Texte bien obscur
I)ad az dtist hilabi chdr bada bâz chdhzâdu madiannat kiüzûda bindz Xiif gisi sur uf^undn bu pic h Sud bargi hurir poüchlda biyâz .
10. Le prince ne saurait distinguer sa vraie femme de la servante, et croit que c’est cette dernière qui est tombée dans le feu. Mais le texte est bien peu explicite!
j2le
IORNELL UNIÜE
Histoire du Peintre Hânî, de Mèlik Àlî et de Nlihr Bânoû.
Les conteurs de nouvelles, les traditeurs de documents, les mesureurs du temps et les perroquets croqueurs de sucre au doux langage racontent qu’il y avait une fois un roi de Boukhara, prince aussi intelligent que sage, dont le nom était ’Adil Chah. Or, il avait un fils sans rival à son époque pour la beauté et la grâce, une rareté des horizons pour les qualités de l’esprit, qui avait nom Mèlik Ali. Quand il atteignit l\ige de quinze ans, son père voulut le mettre en ménage et consulta son épouse. « Je ne sais, » lui dit-il, « si l’un de ces émirs et vizirs n'aurait pas, par hasard, une fille qui fût digne de Mèlik Ali ? » La reine lui répondit : « Tu n'ignores pas que les grands esprits ont dit : ( Distique ) :
« La colombe avec la colombe, le faucon avec le faucon ; ce sont les oiseaux de même espèce qui volent de compagnie L »
\< Les rois doivent s’allier avec des rois, les vizirs avec des vizirs. Il faut absolument chercher à savoir s’il n’v aurait pas, quelque part, un roi possesseur d’une fille assez belle pour Mèlik Alî. Nous la demanderions en mariage. — A ce propos, » reprit le monarque, « il me vient à l’esprit que les marchands voyagent de ville en ville. C’est eux que je vais charger de s’informer, et de nous signaler un endroit où
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITE
fol. u B.
il y aurait une* belle princesse à marier. En attendant, ma chère épouse, je prétends orner l’esprit de mon 61s d’un tel savoir que l'on répète partout ses paroles, et pour quand j’aurai trouvé une bru, je vais faire construire dans le parc un palais orné de peintures. C’est là que séjourneront les jeunes mariés. Le monument sera agencé de telle façon qu’ils puissent tout observer et apercevoir quiconque passera par là, et qu'ils puissent se voir l’un l’autre, mais que personne ne puisse les voir. — En attendant, » reprit la reine, « je vais me mettre en quête d’une bru. »
Or donc, le roi 6l quérir architectes et maçons, et ils édifièrent dans le parc un palais conforme à ses désirs, et de son côté, la reine envoya dans toutes les directions à la recherche d’une princesse à marier.
Le gros œuvre terminé, le roi manda les peintres. Il y avait parmi eux un maître sans rival dans son art, dont le nom était Marzouq. Le roi lui recommanda instamment de bien mettre à l’épreuve, un à un, tous les artistes qui se présenteraient. Marzouq avait fait bâtir d’un côté du palais un appartement [aux fenêtres] de verre dépoli, dont l’éclairage était ainsi bien tempéré, et sur le parquet, il avait peint à l’huile une surface que tout le monde prenait pour l’eau d’un bassin. Or, quand un artiste se présentait devant Marzoùq, il lui disait : « Prends cette cruche, va la remplir à ce bassin et rapporte la moi. » Et tous, entrés dans l’appartement, ne manquaient pas d’aller heurter vivement la cruche contre la pierre et de la briser. Ils comprenaient alors, à leur grande honte, et le maître leur disait: « Vous ne savez pas encore reconnaître la couleur à l’huile. Comment pourrait-on donc vous confier un travail royal?»
Bref, plusieurs jours se passèrent en examens infructueux, et Maître Marzouq se demandait comment il pourrait bien
Original frorri
CORNELL UNIVERSITY
venir à bout de la décoration du palais, quand un jour qu’il était occupé à broyer de la couleur, il vit entrer un jeune homme qui le salua et s'arrêta, attendant ses ordres. Marzoùq lui dit : « Quel est ton nom, mon ami ? — Je m’appelle Hàni *. — As-tu quelque compétence en peinture ? — Oui, certes. — Eh bien ! aie l’obligeance de prendre cette cruche, d’aller dans cette salle la remplir d’eau et de me la rapporter. » Hàni prit la cruche, pénétra dans l'appartement et crut d’abord voir une vasque pleine d’eau. Il se dit : « Sans doute, le maître a envie de boire, je vais remplir la cruche à l’endroit où l’eau se déverse dans le bassin » 3. En regardant bien, il vit que la prétendue eau n’était autre chose que de la pierre couverte de couleur. A l’instant il s’assit, prit sa palette et sou pinceau, et dessina sur la pierre le cadavre tout enflé d’un chien noyé.
Alors, il sortit et cria : « Hé ! patron, un chien s’est noyé dans l’eau du bassin et on voit son cadavre tout enflé. » Le maître se leva avec empressement, entra dans l’appartement et vit ce qui en était. Il en fut ravi, embrassa tendrement Hàni et lui dit : « Hàni, tu vas décorer cet appartement destiné à abriter deux jeunes mariés. » Hàni accepta cette mission et s'installa dans le palais. Il commença par mettre une couche de couleur bleu d’acier qu'il lustra ensuite, et en une quarantaine de jours, les parois glacées devinrent brillantes comme un miroir. Alors il traça sur un mur une image qu’on pouvait voir de tous les coins de l’appartement. Indépendamment de cela, Hànî fit beaucoup de menus travaux dont Maître Marzoùq fut émerveillé. Le roi, venu pour se rendre compte, ne fut pas moins étonné et ravi.
La nouvelle arriva aux oreilles du piince Mèlik 'Ali, qui vint à son tour visiter le nouveau palais. Lorsque ses regards tombèrent sur le portrait, il en devint amoureux de tout
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITE
son cœur — que dis-je ? — avec mille cœurs, perdit connaissance et récita ces vers, quand il rouvrit les yeux. :
« Je suis devenu captif d’une image, ô coquette adoratrice du vin ; tomber amoureux est toujours agréable, sous quelque forme que se présente l’objet de l’amour. »
Puis des gémissements jaillirent de sa poitriue, et, égaré par la passion, il se disait : « Quel est l’original de ce portrait qui m’a ravi la possession de mon cœur ? » 11 alla se confiner dans ses appartements, et ne fit que pleurer, sans boire ni manger. On avait beau lui adresser la parole, il ne répondait que par des sanglots. En fin de compte, tout son entourage s’alarma de son état et personne n’y voyait de remède. I.e roi fut averti et vint avec la mère du prince trouver leur enfant. A leurs questions, il répondait invariablement : « J’ai le cœur endolori. ».
Le roi fit quérir les médecins, qui prescrivirent force potions, médicaments et récipés, et le prince de leur dire :
« O médecin, ne te donne pas tant de peine, car je n’échapperai pas au mal qui me ronge. Ma douleur est tout autre, cherche un autre remède. »
Et il repoussait ainsi les médecins. Plusieurs jours se* passèrent de la sorte, et le prince dépérissait, à la grande désol(,l l2 \ lation de son père.
