‹ Contes parisiens: en versChapitre 25 sur 36 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

« Je m'appelle Gaspard. Mais, par les dieux modernes ! Par la queue à Zola, par l'omnibus des Ternes, Par le levaia qui fait fermenter nos cerreaui, Par la charcuterie et les romans nouveaux.

Ça me nawe d'avoir un nom si romantique.

D'ailleurs, je ne suis pas d'apparence gothique. Je suis fort bien en chair, et (modestie à part) Je n'ai d'autre défaut que ce nom de Gaspard. Je bâfre comme quatre et piute comme douzi; ; J'ai su porter le frac, la capote et la blouse,

Et, dans tous les états qu'on me voit emjjrasser, Je trouve de quoi frire et de quoi fricasser. Pour ine peindre d'un mot, il suffira de dire Que je n'ai jamais eu mal aux dents. Je m'admire Quand par le vent, la pluie ou la chaleur d'été, Je me dandine sur les quais. En vérité !

J'ai sabré bien des jours de deuil et de famine A discuter avec mon ombre ; je chemine Toujours du même pas que ce vieux compagnon, Et quand, par grand hasard, je dîne chez Bignon, Je le mène avec moi. — Mais assez de sornettes ; J*ai voulu m'enrichir par les moyens honnêtes. Et, dois-je l'avouer? je n'ai pas réussi.

Quant au sale métier d'homme d'État, merci !

Je ne peux vivre en si mauvaise compagnie.

Il faut donc que je sois filou, que je renie Mes principes d'honneur, et sois enregistré Gomme escroc, tire-laine et voleur attitré.

Ou, plus élégamment, sectateur de la brune.

Gentilhomme de l'ombre et mignon de la lune.

(Pour plus amples détails, voir Falstafif.) Et pourtant, Gomme au-dessus de moi le ciel est éclatant ! Je te déclare, ô Dieu, que tu n'as pas d'entrailles ; Non content de m'avoir fait pauvre, tu me railles, Et tu me mets à la torture en m'alléchant Par ce cossu, joyeux et spiendide couchant.

Les nuages, là-haut, moussent comme une crème;

Quel plat d'œufs à la neige absolument suprême!...

Et ce coin de vert pâle ! et ce brouillard vermeil !

Âh ! si dans mon gousset palpitait le soleil,

Cette belle tocquante en or I Gomipe ça brille 1 ^

Gomme le ciel de soie et de satin s'habille!

Ne pourrait-il pas bien me bailler un cadeau

De cravates gris perle et de gilets vert d'eau?

Et là-bas, les vitraux en feu de Notre-Dame I

Et la Seine qui rit dans sa gloire, et qui brame

Sous les baisers de son luxurieux amant !

(G'est toujours le soleil. Je suis étonnamment

Métaphorique.) Et tout ce merveilleux mirage

Qui va s'évanouir pour moi ! J'en ai la rage.

Âh ! mon Dieu, comme tout est mal organisé !

Je me damnerais bien pour un gigot braisé.

Autrefois, l'on gardait au moins cette ressource,

Lorsque l'on n'avait plus un liard dans sa bourse.

De troquer son salut contre un gros sac d'argent ;

L'enfer d'un bon sourire accueillait l'indigent.

Mais nous avons éteint ses redoutables flammes,

Et nous ne savons plus à qui vendre nos âmes. »

Le raisonneur se tut, réfléchit un moment.

Puis il leva la tête et reprit gravement :

« Nous suçons Tathéisme avec le lait. La terre

A voulu s'affranchir de Tantique mystère,

Et, sans penser à rien, fait ses quatre repas.

Après tout, pourquoi Dieu n'existerait-il pas?

Oui, pourquoi ? car enfin. . . En tous cas, c est fort triste

Que nous ne puissions pas affirmer qu'il existe ;

Car messire le Diable existerait aussi.

Que j'aimerais sentir ton odeur de roussi,

Bon diable de Satan 1 Que ton œil qui flamboie

Et tes ailerons noirs me causeraient de joie,

Et si je te voyais, cher archange déchu,

Gomme je baiserais ton petit pied fourchu I

Tu viendrais, tout ployé par de lourdes sacoches,

Et des louis joyeux chanteraient dans mes poches ;

Puis, je te livrerais mon âme, tu conçois...

