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Cette histoire se compose de trois contes, qui se retrouvent séparés dans le recueil de Caylus.
L’introduction, c’est l’aventure de Moradbak, légèrement modifiée (Bibl. arabe , t. VI, p. 95, n° 259.)
Viennent ensuite les aventures du Portefaix ( Ibidem , p. 146, n° 3o4), que notre auteur suit assez fidèlement, sauf en deux points : les disgrâces du héros n’ont pas pour cause sa paresse, mais proviennent de ce qu’il a négligé de remercier Dieu de ses bienfaits. Puis ses exploits, narrés d’ailleurs avec plus de détails, n’ont pas pour objet les Guèbres, mais les Grecs et, ici, l’on retrouve, semble-t-il, un reflet plus ou moins vague de l'histoire d”Oumar al Nou'mâne (Bibl. arabe, t. VI, p. 112, nu 277.) Ne pouvant vaincre le héros, tes Grecs recourent à un stratagème classique dans la littérature persane : ils le font tomber dans un fossé qu’ils ont eu soin de dissimuler sous des fascines ; ainsi sont morts Rustemet Zewareli (Mohl, Livre de Rois, t. TV, pp. 573 et suiv.) ; ainsi encore Pirouz (Mohl, t. VI, pp. 77 et suiv.)
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Une troisième partie, qui est un voyage d’aventures, est amorcée par le dernier épisode du conte du Portefaix, sa lutte contre le taureau noir. C’est le voyage de Saïf al mouloûk. Mais c’est moins la forme donnée par Caylus ( Bibl . arabe, t. VII, p. 72) que celle des Mille et une nuits. Là se retrouvent l’épisode des singes (ibidem, p. 67), complété ici par une histoire de mariage ; celui du vieillard aux jambes de lanières (p. 68) et l’aventure de Polyplième (p. 69.) Chose curieuse! On rencontre ici l’épisode du mouton grâce à la peau duquel le héros parvient à s’échapper: or cet épisode ne figure ni dans Saïf, ni dans son prototype, qui est le troisième voyage de Sindbad (p. i5.)
A remarquer assez bien de traits folkloriques. Deux fois il est question de raser une maison. (N° 4-K — Le conte doit faire rire et pleurer. (Bibl. arabe, t. V, pp. i35 et 295.) — Le conteur, longtemps retenu en prison, doit d’abord se refaire avant de pouvoir comparaître devant le tyran (t. VIII, pp. i33-i34.) — Si la péri s’intéresse au jeune homme, c’est qu’elle est née le même jour et au même lieu que lui (t. Vil. pp. 67 et 73.) — Deux fois Mahomet guérit par sa salive. — Le héros fait la charité en distribuant gratuitement de l’eau à ceux qui sont altérés. (Journal asiatique , 1896, t. I, p. 160.) — Pour cacher un joyau, on se fait une incision dans la jambe. — On se rend maître d’une péri en lui enlevant sa robe (t. VII, p. 37.) — Le héros n’a confiance que quand on lui fait un certain serment. — Comme au n° 4, la mère jette ses enfants à un lion et à un loup. — Transporté par un génie, on ne doit pas prononcer le nom de Dieu (t. VI, p. 106.) — Poursuivi, le héros crée des obstacles magiques. (Reoue des traditions populaires, t. XVI, pp. 223 et 537.)
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io. Le griffon.
Ce conte existe en arabe, en persan et en turc.
De la forme arabe, on savait seulement qu’elle se rencontre dans deux manuscrits du Kalîlali (‘). Depuis, nouB l’avons trouvée dans l’histoire des prophètes par Ta’labi ('-), édition de i32i, pp. 167-169.
C’est la version turque qui a d’abord été connue en Occident, par le livre de Caylus (3). Cette traduction, mise en allemand, a paru dans le t. IX du Tausend und ein Tag, pp. 100 et suiv. Elle a été utilisée par Wieland pour son Dschinnistan (t. III ou édition Herapel, t. XXX, pp. 333-339), par Hartmann ( Arabische Perlenschnur, t. I, pp. 84-100) et par l’auteur des Màrchen fiir Kinder und Nichtkinder. (Riga, Hartknoch, 1796.)
Cette forme, très semblable à la forme arabe, est plus simple que la version persane conservée dans le manuscrit n° 1255 de la Bibliothèque de la Compagnie des Indes à Londres et dans notre manuscrit de Berlin. Le conte du manuscrit n° 1255 a paru en anglais dans VAsiatic Journal ; cette traduction a été mise en français en 1840 et publiée dans la Revue britannique, 4e série, t. XXX, pp. 35i-37i. Le manuscrit de Londres et celui de Berlin ne semblent guère différer.
