‹ Contes parisiens: en versChapitre 2 sur 36 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Si négligemment que le lejcteur ait chaussé ses lunettes vertes, il n'aura pu manquer d'apercevoir les vers de Théophile Gautier qui servent d'épigraphe à ce livre. Un si clair avertissement empêchera, j'imagine, qu'on ne m'accuse de vouloir corrompre la jeunesse. Non pas que corrompre la jeunesse ne me semble êtj'e, en soi, une belle et bonne chose ; mais je serais désolé qu'on me confondît avec Socrate, et qu'on m'attribuât ses vertus ou ses vices, disons mieux, son vice.

En repos de ce côté-là, je tiens à me justifier d'avance auprès des goutteux et autres infirmes non moins précieux qui croiront trouver ici des anecdotes croustillantes et des fantaisies graveleuses. L'innocence de mes histoires désappointerait

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ces gens-là. Certes, j'eusse avec plaisir écrit un de ces livres de haute futaie, ou plut^« de haute graisse, légers au pourchas et hardis à la rencontre, » mais ni la pudeur de mon siècle ni la foiblesse de mon cerveau ne me permettent de marcher sur les traces du sublime écrivain que je viens de citer. Dans deux ou trois contes seulement, j'ai laissé ma plume vagabonder, battre les buissons, trousser le cotillon et caresser le menton aux jeunes Gauloises (ce sont les expressions libertines) qu'elle a pu lever en chemin. J'ai été réduit, çà et là, à travestir quelques mots en les affublant de lettres grecques. Si j'avais eu la primeur d'un si bon tour, j'en serais justement fier ; mais Saint- Amant a pratiqué ce stratagème bien avant moi. Au reste, je me flatte que tous mes lecteurs rétabliront sans peine le texte français ; les gens d'esprit par induction, et les plus stupides pour avoir eu des prix de version grecque. (J'en ai eu.)

Voilà toutes mes hardiesses, et que n'y en a-t-il davantage I Je suis presque honteux de crier moimême : « Shockingl » pour si peu de chose. Aussi bien, puisque nous remuons les libertés à la pelle, celle d'écrire serait la bienvenue : et plût à Dieu (si cette locution est encore de mise) que les vocables de toute nature pussent ronfler et clabauder à

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leur aise, pétarrader, piaffer, renifleï^ renâcler,

rauquer, grisoller comme des alouettes dans la lu-

mière du matin, cacaber comme des perdrix, gringotter comme des grives et trompeter à la façon des aigles, sonner du fouet, battre du cor, claquer des ailes, giguer et pantalonner frénétiquement, danser sans nulle retenue la pavane, le passepied, la gavotte, la loure, la polonaise, la sarabande, la bourrée, la goignade (laquelle, à ce que FlécMer raconte, sur le fond de gaieté de la bourrée ajoute une broderie d'impudence), la chacone, la passacaille (do sol ! mi fa ! ! sol la I ! I fa sol I ! ! ré mi ! ! si naturel dol fa sol... do), la forlane (danza veneziana), la . trévisane, la tarentelle, le rigodon, la farandole, la courante, le menuet, le séga des nègres, et, en ce qui concerne l'antiquité, la sévère pyrrhique et la cordace voluptueuse (pour ne pas dire autre chose); jouer du gong et du tam-tam, du bobre, du bugle, du saxotrombas, du triangle, du chapeau chinois, du nébel et du kinnor, de la syrinx et de la muse de blé, chatouiller avec les doigts de la main gauche les trois trous du galoubet, tandis que la main droite marque allègrement le rhythme sur un tambourin, galoper comme des Cosaques sur les touches du clavicorde, se moucher bruyamment dans des trombones, pincer le téorbe,

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