Le peintre Hànî vint trouver le roi et lui dit : « O souverain du monde, moi, je me charge de guérir le prince, mais à la condition que tu te conformes strictement à mes instructions. — Hànî, » répondit le roi, « si tu réussis, je te donnerai autant de trésors que tu en voudras. » Alors Hànî se rendit au chevet du malade et lui dit : « Ma chère âme, pourquoi te chagriner pour une personne dont tu n’as vu que le portrait, et qui, de son côté, ne te connaît pas? * A ces paroles, le prince se récria : * O Hànî, que dis-tu là ? » « Hànî reprit : « Mais j’ai dit ce que tu as entendu. —
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITY
Répète le donc. — Eh bien, il faut absolument que tu manges, que tu retrouves ta bonne humeur et que tu reprennes goût à la vie pour que l’original de ce portrait, quand il te verra, s’éprenne à son tour de toi. Mais si cette personne te voyait dans l’état où tu es, elle détournerait le visage. » Le prince demanda : « Et quel est donc l’original de ce portrait ? * Hàni répondit : « Elle a nom Mihr Bànoù Khànouin. — Où est-elle ? — Dîne d’abord de bon appétit et aie le cœur à l’aise, puis je te le dirai. *
Le prince demanda à manger, et on lui en apporta. Puis il assouvit sa faim et dit ensuite : « Parle, 6 Hàni, car mon cœur n’a plus l’endurance d’attendre. — Sache, » répondit le peintre, « que la damoiselle dont je parle est la Hile de Khârezm Châh *. Elle habite donc la Chorasmie, et je lui ai enseigné la peinture. Mihr Bànoù est une princesse d’une beauté remarquable, et je te garantis bien qu’elle est digne de toi et vaut la peine que tu en soi féru. Or, son père l'aime si tendrement qu’il refuse sa main à tous les prétendants. Mais moi, je me suis engagé envers la jouvencelle à lui trouver un mari digne d’elle, et je réussirai bien à te la faire épouser. — Et comment vas-tu t’y prendre? — Attends d’abord que ton père soit bien remis de ses alarmes et rassuré sur ta santé. Je vais lui raconter alors 1 histoire de la fille de Khàrezm Châh. J’obtiendrai du roi ton père la permission de partir, et, avec une escorte et de riches présents, nous irons trouver le roi de Chorasmie et nous trouverons bien moyen de te fiancer à sa fille. *
Voilà donc le prince au comble de la joie, et quand le roi et son épouse eurent appris que leur fils avait changé d’humeur et retrouvé sa gaîté, Hàni se présenta devant le monarque et lui dit: « O seigneur de l'époque, les hasards de la vie m'ont amené un jour en Chorasmie, où je m'occupais de peinture. Le roi de Chorasmie a une fille du nom
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITE
toi. IJ
de Mihr Bànoù qu'il aime à l’adoration, si bien qu’il ne veut la donner en mariage à personne. Cette princesse, ayant vu de mes ouvrages, supplia son père de me prendre à son service, et je lui donnai des leçons de peinture. Au bout de deux ans, elle a acquis une véritable maîtrise dans cet art, et nous sommes unis par une amitié fraternelle, si bien que je lui ai promis de lui chercher un époux, et, en vérité, elle est digne de n’importe quel prince. »
Le roi dit alors : « Je vais envoyer au roi son père une ambassade avec des présents, et insister pour obtenir sa main, et s’il ne cède pas de bonne grâce, je marcherai contre lui à la tête d’une armée et je ravirai Mihr Bânoù de force. » Hànî reprit : « Seigneur, je pense que si nous prenions, le prince et moi, la route du Khàrezm avec une escorte et des cadeaux, le roi de ce pays, quand il verra ton fils si richement doué de beauté, de raison et d’intelligence, ne manquera pas de lui donner sa fille, sans qu'il soit besoin de recourir à cette fâcheuse extrémité. » Le roi, ainsi que ses visirs et ses émirs, l'approuvèrent et dirent : « Ce n’est pas mal parlé. »
On effectua donc tous les préparatifs, et Hànî avec le prince, une suite où figuraient des émirs et des vizirs, et une caravane d’innombrables bêtes de somme chargées d’objets précieux, se dirigèrent vers le Khàrezm où ils arrivèrent en peu de temps. Ils campèrent près d’une ville de cette contrée et y dressèrent dais et parasols
On avertit donc Khàrezm Chàh que le fils d’'Àdil Chàh était venu demander la main de sa fille. Le lendemain, le peintre Hànî se présenta devant le monarque avec force présents et compliments. Le roi reconnut à l’instant Hànî et lui dit : « Où as-tu été, jeune homme ? Et quelle est cette escorte ? — Sire, » répondit Hàui, « le roi de Boukharà, Àdil Chàh, envoie vers toi son fils, le priuce Mèlik ' Àlî,
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITY
pour que Sa Majesté le voie et que, si elle le juge digne d’obtenir la main de sa fille, elle la lui accorde, et sinon, c’est à Sa Majesté de décider. — Je ne veux pas marier ma fille, mais qu'il vienne quand même, que je le voie. *
Hàni prit congé et s’en fut retrouver le prince, à qui il ruidit compte de sa démarche. Mèlik ’Àli fit tout mettre en ordre, et le lendemain, accompagné de Hàni, il fit son entrée dans la ville en grande pompe, suivi de l’escorte et des cadeaux. Les gens de la ville qui virent le prince furent charmés de sa bonne mine. Or donc, précédé de deux cents fantassins revêtus d’armures richement damasquinées, et suivi d’un même nombre de pages aux brillants costumes, il s’achemina vers le palais du roi.
L'extérieur avantageux de Mèlik Àli fit une excellente impression sur Khàrezm Chah, qui fit placer à droite de son trône un siège incrusté oü il fit asseoir le prince, tandis que ses suivauts se tenaient debout devant le roi. Khàrezm Chàh fit apporter de magnifiques robes d’honneur dont furent revêtus le prince et ses émirs, et ce jour et cette nuit-là se passèrent à festoyer. Le lendemain, Hàni s’en fut présenter ses hommages au roi, qui lui dit : k Hàni. Mèlik Ali est un charmant jeune homme. — Oui, certes, » approuva Hàni. « Il me plait, » ajouta le roi, « il est bien fait de sa personne, et ses qualités répondent à 5011 extérieur. -- Adil Chàh, * se permit de dire alors Hàni, « l’a envoyé vers toi afin que, si tu l'en trouves digne, tu lui donnes ta fille. — Laisse-là ce sujet, * repartit le roi, «je ne veux donner ma fille à personne, mais que le prince reste quelques jours pour que je puisse jouir de sa société. *
Hàni alla rapporter tout ce qui s’était passé à son maître, qui en fut bien contrarié. Hàni lui dit : « Prince, ne te désole pas. De façon ou d’autre, nous obtiendrons la princesse. Je viens de m’assurer que MihrBânoù est dans son
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITE
fol.
