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LE MARI QUI JOUE DE LA FLUTE

c( J'entends déjà qu'on se dispute. »

En effet, madame criait,

Et des noms de monstre, de traître, Elle appelait l'amant; mais celui-ci riait: La flûte couvrait tout, il pouvait se permettre Mille témérités. Arec son instrument Le mari raccompagne, il marque la mesure;

Pour commencer il joue une ouverture, Le bruit augmente... il presse encor le mouvement.

Distinguant la voix de sa femme

Qui de temps en temps crie encor,

Sur sa flûte il joue à madame:

« Tu triomphes, bel Alcindor. »

A son secours son épouse l'appelle.

« Bon, bon, )> dit-il, (( va, fais ton bacchanal,

(( Mais du diable si je m'en mêle !

« Je vais te jouer un final. »

Les cris cessent enfin. Servi par la musique, J'ignore si l'amant est devenu vainqueur, Mais je vois que la dame est tendre, laconique,

Et que l'époux est en sueur.

« Ouf! se dit-il, » il faut que je respire; « Je crois que c'est fini, que l'on a tort de dire: Souffler n'est pas jouer! dedans cet instrument « Quand je souffle on devrait me faire compliment. « Mais je n'entends plus rien, rendons-nous chea

[ma femme. »

Il entre, le galant avait quitté la dame. « Eh bien! » dit le mari, « la belle occasion

(( Tu viens de me donner, ma chère !

« Pendant ton accès de colère, ({ Je t'ai joué ma variation; « Elle est en mi majeur... A ton valet, je gage, « Tu donnais son congé? — Non, je le formerai; « Et puisqu'il est entré, je crois qu'il est plus sage « De m'en servir, et je le garderai.

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(( — Gardons-le, soit, il paraît un peu brute; « Mais pour le dégourdir tu t'y prends oonune il

[faut.

« Quant à moi, je prévois que, grâce à ce nigaud, (( Je jouerai souvent de la flûte. »

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