‹ ContesChapitre 12 sur 30 · LA PREFERENCE · texte numérisé non relu

LA PREFERENCE

De deux garçons une veuve était mère; Tous deux par la nature étaient avantagés, En talents, en esprit, de même partagés. Egalement tous deux devaient lui plaire. Mais l'un était le favori ; Par une injuste préférence.

On délaissait Chariot, Alfred était chéri. Nous en avons l'expérience, Trop de parents se conduisent ainsi !

Leur cœur, faible avec l'un, pour l'autre est en-

[durci:

Pourquoi donc voir l'un d'eux avec indifférence, Et ne devons-nous pas, en leur donnant le jour, Leur donner aussi notre amour?

Ne les avons-nous mis sur terre Que pour choisir celui qui nous parait charmant? n n'en est point de laid pour les yeux d'un bon père Et qui donc essuiera les larmes d'un enfant, Si ce n'est la main de sa mère?

Bientôt arrive à nos deux fils Ce qui toujours suit cette préférence:

Entre eux d'abord égale ressemblance, Ils sont doux, vertueux, soumis.

i»0 CONTES

Mais bientôt celui qu'on préfère

Prend un peu de liberté; Impunément il fait sa volonté, Se livre à tous ses goûts, suit son humeur légère. Certain par son esprit, sa grâce, sa gaieté, De se faire toujours pardonner par sa mère Chariot (c'est Tautre fils) ne lui ressemble plus; Il est triste, rêveur, il passe sa journée Assis dans quelque coin; ses traits sont abattus,

Et sa langue semble enchaînée.

Jamais un regard, un seul mot

Ne s'adresse au pauvre Chariot!

Ce nom de fils, si doux quand sa mère le donne, Cest pour son frère seul qu'il l'entend proférer.

Pauvre petit! et l'on s'étonne

De te voir si souvent pleurer!

Mais bientôt une maladie De la maman met les jours en danger.

Alfred poursuit son train de vie Sans paraître inquiet, sans même s'affliger; A des valets recommandant sa mère.

Il n'approche plus de son lit.

Chariot fait alors le contraire:

A côté d'elle il s'établit; H ne la quitte plus ; jour et nuit il la veille. Trop heureux de pouvoir, pendant qu'elle som-

[meille

Contempler ses traits à loisir;

Bonheur dont, depuis son enfance,

Chariot n'a pas osé jouir!

Car il tremblait en sa présence.

Grâce à ses soins, sa mère est beaucoup mieux; Elle voit de Chariot, la douceur, la constance, Elle rougit de son injuste préférence,

Le bandeau tombe de ses yeux!...

^fais, contrainte encore au silence, Elle voudrait... et ne peut exprimer

LA PRÉFÉRENCE Al

Son repentir et sa reconnaissance; Cédant au sentiment qui vient de l'animer, A Chariot elle tend la main avec t-endresse,

Balbutiant: ((C'est toi, mon fils!... »

Par ce doux nom, cette caresse,

Le pauvre enfant est tout surpris; Ce ne peut être à lui qu'elle s'adresse: Son fils!... « Hélas! » répond-il aussitôt,

(( Non, maman, ce n'est que Chariot... » Ce mot valait une leçon sévère;

Il corrigea l'injuste mère.

L'amour de nos enfants de nos soins est le prix, Mais pour l'un deux point d'aveugles faiblesses:

Dans notre cœur qu'ils soient tous réunis;

Peut-il encor se croire notre fils Celui que nous avons privé de nos caresses .°

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