Ah ! si par un miracle il est vrai que tu sois,

Prouve-moi sans délai ta magique puissance ;

Viens, ne fais pas poser un homme qui t'encense ;

Apporte-moi, roulés dans ton large manteau,

Deux ou trois millions I Viens subïto-presto /

— Bonsoir, Monsieur, dit un bizarre personnage En touchant son chapeau. Jadis, au moyen âge. On m'appelait souvent pour de pareils motifs. Mais aujourd'hui les gens sont par trop positifs ;

On ne croit plus à rien, Monsieur. — G*est donc au Diable Que j'ai Thonneur?. . .—Lui-même. Un siècle pitoyable I On raille nos vieux us et coutumes. Mais bon : Plus d'un sera chez moi fumé comme un jambon, Qui ne s'en doute guère à présent. — Çà, mon père, Vous êtes habillé, vraiment, comme un notaire.

— Que voulez-vous. Monsieur? vainement j'ai lutté; Dans cet âge infernal de médiocrité,

Le Diable est devenu lui-même démocrate.

Ah ! voyons votre affaire. — Eh bien I mon vieux pirate,

Je veux un paletot fait de telle façon,

Qu'il soit toujours plein d'or. — Mais, mon joli garçon,

Dit le Diable, rien n'est au monde plus facile.

Tenez, voici le mien. — Gomment^ vieil imbécile I

Crois-tu que je m'en vais porter cet oripeau

QuVmbaume nuit et jour la graisse de ta peau?

— Allons^ mon bon Monsieur, calmez^ous.— La jaquette,

Vieux birbe, je la veux élégante et coquette ;

Je la commanderai chez un tailleur princier.

D'un vert olive^ avec de beaux boutons d'acier I

— C'est dit, reprit le Diable. Allons finir l*affaire Au café; nous boirons ensemble un petit verre. Joli temps j n'est-ce pas? Mais vous semblez pensif?

— Moi? répondit Gaspard, je vous trouve poncif; Au fait; depuis le temps.;. Ëh bien! sale canaille, Gomment va le métier? — Pas trop mal ; je tenaille^

J'écorche, j'écartèle : oh ! cela va très bien.

— Asseyons-nous dehors. Une absinthe, Tancien?

— Non, Monsieur, dit Satan; je souffre d'un gros rhume. Je prendrai de l'orgeat. — Fumez-vous?— Oh ! je fiime, Vous sayez, mais pour dire. — Ah çà, reprit Gaspard, Vous êtes donc gâteux tout à fait? Un buvard Et des plumes, garçon. »

L'on causa de la pluie Et du beau temps ; Gaspard, la face épanouie, Faisait mille projets pour dépenser son or :

Il comptait dégotter Nabuchodonosor.

Rien ne put refroidir une âme aussi fervente ; n signa le papier sans ombre d'épouvante. Et l'on convint qu'au bout de sept ans révolus, Le Diable, s'il n'était invalide ou perclus, Quitterait toute affaire et viendrait quérir l'âme. (( Au revoir, fit Satan, car l'Enfer me réclame.

— J'aurais bien parié que tu n'existais pas, Dit Gaspard, allumé par l'absinthe. Eh ! là-bas, Tu feras bien tous mes compliments à Madame.

— Mon cher, je ne suis pas en puissance de femmg.

— Gomment, pas marié? Mais il est toujours temps De mal faire. Au revoir, vieux grigou. Dans sept ans! »

rr-»

Gaspard s^amusa donc. Il mena grand tapage ;

On ne le voyait plus qu'en galant équipage,

Un sourire à la lèvre et de Tor plein les doigts.

Il fit faire chez Strôm, le tailleur suédois,

Une jaquette étroite et tellement olive

Qu'elle vous emplissait la bouche de salive ;

On en aurait mangé. Dès qu'il l'eut sur le dos.

Elle devint magique : et nombre de badauds

S'émerveillaient de voir l'homme en jaquette verte

Qui battait le pavé d'un pied toujours alerte.