jardin et est au courant de notre démarche. Or. ce jardin est tout proche d’ici. Vas-y aujourd’hui sous les dehors d’un simple laquais, et moi je resterai ici. Si quelqu’un vient de la part de Khàrezm Chah, je dirai : « Le prince est indisposé. » Va donc, et peut-être réussiras-tu à voir la princesse. Quant à moi, d’ici à ce soir, j'aviserai aux mesures à prendre. »
Or donc, le prince se déguisa, prit une somme d’argent et se dirigea vers le parc. Il s’y introduisit par escalade et vit de loin le palais de sa bien-aimée. A cette vue, il soupira du fond du cœur et s’abîma dans sa contemplation. Une vieille femme étant venue à passer, le prince l’aperçut et la salua. «O jeune imprudent, » s’écria-t-elle, * pourquoi es-tu venu en ce lieu? Es-tu, par hasard, las de vivre ?» Le jouvenceau tira de sa bourse cinquante écus et les mit dans les mains de la vieille en disant : « La mère, voilà de quoi t'acheter des chaussures. » A la vue de cet or, elle écarquilla les yeux. «Jeune homme, ô bien-aimé de ta mère, » dit-elle, « il y a pour toi danger de mort à séjourner ici. Allons vite chez moi. » Le prince suivit la vieille dans sa maison. Elle lui étendit un tapis et il s’assit. «Viens ici, la mère, » dit-il, « je vais te révéler mon secret. » Elle s’assit et demanda : « Ame de ta mère, dis-moi donc qui tu es et d’où tu viens?»
Il répondit : « Sache que je suis un des écuyers de ce prince qui est venu prétendre à la main de la tille du roi. u A Aujourd’hui, notre prince est un peu malade, j'ai profité de mes loisirs pour venir me promener ici, et me voilà ton hôte. A qui appartiennent donc ce parc et ce château? » La vieille répondit : « A Mihr Bànoù, fille du roi, et moi je suis la femme de son jardinier. Chaque soir, je cueille des fleurs dans ce jardin et je les porte à la princesse. — En as-tu déjà porté aujourd’hui ? — J’en ai bien cueilli, mais je ne les ai pas encore portées. — Va donc les chercher que je
CORNELL UNIVERSITY
voie comment elles sont. » La vieille s’en fut et rapporta le plateau de fleurs. Le prince en fit des bouquets de chaque espèce prise à part, puis les réunit en gerbe.
« Mère, » dit-il, « porte aujourd’hui les Heurs que moi j’ai arrangées. »
La vieille mit enfin sur sa tète sa charge de bouquets, et les porta à la princesse, qui lui dit : « Hé ! la vieille, pourquoi viens-tu si tard aujourd’hui ? Et qui donc a lié ces fleurs en bouquets, car ils me plaisent beaucoup?» La vieille répondit : « J’ai dans le pays de Boukhara une sœur dont le fils est écuyer de ce prince qui est venu briguer ta main. Mon neveu est venu chez moi prendre de mes nouvelles, et c’est lui qui a assemblé ces roses ! » La princesse reprit : « Quel cadeau t’avait-il apporté ? — Il m’a tout simplement donné de l’argent en me disant d’acheter des souliers. » La princesse pensa : « On pourrait bien juger à l’importance de la somme si ce jeune homme est vraiment un simple laquais. »
« La vieille, » demanda-t-elle, « qu’as-tu fait de cet or que ton neveu t’avait apporté? — Je l’ai sur moi. — Fais donc voir. » La vieille obéit. La princesse vit que c’étaient cinquante echrefls 5, et se dit en elle-même : « Ceci dépasse de beaucoup les moyens d’un écuyer. Ne serait-ce pas le prince en personne ? Moi aussi, je vais faire étalage de munificence. » Puis, s'adressant à la vieille : « L’or de Boukhara est d’un excellent titre, » dit-elle. « Vends moi tes écus. — A tes ordres, » répondit la vieille, et la princesse prit la somme et lui remit cent cinquante echrefis, qu’elle reporta chez elle, enchantée du marché.
« Hé ! la vieille, » s'écria le prince en la voyant, « où as-tu été ? — Mou enfant, « répondit-elle, « je suis allée trouver Mihr Bànoù, qui m’a demandé la cause de mon retard, et a voulu savoir qui avait cueilli ces roses. J’ai répondu que c’était un mien neveu, écuyer du prince venu pour deman-
Original from
CORNELL UNIVERSITE
fol. H
der la princesse en mariage. » Bref, la vieille relata au prince tout ce qu’avait dit la princesse et ajouta : « Elle m’a acheté pour cent cinquante echrefis l’or que tu m’avais donné. » Le prince demanda où était la somme, et la vieille la tira de son gousset et la déposa devant lui. Mèlik Ali se dit que la princesse avait voulu faire avec lui assaut de libéralité. « La mère, » dit-il, * cède moi cet or pour mille echrèfis. » Et à l’instant il remit à la vieille la dite somme.
Cependant la jeune fille était en train de se monter l’imagination, en se disant : « Ce jouvenceau n’est autre que le prince. » Elle s’assit à une fenêtre de son palais. Le prince, de son côté, dit à la femme du jardinier : « La mère, je m’en vais. Je reviendrai te voir demain, de bon matin. » 11 sortit donc, et quand son regard tomba sur le palais de sa hien-aimée, il exhala un soupir et récita ces vers :
« Jùsques à quand regarderai-je, rongé de désir, le mur de ta demeure ? Sors de chez toi, que je puisse contempler ton visage. »
D’autre part, la princesse aperçut de loin la beauté du jeune homme, et de tout son cœur — que dis-je ! — avec cent mille cœurs, elle s’embrasa d'amour pour ses charmes. Elle poussa un profond soupir, la flèche de l’amour vola dans son sein, et elle dit ces vers :
« Je le vis, et ma raison, mon cœur, tout s’en alla au vent. Malheur à mon âme, si je le vois de rechef ! *
Ceci se passait à l’insu du prince qui s’en alla, laissant se centupler l’émoi de la princesse. Elle fit quérir la vieille et lui demanda : « Est-ce ton neveu qui vient de paitir? — Oui; » répondit elle, « mais il reviendra demain matin. 11 a échangé tes echrèfis contre mille autres. » Ceci corrobora pleinement la supposition de la jeune fille. Elle n'en dit rien, mais pensait : « Ouand sera-ce donc demain ? »
De son côté, le prince rentra dans ses quartiers, et raconta
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITY
ses aventures à Hàni, qui lui dit : « C’est parfait, mais voici ce que moi j’ai imaginé : Je vais aller dire au roi : « Le prince est tombé de cheval et s’est rompu les membres. » Peut-être le roi s’attendrira-t-il sur toi [et, te croyant moribond, t’accordera- 1- il la main de sa fille]. Et une fois que nous l’aurons emmenée, elle sera irrévocablement tienne. '■ — Bien combiné, » lui dit le prince.
