‹ Contes parisiens: en versChapitre 17 sur 36 · PRÉLUDE · texte numérisé non relu

PRÉLUDE

C'était fête et concert dans le Ciel, à propos

De ce septième jour où Dieu prit son repos ;

Dans le palais de gloire et de paix infinie

Éclataient le trombone et le cor d'harmonie.

On jouait du "Wagner. L'orchestre habituel

Était bien renforcé, car on n'a guère au Ciel

Que des harpes, des luths, des violes et des basses.

Quant au clairon sonnant à travers les espaces,

On l'entend, Dieu merci, tous les trois cent mille ans.

Ainsi cordes et bois, timbres, cuivres ronflants.

Timbales, cors anglais, que sais-je? ophicléides,

Attaquaient un de ces tutti forts et splendides

Que siffle à Pasdeloup le public parisien.

Patriote, c'est vrai ! mais peu musicien.

Au Ciel, on écoutait. Dieu battait la mesure;

La barbe en éventail, montrant une figure

Plus jeune que jamais, ce Vieillard redouté

Portait gaillardement sa lourde éternité.

Son tout-puissant regard enveloppait la foule

Ondulant devant lui comme une large houle,

Et lisait dans le cœur des Esprits et des Saints.

Paternel, il lorgnait ces vertueux essaims.

Tout à coup, son œil gris se fixa sur un ange

Qu'illuminait un air de rêverie étrange.

C'était un jeune Esprit aussi blond que les blés.

Pâle et rose, charmant sous ses cheveux bouclés.

« Holà! plus de musique; » et, d'un geste de maître.

Dieu fit taire les chants. « Voulez-vous me permettre?

Un petit examen : cinq minutes, messieurs.

Et puis nous reprendrons cet air prodigieux.

Viens ici, toi. Pourquoi ce front mélancolique?

Aussi vrai que je suis excellent catholique.

Tu trames quelque chose. Est-ce que le Maudit

Veut me jouer un tour? » Et l'ange répondit :

« Seigneur, je ne saurais mentir. Votre colère

Est formidable; mais, dussé-je vous déplaire.

Je ne crains pas de dire à votre barbe, ô Dieu ! Que le spleen est venu m'atteindre dans ce lieu. Cette éternelle odeur de cinname et de myrrhe, Ces murailles d'or fin que tout le monde admife, Voire le Messtas du sublime Hândel, Tout cela me dégoûte. — Eh ! bien, dit TÉternel, A la bonne heure, au moins, voilà de la franchise I Mais tu veux me tromper ; ta jeune âme est éprise D*un de ces beaux démons de soie et de satin Qui, même aux plus savants, font perdre leur latin. Ah I les femmes! Pourtant, c'est moi qui les ai faites.

— Vous avez eu grand tort, rugirent les prophètes.

— Silence, mes vieux boucs ! Des anges autrefois Se damnèrent, dit-on, pour de jolis minois ;

On sait sa Version des Septante! — Messire,

Dit Fange, j'aime un homme. —Un homme ! c'estbienpire ;

Tu ne les connais pas, mon agneau. Mais comment

Un ange pourrait-il aimer un homme? Il ment.

Cela n'est pas possible. — mon vénéré maître,

Je suis un pur esprit, fît le gracieux être ;

Je peux devenir femme, homme, et même Auvergnat.

Puis, regardez mon cou, mon teint si délicat,

Ma toute féminine et suave personne :

Ai-je l'air masculin ? — Voilà comme on raisonne

Quand on est jeune! Baste, agis comme il te plaît.

Rira bien qui rira le dernier. Un couplet

Du Jeune et beau Dunois! Marchez, Sainte Cécile, Quant à toi, malheureux, disparais ! je t'exile. Tu ne trouveras pas le bonheur ; tu perdras Jusques au souvenir du Ciel. Va dans tes draps I Epuise sans pudeur Fabjection physique!

