PRÉFACE
Le manuscrit persan inédit qui contient la collection de contes traduite avec tant d’élégance par M. Bricteux appartient à la Bibliothèque Royale de Berlin, qui l’a mis gracieusement à la disposition du traducteur *. Ce manuscrit qui nie donne pas le nom de l’auteur, est moderne ; on lit, en effet, à la fin : « Le livre du recueil des histoires a été achevé le dimanche 22 du mois de ragab de l’an 1245 de l’hégire (i83o) ». Mais il est permis de croire qu’il reproduit un original beaucoup plus ancien.
Le conteur est certainement un écidvain de talent, qui a su utiliser intelligemment le vaste trésor des contes populaires et imaginer des histoires nouvelles en combinant heureusement des éléments puisés à différentes sources. Il narre avec facilité et sait donner à ses épisodes de justes proportions; ses contes sont donc bien composés et on n’exceptera de ce jugement favorable que le quatorzième, dont le début no se rattache pas très adroitement au reste.
M. Bricteux s’est efforcé de traduire le texte aussi littéralement que possible ; il le donne tout entier et n’a eu que rarement à retrancher quelques expressions ou quelques phrases qui n’auraient charmé que certains lecteurs. Nous pensons que la collection ne
1 Die Handschriften - Verseichnisse der kôniglichen Bibliothek zu Berlin, t. IV, p. 988, n# io3i, Minutoli 8.
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plaira pas moins au i>ublic que les quelques spécimens donnés antérieurement dans le Muséon '.
La source principale de notre auteur est un recueil analogue, si pas identique, à celui que Caylus a fait traduire d’après une vei’sion turque, dont on n’a pas encore retrouve le texte 2. Notre anonyme a pris cinq contes à cette collection : Cliadul (n° 3) ; Naz-Rayyar (n° 7) ; le Portefaix (n° 9) ; le Griffon (n° 10) et Seifulnmlouk (n° i3 ; cfr. n°9). Il a aussi reproduit quelques traits d’autres contes de Caylus : Jabia (n°4); Nourgehan (n° 4) i Moradbak (nu 9). Ces emprunts prouvent, et que la collection de Caylus est authentique, et qu’elle est antérieure à celle de notre anonyme, puisque ce dernier en a combiné certains éléments. C’est le conte 110 9 qui est le plus caractéristique sous ce rapport.
Une autre source est le roman de Ilûtim s. (Voir n° 4; cfr. n° 11).
Inutile de faire remarquer que l’auteur connaît les Mille et une nuits. (Voir par exemple, les n0!l 1 et 3).
Mais il ne sera peut-être pas sans intérêt d’examiner les différents contes d’un peu plus près.
1 Khodàdàd. Muséon, 11. série, t. V, pp. 172-192. — Salomon et le Griffon , ibidem, t. VI, pp. 53-90. — Les trois jouvenceaux , ibidem, pp. 379-39(1. Cfr. Zeitschrift des Vereins fiir Volkskunde, 190Ü, pp. 471-472.
* V. Chauvin. Bibliographie des ouvrages arabes ou relatifs aux Arabes, t. IV, pp. i33 et suiv. et 222.
3 The adventures of Hatem l'ai, a romance. Translated front the Persian, by Duncan Forbes, A. M. London... i83o. In-4°. — Cfr. Bibl. arabe, t. VI, p. 49.
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i. Ferroukhzftd.
Le début de l’histoire est emprunté au conte du troisième Calender ( Mille et une nuits , n° 117). Puis on retrouve l’oiseau gigantesque (il/. N ., n° 373 B) ; les animaux qui sortent la nuit de la mer ( Bibl . arabe , t. VII, pp. 7-8 et 55-56) ; une négresse qui s’éprend du héros et qui le sauve (Bibl. arabe, t. VIT, pp. 67, 71, 72 et 74) ; une jeune fille vêtue en homme (t. V, p. 96). Inutile de parler des naufrages et de l’enlèvement d’une jeune femme par un génie : ce sont des épisodes bien connus. Le jugement de Dieu est un peu plus original. Mais, en somme, le tout n’est qu’une histoire d’intrigues politiques ayant pour suite un détrônement ; il n’est pas besoin de dire que le souverain légitime finit par être rétabli dans ses droits.