Hàni s'en fut donc présenter ses respects au roi, qui lui demanda des nouvelles de Mèlik Ali. « Le prince a fait une chute de cheval, » répondit le peintre. — « Pas possible ! » s’écria le roi. - « Hélas ! rien n’est plus vrai, et il a les membres brisés et disloqués. Aujourd’hui ou demain il trépassera. Or, tu n’ignores pas que je suis le nourrisson de ta faveur, et je ne voudrais pas voir éclater entre toi et Adil Chàh l’inimitié et la guerre. Si tu veux bien suivre mon conseil, tu vas envoyer ton vizir à Mèlik Ali pour lui dire : « Le roi de Khàrezm te donne sa fille. » Et moi, je partirai le lendemain pour annoncer au roi de Boukhara : « Khàrezm Chàh a accédé à ta demande, mais le prince, dans son allégresse, galopant dans la campagne, a fait une chute et s’est tué. Le ciel n’a pas favorisé tes projets! » Le roi approuva ce discours et dit à son vizir : « Tu iras voir demain le prince. Si réellement il est mortellement atteint, fais lui part de mon consentement. Sinon, si tu le trouves bien, ne dis rien. »
« Soit, » dit Hàni, et il s’eu fut cuire des crêpes minces qu’il fit sécher et lia autour des membres du prince Après quoi il le fit coucher, et lui frotta le visage d’un morceau de bois jaune [pour lui donner un teint blême]. Puis il aposta quelques hommes pour le prévenir de l’arrivée du vizir. Ensuite, il tua un agneau, versa dans un vase une partie de son sang et garda le reste, et enfin il s’assit, l’air navré. A ce moment, on annonça l’approche du vizir. Alors, Hàni douna à boire au prince une gorgée du sang qu’il avait
Gck igle
Original from
CORNELL UNIVERSITE
□ igitized by
conservé, en lui recommamlant de le garder dans sa bouche, et se rassit ; fidèle à son rôle, il se mit â pleurer de même que sou entourage. Sur un signe du prince, on apporta un bassin où il vomit le sang qu’il avait dans la bouche. Alors Ifàni le changea de côté dans son lit pour qu’il eut le visage tourné vers l’assistance, et à ce mouvement, le pâte séchée produisit un craquement destiné à imiter le crépitement des os brisés. Et le vizir s’imagina que le prince allait mourir à bref délai. « Prince, » dit-il au moribond, « le roi te donne la main de sa fille. Puisse le Très Haut t’accorder une prompte guérison et mettre fin à tes souffrances !» Le prince fit signe par un mouvement des yeux, et l’on revêtit d’une robe d’honneur le vizir, qui, tout incommodé par le craquement des os, se présenta devant Khàrezm Chàh et lui dit : « Sire, quel dommage pour ce jeune homme ! On ne saurait dire s’il passera la nuit. »
Le lendemain matin, le prince se leva, revêtit une livrée d’écuyer et se rendit chez la vieille, qui lui rendit compte de ce qui s’était passé et lui dit qu’il avait attiré l’attention de la princesse. Puis elle prit son plateau de fleurs et se rendit auprès de Mihr Bànoù, qui lui dit : « Pourquoi es-tu en retard ? Est-ce que par hasard ton neveu est revenu ? - Oui, » répondit-elle. La princesse n’ajouta mot, mais ensuite elle éloigna toutes ses suivantes sans exception sous un prétexte quelconque, et dit à sa nourrice : « Toi, retiens la vieille ici jusqu'à mon retour. « La princesse sortit de son palais et chemina par les allées du jardin jusqu’à ce qu’elle arriva à la maison du jardinier. Elle aperçut le jouvenceau assis devant la cabane, les yeux fixés sur le chemin.
Mihr Bànoû lui dit : « Jeune homme, à quoi penses-tu donc ?» Il répondit par ce distique :
« Tu es la bienvenue, car ta venue me fait du bien. Je fais de mille fois ma chère vie la rançon d’un seul de tes pas. »
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITY
Le prince leva les yeux et vit près de lui la belle princesse, dont l’éclat semblait illuminer le monde. Il ouvrit la bouche et resta ébahi. La princesse lui dit : « Allons, parle, jouvenceau, car ce n’est pas le moment de rester immobile et silencieux. * 11 répondit : « J’ai perdu l’usage de la parole, » et continua par ces vers :
« Je n’ai jeté qu’un regard sur ta taille, et j’en suis tout éperdu. Désormais, ô coquette, je suis captif en ton pouvoir. »
La princesse reprit : « Dis la vérité. N’est-ce pas que tu es bien Mèlik Ali ?» Il répondit : «Oui, que je sois la rançon ^(>*- 1 de ta tète. » Mihr Bànoù reprit : « J’ai entendu dire que tu étais tombé malade Voici ce que j’ai imaginé : va chercher dans ton campement deux chevaux bons marcheurs, ardents à la course et bien en main, et va te cacher dans un endroit ignoré. Dis à Hânî de répandre le bruit de ta mort, et que toute ta suite prenne le deuil, lève le camp le lendemain et s’en aille. Tous deux, venez m’amener un cheval dans ce jardin, et moi, profitant du sommeil de ma nourrice, de tut s suivantes et de mes domestiques, je monterai en selle et nous partirons. Ne t’attarde pas ici, de peur qu’on ne t’aperçoive et qu'il n’y ait du scandale. » Elle dit, et ils échangèrent quelques baisers du coin de leurs lèvres.
La princesse partie, le prince resta tellement impressionné qu’il n’avait pas la force de bouger. Enfin, il put se lever et alla trouver Hânî, à qui il raconta l’affaire. Hàni loua beaucoup le stratagème de la princesse et, tout de suite après, des clameurs s’élevèrent : « Le prince est mort ! * On amena un esclave qu'on ensevelit et qu’on mit en bière, et tous commencèrent à se lamenter. Le roi, averti de la catastrophe, fut très affligé et envoya son vizir et son vèkil. Ils ouvrirent le collet de leur robe et récitèrent la soure fàtiha ' ,
Gougle
Original from
puis dirent : « One Dieu ait pitié de son âme ! » et prirent le deuil.
Hàni et les gens de la suite du prince se vêtirent de noir, et toute la nuit, jusqu’à la pointe du jour, ils se répandirent en lamentations. Le lendemain, ils levèrent le camp et s’en allèrent.
Le prince patienta jusqu’à la tombée de la nuit, puis prit deux bons chevaux et alla s'installer dans le parc de la princesse. Il y avait plusieurs nuits qu'il n’avait pas fermé l’œil, et il se laissa gagner par un sommeil profond.