Et nous, continuons. En avant, la musique I »

La scène se transporte en un petit salon

De restaurant. Il faut une dose d'aplomb

Pour passer brusquement du Ciel à la taverne ;

Mais tout s'enchaînera plus tard. — Un monsieur terne

Cause avec un monsieur très brillant ; le café

Exhale son arôme. On s'est bien étouffé

De mangeaille; on a bu du vin de l'Ermitage,

Et les deux gentlemen étaient gris au potage.

Le moment du cigare est un sacré moment

Où l'on pardonnerait volontiers à l'amant

De sa femme ; où l'on est heureux, plein de bien-être.

Où le plus grand chagrin passe comme une lettre

A la poste ; où l'on est guilleret et raillard.

L'un de ces deux messieurs, férocement paillard,

Avait pris sa maîtresse à l'autre, par mégarde.

L'ami, sentant monter à son nez la moutarde.

A\ait voulu se battre. « Un duel I avec plaisir,

Fit l'autre, mais dînons. Je consens à mourir,

Mais je veux jusqu'au bout avoir mon confortable.

Nous nous expliquerons le mieux du monde à table. »

De là, ce dîner fin. Du diable si l'ami

Voulait encor se battre I Angoisseux et blêmi,

Il écoutait, en proie aux affres de l'ivresse.

Un plaidoyer subtil : « Je t'ai pris ta maîtresse.

Si tu ne l'aimais pas, tu n'es point offensé;

T'en voilà pour toujours quitte et débarrassé.

Si tu l'aimais, je suis ton bienfaiteur. Que diable!

Le déclin de l'amour est chose pitoyable;

Vous vous seriez boudés, pris en grippe, exécrés;

Tes plus chérs souvenirs, tes souvenirs sacrés

Se seraient lentement flétris... Mais moi, j'arrive

Et te souffle la fille ! Ah ! ta douleur fut vive ;

Mais crois-moi, dans trois jours cela te passera.

Et quand tu seras vieux ton cœur reverdira

En songeant aux douleurs de la vingtième année 1 »

Cette péroraison fut rondement menée ;

L'orateur se versa trois verres de cognac.

Et les but. Il reprit : « Tu n'as pas lu le Lac?

C'est un poème en vers du nommé Lamartine.

C'est très beau ! mais pardieu, la chose est enfantine.

Il faut aimer la femme, et non des femmes. Tiens,

La joie est bonne et n'est pas faite pour les chiens.

Je fais autant de cas de toutes tes donzelles

Que de ce verre-ci, que je casse. Ficelles,

Que leurs beaux dévouements et que leurs passions !

Un homme de trente ans n'a plus d'illusions.

Quand tu voudras coucher avec ma bien-aimée,

Prends-.la. Moi, je m amuse, et le reste est fumée.

— C'est bien, Jacques, dit l'autre. Un jour, tu le verras !

Je viendrai t'arracher une femme des bras. »

Et le poivrot glissa lentement sous la table.

Jacques, dans un état d'ivresse incontestable,

L'abandonna parmi les débris du festin,

Et sortit. Il était deux heures du matin,

Et, coquettes, mirant leurs yeux d'or dans la Seine,

Les étoiles avaient comme un sourire obscène.

Jacques Dreux (c'est le nom du zèbre) s'en allait

En titubant le long de la Seine ; il sifflait,

Pour s'égayer sans doute. Ici je suis fort aise

De m'expliquer ; ainsi, j'ouvre une parenthèse.

Jacques, parfait dandy, roi des indifférents.

Tout jeune eut le bonheur de perdre ses parents,

Et devint l'héritier d'une fortune immense.

Il se rua sur la débauche avec démence.

Ame passionnée et friande du mal,

Il eut bientôt en lui satisfait l'animal.

A vingt ans, excédé de plaisir, sans envie,

Sans rêve, sans amour, il sut par cœur la vie

Dont il avait touché le fond ; et cette mer

Lui laissa dans la bouche un goût toujours amer.

Alors il s'abîma dans l'étude des lettres,

Des sciences, des arts : et devant les grands maîtres

De la sculpture antique, il demeurait parfois

Des heures à songer, en extase et sans voix.

La nature avait fait de cet homme un artiste.

Un pétrisseur du marbre ; et, profondément triste,

Il jalousa les Grecs, amants de la beauté.

