , je m'y étais arrêté , moi, enfant. Qui sait ? j'avais peut-être Notre-Dame de Paris dans la tête , mais la tête m'aura tourné ;

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