Et sonnait en marchant comme une cloche d'or.

Mais ils devaient ouvrir de plus grands yeux encor,

Les badauds de Paris ; car le Diabolique,

Alléguant des vapeurs, un chancre ou la colique,

Distribuait de l'or aux plus affreux voyous

Et leur disait : « Priez pour moi, mes petits poux. »

D'autres fois, le damné bâtissait des hospices

A Tusage des gens brûlés de pain d'épices.

Pas un ruissellement n'y fut jamais guéri,

Car on vous y gorgeait de rhum et de sherry.

Narguant Tautorité militaire et civile,

Un dimanche il soûla tous les sergents de ville.

spectacle touchant ! — Pendant huit jours entiers.

Le peuple de Paris dévora des quartiers

De chevreuil, des jambons, des tripes, des bécasses!

On voyait les trottoirs tout jonchés de carcasses.

Des tables s'élevaient en plein air, et partout.

Dans Paris, ça sentait le vin et le ragoût.

On vomissait un peu : puis, prenant dû courage,

On rappliquait, et Ton t07'toraitB.yfec rage.

Ce fut une crevaille ; et les gens des faubourgs,

Pleins comice des tonneaux, soûls comme des tambours.

Flamboyants et suants, n'étaient plus que des trognes ;

Et la rauque chanson d'un million d'ivrognes,

Mêlée au clapotis des r*enards sur les mues,

Attristait, chaque nuit, les cieux calmes et purs*

Quoi de plus? il donna des bals au cimetière ; Au théâtre il louait là salle tout entière; Il corrompit deux cent trois juges : mais vraiment, C'était par trop facile. Un jour, ce garnement

Eut un joli « chalet d'utilité publique »

Pour les gens que talonne une brusque colique.

Mais les consommateurs, en place de papier,

Trouvèrent des billets de mille. Un bon troupier,

De gros messieurs, un prêtre et des femmes bien mises

Emportèrent de quoi se payer des chemises ;

Et Gaspard, violet de rire, les voyait

Sortir en rougissant et d'un air inquiet.

Fort contents d'avoir eu cette subite envie,

Horriblement yocpsuÇ, mais riches pour la vie.

Et Gaspard cependant trayait toujours de l'or De cette Tache verte ! Il avait un trésor Fourmillant et profond à donner le vertige.

Il se couchait ^lessus, il le baisait ; que dis-je 7 Il en avait toujours plein la bouche, à ce point -Qu'on ne sait pas comment il ne s'étouffa point. Ainsi, par un unique et merveUIeux caprice, Il goùla les plaisirs secrets de l'avarice, Tout en faisant pleuvoir sur le monde étonné Les féeriques splendeurs de son luxe effréné. Mus il serait banal d'insister. Que l'on sache Que l'habit s'étoila de mainte grosse tache Et qu'il ne fut jamais dégraissé. Les tailleurs Prenaient de petits airs souriants et gouailleurs Quand ils voyaient passer cette merveille d'homme Avec son habit sale et devenu vert pomme,

Miroité par endroits et par d'autres roussi.

Donner cette jaquette au dégraisseur? Merci I Elle fut décousue, elle fut déchirée, Trouée, effilochée, et malgré tout sacrée.

Aussi Gaspard fut-il traité d'original. Chez nous, un homme est bon à flanquer au canal. Quand on lui fait manger cette atroce épithète. Mais, satisfait de rire et de hocher la tête, Se laissant insulter d'un air encourageant, Gaspard continuait à vomir de l'argent.

Original? parbleu 1 — Ce gouapeur émérite

S'était dit à lui-même : « Or çà, mon âme est frite.

Ne nous occupons plus de cette catin-là.

Mon corps, c'est différent ; la vie est un gala

Où ce corps triomphant doit s'empiffrer à l'aise.

La vie I est un roastbeef bien saignant, à l'anglaise ;

Et moi, qui suis armé d'incisives, j'y mords.

Que le roastbeef s'achève, et viennent mille morts 1 »

Mais, tout en discourant avec cette jactance.