Or, l’avant-veille, la princesse avait pris place dans sa litière et s’était dirigée vers le bain public. Par malheur, le vent ayant soulevé un coin de la draperie, un esclave nègre vit sa beauté et en fut affolé d'amour. Il y avait deux jours qu'il rôdait dans le jardin à l’affût d’une occasion d’assouvir sa brutale passion. Le hasard l’amena à l’endroit où le prince s’était endormi. Le nègre comprit à l’instant qu’il était venu pour ravir la princesse. Il coupa le bout de bride que tenait la main du prince et amena les deux chevaux à l’entrée du jardin, où il se tint immobile. En ce moment, la princesse sortait de son palais. Vite, elle se rendit à la porte du jardin, vit l’individu debout et, sans méfiance, elle bondit précipitamment en selle et se mit en route. Le nègre, à son tour, monta à cheval et la suivit jusqu’à l’aube La princesse alors se retourna : « Prince, lui cria-t-elle, quel est notre logis et la durée de l’étape ? »
Mais, en regardant bien, elle vit que son compagnon était un nègre, un monstre noir comme la poix, dont la lèvre supérieure dépassait la base du nez et dont la lèvre inférieure pendait jusqu’à son collet. Un soupir surgit de sa poitrine et elle se dit : « Dans quelle mésaventure me suis- je embarquée ? Oue sera-t-il advenu du prince ? Et que vais-je faire avec ce nègre ? » Tous deux mirent pied à terre en cet endroit, et la
Original from
CORNELL UNIVERSITY
princesse dit : * Nous avons beaucoup marché. Reposonsnous. * Le nègre lui demanda : « Princesse, dis-moi donc quel était ce jeune homme qui tenait en main les rênes des chevaux ? Je suis survenu, j’ai coupé les courroies sans qu’il s’éveillât et, sur ces entrefaites, tu es arrivée à la porte du jardin. — Reste quelque temps sans parler *, dit-elle,
« que nous puissions dormir un peu, après quoi je serai à ta disposition pour te raconter l’affaire. » Elle mit la tête sur les genoux du nègre et ferma les yeux. Après quelque temps, elle leva la tête et vit que son compagnon s’était endormi.
Alors, en hâte, elle monta sur un des chevaux et s'éloigna, emmenant l’autre bête par la bride.
Mais revenons un instant au prince. Vers l’aurore, il se leva, regarda autour de lui et, ne voyant pas les chevaux, il se frappa la tête à grands coups en poussant des cris de désespoir. Puis, craignant pour sa vie, il s’achemina vers le désert afin de n’ètre vu de personne et se mit à errer comme un fou, sans savoir où aller.
Quand le soleil, flambeau de l’univers, mit la tète à la fol. 14 B lucarne de l’orient, la rumeur se répandit dans la ville qu’on avait enlevé la princesse, et le roi de Khàrezm, à la tête d’une armée considérable, se lança à la poursuite de Hâni.
Vite on l’eut rattrapé, on cerna sa petite escorte et on fouilla tous ses bagages sans rien trouver de suspect. Hàni se disait : « En ce moment, le prince est en compagnie de la princesse. A Dieu 11e plaise qu’il leur arrive malheur ! »
Alors, il quitta son campement et se mit à la recherche du prince. Il finit par arriver près de la ville et fit beaucoup d’investigations sans trouver trace des fugitifs. Alors il revint â son campement, bien inquiet du sort de son maître, et se remit en marche, parcourant les plaines et explorant tous les coins et recoins.
Quant au misérable nègre, il ue s’éveilla que bien tard
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITE
dans l’après-midi. 11 regarda autour de lui et, ne voyant personne, il se dirigea vers le désert, et se mit à vaguer en pleurant.
La princesse, ce jour-là et la nuit suivante, courut à bride abattue et creva le cheval qu’elle montait. Elle monta alors celui qu’elle conduisait et galopa derechef jusque vers la vesprée, tant que ce cheval aussi tomba fourbu. La voilà donc obligée d’aller à pied. Elle s'affaissa bientôt, accablée parla faim et la soif et anxieuse pour le prince, se demandant ce qui pouvait bien lui être advenu. Enfin, la peur du nègre la força à se remettre en marche et elle se traîna à travers la plaine jusqu’à ce qu’elle en eût les pieds tout meurtris. Elle se résigna à la mort, tout en pleurant son bien-aimé et en se disant : Qu’est-il devenu ? Où est-il allé ? » Enfin, elle aperçut de loin une colline assez élevée et se dirigea vers cette éminence en pensant : « Je vais voir de là-haut si je 11e découvrirai point un endroit habité. »
Arrivée au sommet, elle vit qu’au pied du monticule s’étendait une agréableoasis et une prairieavec des eaux courantes : une caravane avait fait halte en cet endroit et y avait dresse ses tentes, et une troupe de jeunes gens, au pied de la colline, s’exercaient au tir à l’arc. Par hasard, le chef de la caravane dirigea son regard vers le haut du monticule. A la vue de cette ravissante créature, il fut émerveillé, car il n’avait oncques vu jouvencelle aussi charmante et délicate. La flèche de l’amour lancée par l’arc du sourcil de cette belle vola dans le sein du chef. Un soupir jaillit de sa poitrine ; il se dirigea vers elle, et lui dit : « O ma toute belle, d’où viens-tu ? Tu as pris mon cœur dans les filets de l’amour. »
« Jeune homme,» répondit-elle, « sache que je suis la fille d’un marchand. La nuit, des brigands nous ont assaillis, et dans ma frayeur, je me suis séparée de la caravane et, à force d’errer par le désert, je suis arrivée ici. — Lève-toi, » reprit
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITY
son interlocuteur. « Allons dans ma tente, je suis le conducteur de cette caravane et, pour l’amour de toi, je ne lèverai pas le camp aujourd’hui ! * Il appela alors un esclave et fit apporter un ample manteau ; la princesse s’en enveloppa des pieds à la tète et le suivit dans sa tente. On apporta à boire et à manger, et elle se restaura. La nuit venue, elle dit au chef : « Je suis harassée de fatigue. Cette nuit, veuille bien ne pas te trouver dans la tente, que je puisse y dormir tranquille. * Il obéit ; on apporta de nouveau de la nourriture et de la boisson, et la princesse, après avoir mangé, se coucha. Le conducteur, étendu à l’entrée de la tente, se dit en luimème : « J'ai en mon pouvoir une femme d’une beauté remarquable. Je me réjouis de déjeuner avec elle. »
Mais la princesse s’aperçut que le turban et les chaussures du chef étaient restés dans la tente. Lorsque l’obscurité fut complète, et que le maître et ses gens furent bien endormis, elle chaussa les souliers du chef, et ayant découpé le tur ban, elle s’en lia une moitié autour de la taille en guise de ceinture, et l’autre moitié sur la tète. Alors elle fendit la toile de la tente et s’échappa, et se remit à cheminer dans la plaine sans savoir où elle allait. Elle marcha ainsi cette nuit là jusqu’au matin, et le jour suivant jusqu’à la nuit. Chaque fois qu’elle apercevait un être humain, elle se cachait. Elle continua de la sorte, et malgré le vertige et ses pieds endoloris, elle allait toujours clopin dopant, pleurant encore sur le prince et se demandant ce qui lui serait arrivé. Telle était sa préoccupation constante.
Or, le chef de la caravane, quand il s’éveilla, pénétra dans la tente pour contempler le visage de sa jolie captive. « O àme de mon âme, » s’écria-t-il, « lève-toi, car cette nuit m’a paru longue comme une année, » et ce disant, il souleva le rideau de la tente. Mais plus de jeune tille : elle avait feiidula toile et était partie. Il lança son bonnet à terre, et
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITE
proféra des cris de désespoir, puis s’engagea dans le désert et se mit à le parcourir en tous sens sans voir personne à qui demander des nouvelles de la disparue. Et il marchait toujours, acharné à sa recherche. Les gens de la caravane, voyant leur chef dans cet état, le suivirent en lui criant : « Ohé ! maître, que t’est-il donc arrivé ? » Mais ils eurent beau insister, il ne se retourna pas ; et sans plus songer à tous ses biens qu’il délaissait, il continua de rôder par monts et par vaux.