Lui, fils pervers d'un siècle ardent et tourmenté.

Admirait avec rage un peuple de statues

Qui, de leur splendeur noble et tranquille vêtues,

Insultaient le ciseau des modernes. « ParJ)leu !

Griait-il, ils vivaient sous le large ciel bleu ;

Des vêtements ouverts montraient la forme pure,

Ils ne connaissaient pas la pudeur ! nature,

Qui te devinerait sous ce tas de chiffons?

On s'affuble aujourd'hui de vêtements bouffons ;

On se sangle dans des machines en baleine.

Véritables guenons, avec leurs bas de laine.

De soie ou de tricot, et leurs souliers étroits.

Et c'est pour ça que l'Autre a souffert sur la croix 1

La laideur aujourd'hui foisonne par les rues ;

La grâce et la beauté sont choses disparues.

On se rue à la Bourse ; on a de vrais museaux,

Des mufles, des groins, des gueules, des naseaux,

Poiilt de faces ! partout sottise, hypocrisie.

Avarice, calcul. Époque bien choisie

Pour un artiste. Un bloc de Paros, un beau bloc !

Sculptons monsieur Prudhomme en train de boire un bork. »

Pourtant il travailla, s'exila loin du monde,

S'essayant, dépensant mainte veille féconde

A pénétrer son art jusqu'au fond. Chaque jour

Il dessinait, ou bien, plein de fougue et d'amour.

En face d'un modèle il tripotait l'argile.

Une Vénus, un faune, un gracieux Virgile

Sortirent de ses mains. Puis, en beau marbre blanc

Il fit un Apollon sublime, étincelant.

Qui fouettait hors de l'eau son vigoureux quadrige.

Des gens de bonne foi crièrent au prodige.

La tête, le poitrail et les pieds de devant

Des chevaux se cabraient ; s'éclaboussant, bavant,

Les bêtes secouaient une dure crinière,

Et leurs larges naseaux ronflaient de la lumière.

Ce groupe épouvanta le public du salon.

L'artiste promettait, — il en savait bien long -

La pureté, la ligne — et cœtera. Cet homme.

Qui ne sentait ni peu ni prou son prix de Rome,

Défiait tout le monde; et les marbres grossiers.

Mais vivants, de Carpeaux, ses filles d'épiciers

Ou, si vous aimez mieux, ses filles de barrière.

Pâlissaient à côté de cette œuvre si fière.

On sentait que la ligne est sacrée, et que l'art

Du sculpteur ne veut pas des formes de hasard,

Mais bien une beauté religieuse et pure. —

Jacques disait de son chef-d'œuvre « cette ordure; »

Il se sentait bien loin des maîtres. Le siiccès Le rendit furieux ; il maudit les Français Qui venaient sans pudeur donner du Praxitèle A l'auteur d'une aussi chétive bagatelle.

Il alla dans le monde et ne travailla plus.

Il lâcha de nouveau se& appétits goulus ; Il fut joueur, ivrogne et nvTaaatzp. Son âme Ne pouvant se gorger de l'amour d'une femme, Il devint le noceur le plus intransigeant, Vécut, et n'estima plus guère que l'argent.

Il fut très renommé pour son beau caractère.

Une fois, il changea contre une pipe en terre Une superbe fille ; elle avait vingt-cinq ans. Et l'aimait. Tout d'abord, ses duels furent fréquents ; Ensuite il se lassa d'embrocher des maroufles, Et trois mois près du feu se rôtit les pantoufles •A se griser chez lui. Quand on lui reparlait De sculpture : « Parbleu, je suis votre valet. Disait-il ; j'aime mieux vendre de la chandelle, A moins que Votre Honneur ne me baille un modèle. »

R3venons au récit. — Comme Jacques, distrait, Avant de se coucher, le long du fleuve errait, Une femme passa près de lui. « Que je meure Si je n'ai cette femme exquise avant une heure I »

Pensa-t-il. Notez bien qu'il avait bu. C'était

Une suave enfant de Paris, qui trottait.