L'homme réfléchissait. Gé gibier de potence

Avait de la lecture et l'esprit très subtil ;

Son cas s'arrangerait tout seul, prétendait-il,

Et, fort d'un argument solide, irréfutable,

Il chantait sur les toits qu'il bernerait le Diable.

Qu'on en juge. — Arriva le jour malencontreux;

Gomme TEsprit du mal eut toujours le nez creux,

Il n*eut garde de perdre une minute, et juste

Au moment désigné, ce personnage auguste,

Propre et rasé de frais, surgit devant Gaspard.

« Hé! hé! je savais bien vous piger quelque part,

Lui dit-il. — Vous avez une sale manière

D'aborder vos amis. C'est donc votre tanière.

Là-dessous? fit Gaspard. — Je vous ai dérangé?

Mon chejr Monsieur!... Vraiment, quelle cervelle j*ail

Je suis au désespoir. — Çà, pas de comédie,

Fit le futur damné ; moi, je vous congédie.

Allez-vous-en. — Ha! ha! dit le pauvre Démon,

Vous voulez badiner? Bon, voila mon poumon

Qui recommence. Heu! heu!.. Vous plaisantiez, j'espère?

— Moi? pas du tout. — Gomment! mais je suis un vrai père

Pour mes damnés. — Possible , interrompit Gaspard ;

Mais vous allez filer sans faire de chambard.

Vous pouvez, s'il vous plaît, me frustrer de mon âme;

Mais mon corps n'ira pas avec vous. Je réclame

La liberté de vivre, et je ne veux claquer

Que le jour où je dois fatalement trinquer. »

— Mais pourtant, le papier... — Le papier, triple buse, Ne parle que de l'âme. — Oui, mais (ou je m'abuse) Perdre l'âme et mourir, c'est le même destin.

— Mon cher, reprit Gaspard, je vous trouve enfantin;

JiE CORPS SANS AME. * 175

Le corps est périssable et Tâme est immortelle.

Le corps, vous sayez bien, est une bagatelle ;

Ainsi, laissez-le moi, mon vieux. — Sacré coquin I

Si nous avions au moins un saint Thomas d'Aquin?

Doctor Angeltcus,., C'est Fauteur de la Somme,

N'est-ce pas? — Saint Thomas était un fameux homme,

Reprit le discoureur subtil ; mais, par le Chien !

Nous allons nous passer de lui. Suivez-moi bien :

L'âme est une substance... — Oh! çal — stance divine;

Elle est inaltérable... — Oui, parfait, je deviné,

Fit le Diable ; allez droit au but. — Bon , je reprends.

Veillez-vous quelquefois au chevet des mourants ?

Vous voyez décliner leur vie ; ils sont tout pâles,

Ils poussent des sanglots convulsifs, ou des râles,

Ils s'accrochent aux draps pour ne pas s'en aller.

Et l'âme, cependant, va-t-elle chanceler?

Non, elle est aussi pure ; elle est lucide et saine...

Vous me suivez, patron ? — Une chanson obscène,

Dit Satan, ferait mieux mon affaire. — Un moment ;

Je conclus en deux mots. Après l'enterrement.

L'homme est mort, n'est-ce pas ? mais l'âme n'est pas morte.

Ainsi, l'âme et la vie... — Ehl yovrpgl que m'importe? -

— Patience, Mylord the DeviL Je vois bien Que vous m'alléguerez une chose... — Moi? rieni

— Si. Vous m'alléguerez que l'âme se retire

Et qu'alors l'homme meurt. Par là, vous voulez dire

Que rame prête au corps la vie. Eh I bien, tenez :

Je vais vaincre d'un coup vos esprits mutinés

Contre les arguments de ma dialectique.

Quoique les animaux adorent la musique,

Vous m'accorderez bien qu'ils n'ont pas d'àme. — ^Allons!

Les phoques, maintenant! — Les ours, les papillons,

Les huîtres, dit Gaspard.,. — Les éléphants, les grues,

Dit le Diable, les rats, les cochons, les morues.

Les boas, les marsouins, les aigles, les chameaux,

Les crevettes, les chiens. . . Des mots, des mots, des mots!

Assez comme cela, pas vrai? — Je continue.