Quant à la princesse, cette seconde nuit, elle avança bien lentement jusqu’au jour, et à l'heure du déjeûner, elle arriva à une plaine où un berger faisait paître du bétail et des moutons. Poussée par la faim, elle s’approcha de lui et lui demanda du pain, puis, à bout de forces, elle s’assit en se disant : « A quoi bon me voiler la figure pour un vulgaire pâtre ? Je vais lui demander du pain et continuer ma route. » Or, elle ne savait pas que le berger, immobile comme un loup en embuscade, la regardait en se disant : « O charmante idole, es-tu un ange descendu du ciel ?» Il en devint amoureux, courut vers elle et lui dit : « O vie de ma vie, tu es la bien venue et ton arrivée me cause bien du plaisir, » puis continua par ces vers :
« Tu es la bien venue ? D’où arrives tu ? Viens t’asseoir. Viens, je vais te donner un séjour dans mes deux yeux. » 8
« Sache, ma toute belle, que voilà plusieurs jours que ma mère parcourt la ville en quête d'une bru, sans trouver personne qui soit digne de moi. Quelle heureuse affaire que je te trouve à mon gré ! Je vais demander ta main. » La princesse pensa : « Qelle mauvaise étoile est donc la mienne ! J’ai échappé au marchand, et me voilà maintenant prisonnière d’un pareil démon. » Puis, s'adressant au rustre : « Berger, » dit-elle « moi aussi, je suis venue ici par amour pour toi. » Il reprit : « Viens, causons ensemble, car nous
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITE
sommes vraiment bien assortis. » Elle, répondit : « Jeune homme, il ne faut pas que nous désobéissions à la loi du Prophète et que nous soyons rebelles envers Dieu. Allons, emmène moi chez toi, et fais venir le cadi pour conclure le contrat. Et quand la nuit viendra, nous dormirons enlacés. —
Soit ! ♦ s’écria le berger et, ouvrant les bras, il se mit à gambader. Il prit les devants et la princesse le suivit en disant :
« Seigneur, tu es tout puissant ; parmi les épines croissent pour moi des roses étonnantes. Tu es omniscient. Que vaisje devenir ? Comment pourrai-je échapper au pouvoir de ce diable du désert ? »
Bref, le berger courait en avant, puis revenait sur ses pas en bondissant comme un ànon, et se frappait la poitrine en criant : « Je suis ton homme. » Il arriva ainsi chez lui et héla sa mère : « Ohé ! la mère, j’ai amené une femme qui me convient. » La vieille sortit de cette cabane toute noire, et. enchantée de voir cette jouvencelle pareille à la lune au quatorze du mois !l, elle lui dit : « Que je sois ton sacrifice !
Ma chère bru. D’où viens-tu ? » 10
La princesse vit apparaître une vieille revêtue d’une chemise en lambeaux dont on ne savait plus la couleur, et coiffée d’une guenille. Ses cheveux lui pendaient sur les lobes des oreilles, son teint avait jauni sous l'action de la fumée, ses dents étaient pareilles aux crocs du sanglier qui heurtent et tiraillent toutes choses, ses pieds semblables à ceux du chameau ; l’étrangeté de ses formes valait celle de sa couleur.
La princesse se dit : « Après des tribulations sans nombre et des malheurs infinis, j’ai fait un singulier mariage et j’ai déniché une drôle de belle-mère. » La vieille lui dit en turc :
« Viens, tu es la bienvenue. Ton arrivée me cause du plaisir.
Entre. » Elle prit la princesse par la main, l’introduisit dans
cette hutte enfumée et continua, toujours en son patois : f,,l , -
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITE
« Tu as foulé du pied le sol de ma demeure. Tu es la bienvenue, tu apportes le plaisir. Je m’incline devant toi. Je ne sais pas le persan. »
La jeune fille parcourut des yeux le logis. Dans un coin, elle distingua un demi-sac de farine d’orge, un chaudron ébréché, deux vases de bouillie de porc brisés. Au milieu, elle vit un peu de lait tout souillé de laine et de poil, et deux chiens couchés sur de vieilles guenilles. Il y avait aussi une amphore dont une oreille était cassée, un tas de laine et de poil, un plat fendu réparé avec de la colle et souillé par les porcs. La vieille courut, frappa les chiens pour les chasser, secoua les haillons et les jeta près de la jeune fille en l’invitant à s’asseoir dessus. La princesse lui dit : « Mère, j’ai grand faim. » La mégère se leva, retroussa son pantalon et alla chercher un vase de lait et un pain d’orge qu’elle jeta devant la jeune fille. Mihr Bânoû vit que son pain était encore plus noir que la masure, tellement qu’on n’aurait pu dire s’il était vraiment pétri avec de l’orge. La vieille l’invita à manger. Le berger lui dit : « Mère, étends d’abord notre couchette. * La princesse pensa : « Singulière destinée que la mienne ! » puis s’adressant à la vieille :
« Ton fils a laissé vaguer dans la plaine les moutons d’autrui, et le loup va les dévorer. Dis lui qu’il aille d’abord les rechercher et les remette à leurs propriétaires, après quoi nous mangerons avec lui. » La vieille injuria son fils, le tança d’importance, et l’envoya rechercher ses moutons. Il alla les rassembler, et les ramena à grands coups. Or, le soir n’était pas encore proche, et les propriétaires des moutons furent stupéfaits de voir revenir leurs bêtes et se dirent : « Ce berger est devenu fou ! » Ils lui demandèrent pourquoi il rentrait de si bonne heure. Il ne répondit rien et se borna à rire béatement.
Cependant Mihr Bâtioù s’allligeait et disait tout bas :
Gougl
le
Original from
CORNELL UNIVERSITY L
« Seigneur, comment pourrai-je échapper à cette peine et revoir mon bien-aimé pour lui raconter mes malheurs ? » puis elle déplorait sa captivité. La vieille lui dit : « Allons! ma bru, pourquoi pleures-tu ? Je ne permettrai pas que mon fils t’adjoigne une autre épouse. Ne pleure pas: tu aurais beau parcourir tout le canton, tu n’y trouveras pas un gars comme mon fils, et toute cette maison avec son mobilier lui appartient, sans que personne ait rien à y dire. »
Sur ces entrefaites, le berger rentra. Le soleil était couché. « Hé! mère, » s’écria-t-il, * fais vite, étends la couchette, que nous causions ensemble. * La mère lui répondit : « Mon fils, je mettrai cette nuit ta fiancée sur ton sein, mais pour le moment, va toucher ton salaire, pour que nous n’ayons pas faim demain matin. » Le berger injuria sa mère et luidit : * Ce soir, je n’ai aucune envie de manger. Ce que je veux, c’est mon épouse. * Et la vieille d'insister, et son fils de s’obstiner, répétant : « Cela ne me plaît pas. Etends notre couchette, car il fait nuit » La vieille apporta un vieux lambeau de toile à sac qu’elle étendit par terre et recouvrit ensuite d’une paillasse, et dit au rustaud : « Va te coucher. » Son fils ordonna : « Apporte mon coussin. » Elle obéit et la princesse la vit bientôt revenir avec une peau de veau qu’elle bourra de paille et jeta au chevet du grabat, en disant à la jeune fille : « Allons ! couche-toi. » Le pâtre accourut. 11 avait à la taille une corde de chanvre qu’il détacha. Puis il enleva le châle dont il était revêtu, l’entortilla avec sa ceinture, et se coucha tout déshabillé en disant à Mihr Bânoù : « Arrive, et mets le coussin sous ta tête pour ne pas te faire de mal »
La pauvrette demanda une aiguière, sous prétexte qu’elle voulait sortir pour se purifier. La vieille se leva et remplit d'eau une cruche félée qu’elle donna â sa bru.