A cette heure de nuit! Que diable faisait-elle?

Car elle était honnête ou du woins semblait telle.

« Gomment Vappelîes-tu? » fit Jacques. Mais au lieu

De s'€;nfuir> xie crier : à l'assassin î au feu !

La jeune fille eut uo regard doux et tirtiide,

Mais un i^gard d'amour, suppliant, presque humide,

Et dit :« Je n'en sais rien, mon boa monsieur. — Mais où

Perches-tu? — Je ne sais. — Qui de nous deux est fou?

Se dit Jacques. Mais va pouc un bout de causette.

Serait-ce une duchessB habillée en grisette? »

Ils causèrent longtemps. Elle n'avait pas eu

De père ni de mère, et n'avait jamais su

Même ce que c'était. Parfois, dans sa mémoire,

Apparaissait un lieu de plaisir et de gloire,

Et puis tout s'effaçait. De son parler chantant

Elle dit : « Il me semble être née à l'instant ;

Mon bon monsieur, je sens que vous êtes mon maître,

Que je vais vous servir, vous aimer, vous connaître*

Viens-je de m'éveiller d'un pénible sommeil?

Je n'ai jamais rien vu, je pense, de pareil

A tout ce que je vois. Ce que je viens de dire.

Je le comprends à peine. — Ah çà, veut-elle rire?

Fit Jacques. Je serais membre de l'Institut,

Que mon étonnement »... Le débauché se tut ;

Et, toisant Tinconnue, il reprit : « Viens, ma fille; Ja serai pour toi plus qu'un père de famille, Et je te donnerai du poulet le jeudi.

Viens, mignonne. Je suis encore abasonrdi.

Bah 1 tu t'eipliqueras demain. Et puis, qu'importe! A quoi bon s'expliquer? Entre, voici la porte. »

Et pendant ce temps-là, Dieu, qui veille toujours. Disait railleusement : « Gomment \ont les amours? Avoir été choisir un sculpteur! c'est infâme. Pauvre ange! Tout de même il est gentil, en femme. »

Jacques le lendemain eut la gueule de bois.

Il ne reconnaissait qu'à grand'peine sa voix,

Et souffrait des cheveux. Soudain, quelle merveille!

Profond étonnement d'un homme qui s'éveille !

A la fenêtre dé sa chambre se tenait

Un être éblouissant et nu, qui lui tournait

Le dos ; de longs cheveux roulaient en boucles jaunes

Sur ce dos ivoirin. Les Vertus et les Trônes

Ont-ils cette blancheur éclatante? Où trouver

Un modelé pareil? Jacques pensait rêver.

Il se souvint alors de la mignonne fille

Qu'il avait ramassée. « Oh ! comme le ciel brille !

Disait-elle. Le ciel, c'est tout bleu. Tiens, là-bas.

Ce monsieur tout en or que je ne connais pas !

Le soleil, le soleil ! Les mots viennent en foule

Se presser sur ma langue. Ah ! je suis comme soûle,

Tout vit, tout se remue et tout a des couleurs.

Ces points rouges, ce sont des fleurs. Vivent les fleurs!

Moi, je les sens d'ici. Ces grosses boules vertes,

Ce sont des arbres. J'ai le vertige. Oui, certes.

Je regarde tout vivre et moi-même je vis !

Je vois se dérouler devant mes yeux ravis

Mille objets difl'érents que par leurs noms je nomme.

Et puis, pourquoi mon cœur bat-il? Ah ! j'aime un homme. »

Elle se retourna. Stupide, anéanti,

L'autre était à ses pieds. Il n'avait point senti

La beauté, jusque-là. C'était elle, vivante ;

Il en avait comme- une espèce d'épouvante.

« Les mains, les bras, les pieds, le torse, tout est beau,

Disait-il. Et les seins! Monte sur l'escabeau,

Laisse-moi t'admirer. Les jambes sont divines.

Puissant et délicat. Quelles attaches fines ! » .

Lorsqu'il eut caressé ce corps immaculé

Et que sous ses baisers il l'eut comme moulé,

Pâle, ivre de bonheur, il bondit dans la rue,

Vêtu d'une façon pour le moins incongrue.