Fit Gaspard. Une chose authentique et connue.

C'est que les animaux naissent, pour commencer,

Vivent, et pour finir se laissent trépasser.

Et pourtant, ils n'ont pas, ceux-là, d'âme immortelle !

Un fier raisonnement, mon vieux ? — Une dentelle,

Fit le Diable. — Ainsi donc, pour ne plus discourir,

Comme les animaux sont sujets à mourir,

Et (vu qu'ils n'en ont pas) ne perdent point leurs âmes,

De même tu ne peux m'emmener dans les flammes

Et me faire griller comme un cochon de lait :

Mon âme t'appartient, d'accord ! mais (s'il te pldt),

La vie est mon partage et je là trouve bonne.

— Et moi, donc! fit le Diable. Allons, je te pardonne ;

Car tu m'as terrassé, mon jeune athlète. Mais

Je veux bien me donner au diable, si jamais

wCr - *

Je comprends un seul mot à toutes ces machines ! — Bah ! tu comprends bien mieux que tu ne t'imagines, Dit Gaspard ; allons boire une absinthe, patron ! »

Ayant beuglé ces mots d'une voix de clairon.

Il entraîna le Diable avec lui. Cette affaire

Fut rondement bâclée. On prit un petit verre,

Et puis Ton procéda comme il suit. Il fallait

Que le Diable gobât ce joli feu follet

Qui nous fut insufflé dans nos carcasses d'hommes

Et que nous négligeons, ô xouA)ovc que nous sommes,

L'âme, en un mot ; mais sans que le corps, l'animal.

Si cela vous plaît mieux, souffrît le moindre mal.

C'était fort délicat, mais cependant faisable.

Le Malin, le Maudit, videlicet le Diable,

S'approcha de Gaspard, le baisa tendrement

Sur la bouche, et lui dit : « Soufflez, » absolument

Comme une grande sœur le dit à sa cadette

En la mouchant. Gaspard s'acquitta de sa dette ;

Il chassa dans la bouche ouverte du Maudit

Une petite flamme exquise. On n'a pas dit

Que les âmes ont des nuances différentes.

Et sont, suivant le cas, épaisses, transparentes,

Courtes, longues, ainsi de suite. Réparons

Cet oubli regrettable. Or, l'âme des poltrons

Est tremblante et fort pâle ; une âme bien éprise Brûle, en signe d'amour, jusqu'au rouge cerise ; L'âme des noirs tyrans sera sombre comme eux ; B. Jouvin a pour âme un lumignon fumeux; Une âme de poète est bleue ; une âme vierge Luit droite et longue ainsi qu'une flamme de cierge ; Telle autre est mauve, ou perle, et je suis convaincu Que le jaune décore une âme de cocu.

Gaspard avait une âme assez aventureuse.

Que le hasard poussait sur une mer heureuse ; Il est donc naturel qu'il eût pour âme un feu Vert comme l'espérance et qui dansait un peu.

En dégustant ce feu, le Prince des Ténèbres

Facétieusement fit craquer ses vertèbres

Et se mit à cligner de l'œil. « Dieu, que c'est bon!

Dit-il. Cela vaut bien le café de Bourbon.

Et puis, c'est chaud ; ça va faire passer mon rhume.

— Jouisseur I dit Gaspard avec quelque amertume.

— Eh bien ! reprit Satan, comment vous portez-vous?

— Qui? moi? mieux que jamais. Les hommes sont-ils fous De tant se mettre en peine à propos de leurs âmes ! Ce ne sont, après tout, que de méchantes flammes. Quant à moi, je m'en vais lamper un gloria.

— In excelsts Deo, mon frère ! s'écria

Le Diable plein de verve. Au revoir, vieille branche.

— Tu m'as sauvé la vie ; à charge de revanche, Dit Gaspard. Colle-moi du charbon sur le feu, Et mets-moi des damnés sur le charbon. Adieu !

— Je n'y manquerai pas, mon Jeune hydrocéphale ; Et là-dessus, bonsoir I Le Diable se cavale. »

Et, sans qu'on se doutât ni comment ni par où, Il se fondit dans l'air en riant comme un fou.

Page 1