La princesse sortit. Par bonheur, les ténèbres étaient très
Original from
CORNELL UNIVERSITE
épaisses. Elle supplia le Seigneur de la secourir en cette extrémité, et s’aventura dans le désert. Elle marcha jusqu’à minuit, regardant derrière elle à tous moments de peur du berger et, quand la lassitude l’accablait, elle implorait le fol i6 A ^'r^s Haut : « Ô Seigneur, pour l’amour du prophète de Dieu, pour l’amour d' Ali fils d’Abou Tàlib, délivre-moi de cette peine, fais que je revoie encore le visage du prince. » Cependant le berger et sa mère attendirent un instant, et, ne voyant pas rentrer la jeune fille, s’élancèrent dehors. Mais ils eurent beau courir de tous côtés et pousser des cris d’appel, ils ne la retrouvèrent pas. Le berger rentra chez lui, se rhabilla, et aussitôt, sans attendre le jour, il s’élança dans le désert à la recherche de la bien-aimée.
La princesse, après avoir cheminé toute la nuit jusque bien avant dans la matinée, finit par s’effondrer, épuisée, dans la poussière, et se résigna à la mort. « Qu’il est triste », disait-elle, « de périr ainsi dans le désert buveur de sang, sans avoir réalisé mon idéal. Et le prince n’aura pas connu mes malheurs, il n’aura pas su quels tourments j’ai endurés pour l’amour de lui, comment j’ai risqué ma vie pour lui garder ma foi. » Puis elle récita ces vers :
« Hélas ! je n’ai pas goûté au fruit de ton cœur, ô mon bien-aimé. Va dire à mon perfide amant ma triste situation. » Dis lui : « J’ai enduré pour l’amour de toi d'innombrables avanies. Hélas ! je n’ai pas goûté au fruit de ton amour, ô mon bien-aimé. »
Enfin, elle fondit en larmes et s’affaissa.
Soudain une voix parvint à son oreille : « Que ton matin soit sanctifié ! La bénédiction des anges est sur toi. *
La princesse ouvrit les yeux et aperçut un vieillard habillé de vert, au front ceint d’une auréole. Il s’approcha, la prit par la main et lui dit : « Lève- toi, tu ne tarderas plus à être au comble de tes vœux ». Mihr Bânoù se leva précipi-
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITE
tamment et salua l’apparition. Le vieillard s’avança, la jeune fille fit quelques pas à côté de lui, puis son guide devint invisible. Elle gravit un monticule et aperçut à quelque distance une colline. La voix du vieillard lui ordonna : « Monte en haut de cette colline. »
Elle obéit, et distingua au loin, de l’autre côté, la tache noire d’une grande ville dont les tours et les donjons s’élevaient jusqu’aux cieux, et d’où sortait en désordre une foule de gens. Chacun tenait un oiseau en main et avait les yeux fixés sur un faucon blanc qui volait dans les airs. La jeune fille était arrêtée, absorbée par ce spectacle quand, sur l'ordre de Dieu, le faucon vola vers elle et vint se percher sur sa tête. Elle étendit le bras et le prit. Tout à coup, tous ces gens se dirigèrent au pas de course vers la princesse, la saluèrent et la comblèrent d’égards, en lui disant : « Belle dame, te voilà devenue notre reine. - Et pour quelle cause?» demanda-t-elle, « m’avez-vous élue votre souveraine ? »
Ils répondirent : « Notre roi est mort. Or, la coutume de notre pays veut qu’au décès de notre souverain, nous lâchions un faucon et que nous prenions pour régner sur nous la personne sur la tête de qui il va se percher. Et voilà comment tu es devenue notre reine. » La princesse, enchantée, dit de dresser une tente en cet endroit même. On obéit.
La nouvelle reine s’assit et demanda : « Quel est le vizir ? » Sur le champ le vizir vint lui offrir ses services. Elle demanda ensuite : « Et quel est le vèkil ? » Lui aussi se présenta devant elle. Bref, elle manda tous les émirs, vizirs et grands personnages et se les concilia par des paroles bienveillantes. Elle ordonna que chacun prit place au rang que lui assignait l’étiquette, puis, ayant tait quérir une litière, elle s’y installa et s’achemina vers sa capitale. Arrivée à proximité de la 'grand' place, elle appela le vizir et lui dit : « Fais ériger au bord de cette place un bâtiment carré, de dimensions mo-
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITE
fol. 16
destes, peint en blanc à l’intérieur et à l’extérieur ». Puis elle se rendit au palais royal et ordonna de construire, dans le parc du harem, un palais avec une grande salle où trente personnes pussent prendre place, et d’y établir une estrade garnie de cinq stalles. Ces ordres furent exécutés, et elle rendit la justice et se conduisit de façon à contenter ses sujets. Les deux édifices furent achevés en quelques jours.
Quand on vint annoncer à la reine que le monument donnant sur la grand’ place était terminé, elle s’y rendit la nuit et, sur les quatre murs extérieurs, elle peignit son portrait avec des vêtements de même couleur que ceux qu’elle portait quand elle était sortie de chez elle. Elle appointa un gardien qui avait pour mission d’introduire auprès d’elle tout voyageur qui, à la vue de cette maison, demanderait des renseignements sur le portrait qui l’ornait, ou pleurerait à son aspect. Puis, un jour, la princesse fit ouvrir les portes du trésor et partagea ses richesses aux indigents, aux seyyides 11 et aux derviches marchant dans la voie divine, dans l’espoir que le Très Haut lui accorderait un jour la joie de revoir le prince.
Or, le narrateur raconte que le berger amoureux, dans ses recherches, fouilla tous les coins de la plaine et de la montagne jusqu’à ce qu’il arriva un jour dans la ville en question. 11 vit le portrait, le reconnut et s’empressa de demander où en était l’original. Les gardiens du monument le prirent et le firent comparaître devant leur reine. Cachée derrière un rideau, Mihr Bânoû reconnut le berger et se dit en ellemême : « Ce fils de moricaude ne renonce donc pas à ses poursuites.» Elle ordonna de l’emmener et de veiller à ce qu’il ne put s’échapper. On le ligotta donc et on l’emprisonna.
