‹ Contes parisiens: en versChapitre 23 sur 36 · L'AS DE CŒUR · texte numérisé non relu

L'AS DE CŒUR

Montre du doigt Pierrot qui la gêne. Pardi I

Son doux regard rendrait un lâche plus hardi

Qu'Alexandre lui-même. femelle immortelle 1

Malheureux le taureau que ta main blanche attelle !

Arlequin a brandi sa lame nue, et moi,

En proie à je ne sais quel indicible émoi,

J'ai Yu passer la mort aux lueurs de Tépée.

Colombine sourit doucement, occupée

De rejeter sur ses épaules le flot lourd

De ses beaux cheveux d'or. Pierrot, es-tu sourd?

N'entends-tu pas marcher derrière toi? Tout pâle,

Il se retourne et tombe à genoux. Ohl quel râle

Horrible I il ne peut pas articuler. « Ouais, ouais I »

L'habitude a cloué sa langue à son palais.

Il ne peut pas pousser sa suprême prière 1

Et l'autre, tout gonflé de rage meurtrière.

Silencieusement aussi, dans le pourpoint

Lui plante sa cruelle épée. Oh 1 ne ris point,

Colombine, c'est trop infâme ! Mais la rosse

Quatre à quatre bondit sur la scène, et, féroce,

Étouffant un éclat de rire convulsif.

Entraîne son amant par un geste lascif;

Et voilà qu'elle danse, et saute, et pirouette,

Et fait tourbillonner sa jupe sur sa tête.

Et cependant Pierrot, lamentable et glacé,

6it sur le sol, les bras en croix : il fut percé

158 L'AS DE CCEUR.

Vers le milieu du corps ; et comme, sans qu'il bouge. Sur le vêtement blanc s'étend la tache rouge, Il a Tair d'un grand as de cœur. —

« A l'assassin I »

Hurlai-je, en empoignant le col de mon voisin. « Mais, monsieur... — Ah! pardon, je dormais. »

délices, Je rêvais seulement I II venait des coulisses Un éclatant reflet d'aurore, et, toute en feu, La scène rayonnait d'or, de pourpre et de bleu. Je voyais resplendir au sein de cette gloire Gassandre dont le nez s'exaspérait à boire; Arlequin, le cher homme I avec sa batte au poing, Dansait un petit pas exquis* N'oublions point Que la chaste^ la blonde et svelle Golombine, Pour une heure oubliant sa mère et la débine, Accrochait, à travers un brouillard vermillon, Des étoiles d^or faux ave(3 son cotillon ; Cependant que Pien^ot lançait des yeux étranges Aux gens qui le criblaient d'une grêle d'oranges^ Et, jusqu'au bout fidèle à son rôle, tordant Sa bouche sensuelle où luisait une dent^ Aussi dévotement que l'on fait sa prière D'un énorme jambon se frottait le derrière;

LE

«I0YEU8ET1Ë M1ËTAPHY8IQUI

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