Il est visible que la version persane est plus récente
(') Dk Sacy. Xoiices et extraits des manuscrits, t. IX, I, p. 4<ii. — BKNKEY, Pantschatantra, t. I, p. 073. — Bibl. arabe, t. II, p. 102, n° Ü3.
(*) Mort en io3G. Voir Brockki.mann, Gcschichle der arabischen Litteralur, t. I, p. 3ôo.
(*) Bibl. arabe, t. VI. p. 25), n" 201,
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que les deux autres : dans celles-ci l’histoire ne comprend qu’une seule donnée logiquement développée; l’autre, au contraire, est allongée par l’insertion de quatre histoires, qui sont absolument étrangères au sujet véritable.
i° Il y a d’abord un groupe d’allégories assez ingénieuses, que l’on retrouve sous une forme plus simple dans les Quarante Vizirs, de la traduction de Behrnauek ou de celle de Gibb. L’anteur persan joint, par exemple, à l’allégorie des boucliers (n° io de la traduction, celle des deux cuisines (n° n), c’est-à-dire qu’il a répété le même trait, évidemment dans le but d’amplifier son modèle.
Pour des allégories de ce genre, voir Bibl. arabe, t. VIII, pp. 160-161, n° 168. — Mohl, Livre des Rois, t. V, pp. 88 et suiv. — Basset, Contes berbères, pp. 64- 68 et 174. — Monteil, Contes soudanais, pp. 106-109. — Lissauer, Zeitschrift fur Ethnologie, 1908, pp. 533- 535 (conte Kabyle). — Gonzenbach, Sicilianische Màrchen, t. II, pp. 257-259. — Bibl. arabe, t. VII, p. 53. — Basset, Les Apocryphes éthiopiens, nu XI, p. 3.
2° Vient ensuite l’histoire dos vieillards dont la force et la santé sont en raison inverse de leur âge. Cette historiette n’est pas nouvelle ; mais, ici, elle est motivée un peu autrement et, nous semble-t-il, plus ingénieusement. (Bibl. arabe, t. VII, p. 61).
3° La troisième addition est l’amplification du conte bien connu du procès pour le trésor trouvé par un acheteur dans l’immeuble qu’il acquiert. Ce conte se retrouve chez les Juifs et le x*oi mis en scène est
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Alexandre le Grand1 2. Chez les Arabes, c’est Kisrâ (Anoûchirwâne) qui est le héros *. « Le roi Kisrâ, dit Qalyoûbi, était le plus juste des rois. On raconte qu’un homme acheta d’un autre une maison. Il y trouva un trésor et, se rendant chez le vendeur, l’informa de la chose. Le vendeur lui dit : « Je t’ai vendu une maison, n’y connaissant pas le trésor ; s’il y en a un, il est à toi ». Mais l’acheteur répondit : « Il faut absolument que tu le prennes, car il ne rentre pas dans ce que j’ai acheté ». La discussion s’étant prolongée, ils portèrent le différend devant le roi Kisrâ. Là, ils exposèrent l’affaire du trésor. Le roi baissa longtemps la tête, puis il demanda s’ils avaient des enfants. « Un fils pubère », dit le vendeur. « Et moi, dit l’acheteur, j’ai une fille nubile. » «Je vous ordonne, dit Kisrâ, de les marier pour qu’il y ait entre eux union et alliance, et d’employer le trésor à leur avantage. » Ce qu’ils firent, pour obéir à l’ordre du roi. 3 »
4° Il y a enfin l’histoire Le bœuf et l’âne, qu’on trouve dans les Mille el une nuits et que le compilateur persan a moins bien racontée. (Hibl. arabe , t. V, pp. 179-180, n° 104. — Kamfffmeyek, Südalgerische Sludien , dans Mitteilungen des Seminars f. Or. Sprachen, t. VIII, 2, pp. 23i-235).
Notre conte existe-t-il dans l’Inde ? A notre connaissance, aucune collection ne le donne. Mais chez les Jaïnas, on trouve une histoire qui est au moins le germe de la nôtre. Voir Alb. Weber. Ueber das
1 Wünsche, Midrusch bereschit. p. i43et Midrasch W'qjikra,
2 Qai.yoûbi, édit. Calcutta, i85G, p. 3i.
3 Voir aussi Notices el extraits, t. XXXIV. 1, pp. 42G-428. — Bresnier, Anthol. arabe, p. 7G.
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Campakaçreshthikathànakam , die Gesehichte vom Kaufmann Campaka. Dans Sitzungsberichte der kôniglich Preussischen Akademie der Wissenschaften zu Berlin, i883, p. 572 et suivantes. — Ce passage de Weber en français dans le Muséon, n. série, t. VI, pp. 87-90.