Quelques jours écoulés, le marchand, chef de la caravane, arriva à son tour dans cette ville. Lui aussi aperçut ce portrait, le reconnut et demanda où était l’original. Lui aussi,
CORNELL UNIVERSITE
on l’empoigna et on le conduisit devant la jeune reine. Elle ordonna également de remmener et de le mettre en lieu sûr.
Quelque temps après, le scélérat de nègre passa par ce même endroit, vit le portrait et s'écria : « Hé ! braves gens, faites-moi donc voir l'original. * On le saisit et, non sans le rouer de coups, on le traîna devant Mihr Bànoù, qui, le reconnaissant de derrière son rideau, pensa : « Oue désormais mon cœur cesse de s’affliger, car mes pires ennemis sont en mon pouvoir. » Elle les fit tous jeter au cachot sous la garde des geôliers.
Quelques jours après, ce fut au tour de Hàni de venir échouer dans la ville. A la vue du portrait, il se mordit le doigt se disant : « Comment ! la princesse est arrivée dans cette ville ! Elle serait devenue reine et aurait tracé cette peinture comme indice de sa présence ici ? » Comme il était à regarder tout ébahi, on mit la main sur lui et on l’emmena devant la reine, qui le reconnut dès qu’elle le vit et le fit conduire chez un bon mihmândâr 1:1 avec ordre de le bien traiter.
Mais écoute quelques mots relatifs au prince Mèlik Ali. Après bien des pérégrinations, il rencontra la caravane dont le chef était parti à la recherche de Mihr Bànoù, et les voyageurs lui racontèrent l’équipée du marchand amoureux. Alors, le prince se dirigea vers la ville où était sa bieti-aimée. Arrivé sur la grand’ place, son regard étant tombé sur le portrait, il poussa un soupir et perdit le sentiment. Quand il revint à lui, il demanda : « Qui a tracé ce portrait ? » Pour toute réponse, on le sâisit et on le transporta au palais. La princesse le reconnut, abritée derrière le rideau, et faillit mourir d’émotion à ce spectacle. Que voyait-elle, en effet ? Les joues de l’aimé bronzées par l’ardeur du soleil, et les larmes coulant de ses yeux. Sur le champ, elle ordonna de le
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITE
fol. 17 A
mener au bain, de l’y laver, de le masser, de le frotter, pour le débarrasser de toutes les impuretés accumulées. On fit le nécessaire à cet effet. Puis elle lui envoya tout un équipement royal dont on le revêtit, après quoi on l’amena au palais avec les plus grands honneurs.
Elle le fit héberger dans le pavillon érigé dans le parc, avec ordre de l’y combler d’égards. Elle commanda aussi de placer le nègre dans l’une des cinq stalles mentionnées plus haut, et les quatre autres individus arrêtés dans les quatre autres. Elle vint à son tour, fit dresser un trône et suspendre uu rideau, et fit mander le vizir, le vèkîl et les grands personnages, afin que le prince , Hàni , le nègre, le marchand et le berger pussent entendre tout ce qu’on dirait. Or, on 11e savait quel était le dessein de la reine.
Elle ordonna de";faire sortir Hàni de la cellule où il était relégué et lui demanda, cachée derrière le rideau : « Jeune homme, quel est ton nom ?» Il répondit : « On m’appelle Hânî le peintre. » Quand le prince entendit la voix de Hàni, il voulut l’appeler et ne se retint qu'à grand’ peine. La princesse continua : « Hàni, raconte-moi tes aventures et fais-moi savoir comment tu es arrivé ici. » Hânî narra fidèlement ses tribulations et celles du prince, puis il se mit à soupirer et à déplorer le sort de son jeune maître. La reine ordonna de reconduire Hàni dans son appartement et de faire comparaître le nègre.
Elle lui ordonna: « O noir, raconte-moi tes aventures. » 11 obéit. Mihr Bànoû reprit : « Et est-ce que cette jeune fille avait de l'inclination pour toi ? Non,» répondit- il. «Dans ce cas, » reprit-elle, « pourquoi l’as-tu ainsi séparée de son compagnon ? » Puis elle continua l'interrogatoire : « S’est-il passé, en route, quelque chose entre elle et toi ?» Il répondit de nouveau par la négative. La princesse ordonna de le
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITY
battre comme plâtre, de le rejeter clans son cachot et de bien verrouiller la porte.
Puis ce fut le tour du marchand qui, sur l’ordre de la reine, raconta son équipée. Il jura que sa main n’avait pas touché celle de la jeune fille et que c'était même pour cette raison que, affolé par la passion, il avait abandonné ses biens et sa famille. Mihr Bànoù ordonna de le reconduire dans sa chambre.
Ensuite elle fit venir le berger. Lui aussi raconta en détail son histoire et prêta serment que sa main n’avait pas touché celle de la jeune fille. « Elle a détruit la paix de mon foyer et c’est pourquoi, perdant la tète, je suis arrivé dans cette ville. *
Enfin, elle se tourna vers le prince, et, toujours cachée par le rideau, elle demanda : « Et toi, jeune homme d’où es-tu ? Il répondit : «Je suis Mèlik Àlî, filsd’Adil Chah. Les vicissitudes de la fortune et la peine que j’éprouvais de l’absence de ma bien-aimée m'ont amené dans cet endroit. Je déclare que je considère comme un frère ce cher et dévoué Hâni.» Alors la princesse reprit : « Prince, cesse de t’affliger. Je suis Mihr Bànoù, ta fiancée. » Le prince l’entendit avec étonnement. La reine dit alors, s’adressant à sa cour : « Bonnes gens, sachez que ce prince est mon fiancé et a bien souffert pour parvenir jusqu’à moi. Si vous y consentez, qu’il soit votre roi, et moi je me retirerai dans la vie privée. Si non, à vous de décider. » Les grands répondirent : « Nous vous félicitons tous deux. Que Mèlik 'Ali soit notre roi »
Pour terminer, la princesse ordonna de brûler vif le nègre, de renvoyer chez lui le marchand après lui avoir donné une forte somme d’argent, et de rendre le berger aux travaux du pâturage. Elle même se retira au harem, et s'unit légitimement à Mèlik ’Àlî par les liens du mariage. Les noces durèrent sept jours et sept nuits. On illumina la ville. Enfin les deux amoureux purent arriver à leur but.
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITE
La jeune fîlle adressa à Dieu ces vers : « Mille actions de grâce pour avoir revu, selon mon désir, l’ami de mon cœur. Mais comment pourrais-je te remercier dignement, ô Souverain plein de bonté pour tes serviteurs ? »
Les deux époux prirent Hàni pour vékil et vécurent en paix, dans l’exercice du pouvoir. Peu après, le prince écrivit à son père pour lui narrer ses aventures. Le vieux roi, aussitôt, monta à cheval et se mit en route. Son fils alla au devant de lui, ils passèrent ensemble quelques jours, puis chacun retourna dans sa capitale. Cette histoire perpétue leur mémoire, et la morale en est qu’il faut, autant que possible, ne faire de mal à personne, sous peine de subir un châtiment mérité.
P-t salut à qui suit la bonne direction !
Gougle
Original from
CORNELL UNIVERSITE