Comme Archimède, il put s'exclamer : Eurêka !

Mais il changea le mot, en homme délicat.

Et courut comme un fou de la Bastille aux Ternes

En hurlant : « J'ai trouvé l'Idéal des modernes ! »

On dit que le bonheur n'a pas d'histoire. Bien :

Gela raccourcira mon conte. Je n'ai rien

A dire des amours du sculpteur et de l'ange ;

On aime comme on boit, comme on dort,comme on mange,

Et c'est toute une vie. — Ainsi, pendant trois mois

Jacques ne quitta pas l'atelier ; cette fois,

Il avait sous les yeux un absolu modèle,

Une forme tranquille et parfaitement belle I

Il l'aimait, la couvait, s'en repaissait sans fm.

Et, pour le mieux sculpter, palpait ce corps divin.

Et bustes, médaillons, ébauches, terres cuites

Encombraient l'atelier. Surtout, point de visites;

Ils s'enfermaient tous deux, elle posait, et lui

Pétrissait de la glaise, attentif, ébloui

Du soleil qui tombait d'en haut sur ses épaules ;

Sa chevelure était comme celle des saules ;

En raille vagues d'or ces cheveux lourds et longs

Ruisselaient et pleuraient de la nuque aux talons.

rêve ! dépasser un jour le stajuaire

Que Barbier a nommé « ce vieux tailleur de pierre ! »

Lutter avec les Grecs, créer une beauté

Aussi pure, et, qui sait? plus vivante! — L'été,

Ils marchaient longuement, le soir, dans la campagne ;

Le sculpteur attendri regardait sa compagne,

Et des larmes d'amour lui montaient dans les yeux.

Car s'il était l'égal des statuaires dieux.

Ne le devait-il pas à cette enfant charmante

Qui l'aimait en silence, esclave autant qu'amante.

Inestimable don du Ciel ou du hasard.

Qui faisait de son corps la pâture de l'art?

Jacques Dreux travaillait toujours : « Que je me tue,

Mais que j'aie au moins fait une belle statue!

Pensait-il. Dans un mois tout sera terminé.

Et que l'on nous reparle encore de Phryné,

De Phébé, de Vénus ! Je la ferai sereine,

Sans le moindre défaut, belle et contemporaine ! »

Quant à la jeune femme, à cet ange du Ciel Qui fit si peu de cas de son heur éternel,

L'amour la possédait tout entière. Sa tête

Et son cœur s'emplissaient de musiques de fête ;

Elle avait son désir devant elle, et ses bras

L'étreignaient nuit et jour et ne le lâchaient pas.

Ah ! si les souvenirs de sa gloire céleste

Avaient pu la hanter, il est très manifeste

Qu'elle aurait, à Todeur de l'encens rose et bleu,

Aux passe-temps qu'elle eut chez le bonhomme Dieu,

A la splendeur du Ciel éclatant et féerique,

Préféré des baisers, même des coups de trique I

Son amour fut discret comme un parfum des champs ,

Eille ne lançait pas de petits mots méchants,

N'avivait point l'amour par mille singeries

Et ne boudait jamais. Mais ses lèvres fleuries,

Rouges comme le sang des framboises l'été,

Avaient un bon sourire humide et velouté.

Sa caresse n'était ni froide ni brutale;

Pour tout dire, elle aimait en vraie Orientale.

Son amant se laissait aimer ; il savourait

Tant d'âme et de jeunesse, et le charme secret

D'un être vierge et neuf. Elle avait des paroles

Qui le faisaient rêver, tant elles semblaient folles.

Lorsque dans les tableaux des maîtres primitifs

Elle voyait des saints et des anges naïfs.

Elle les contemplait longtemps. « Tiens, disait-elle.

Vois donc comme ils sont beaux. Pourquoi n'ai-je pas d'aile? »

Et c'était un babil de rossignol. Et lui, Ce cœur usé, flétri, desséché par l'ennui, Sans qu'il se l'avouât aimait à la folie Cette adorable enfant si belle et si jolie.

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