LE PRÉSENT DE LA FEE
(92) Le texte et la transcription de ce conte qui m'a été communiqué à Frendah en i883 par Ould Tedjini, ont été publiés dans la troisième Série de mes Notes de lexicographie berbère (p. 73, 76-77).
(g3) Dans les traités de démonologie musulmane, on appelle "If rit les génies qui enlèvent les femmes (h)l Abchihi, Aiostafref, t. II, p. 161). La métamorphose de la cendre en pièces de monnaie, se rencontre fréquemment dans les diverses littératures : quelquefois ce sont des pierres, des charbons, de la paille, des débris de plats à la place de la cendre. Cf. un conte lorrain : le Fiove doit père Chaldt : pour avoir gardé la vache des fées, il reçoit une pelletée de braises qu'il jette; un seul morceau resté par hasard, devient un louis d'or (Adam, Les patois lorrains, p. 408- 409). Dans un conte de Bendorf, une jeune fille, après avoir essayé en vain d'allumer du feu pen-
dant la nuit, emprunte à trois reprises des charbons incandescents au foyer de trois inconnus qui disparaissent sur le coup de minuit. Les charbons s'éteignent, et le lendemain ce sont des lingots d'or (Gottschalck, Die Sagen und Volksmœrchen der Deutschen, p. 17-22. Sommer, Sagen, Mœrchen und Gebrœuche aus Sachsen, p. 65). La môme histoire est contée à Wiedenbrûch en Westphalie où une servante, sans voir personne, reçoit la défense de prendre plus de trois fois des charbons merveilleux Stahl, (Westphœlische Sagen und Geschichten, t. I, p. 119). D'api es un conte recueilli à Halle, un tailleur et un orfèvre reçoivent d'un vieux kobold qui leur a rasé les cheveux et la barbe, des charbons qui, le lendemain, sont devenus des lingots d'or : en même temps, leurs cheveux et leur barbe ont repoussé. L'avidité excite l'orfèvre à retourner à la même place; le kobold le rase-et lui donne des charbons qui n'éprouvent aucune métamorphose : bien plus, l'or de la veille redevient du charbon et l'orfèvre reste chauve (Sommer, Sagen, Mœrchen und Gebrœuche aus Sachsen, p. 67). A Weisjingen, en Souabe, le même miracle s'opère (E. Meier, Deutsche Sagen, Sitten und Gebrœuche aus Schwab en, t. I, p. 59). Dans d'autres légendes, ce sont des pierres : D'après les Persans, Alexandre (Dzou'l Qarnain), après avoir échoué dans la recherche de l'eau de la vie, rencontre dans le pays des Ténèbres l'ange Serouch qui lui remet, ainsi qu'à ses soldats, des pierres grandes
comme une obole. Lorsqu'ils reviennent à la lumière, ils trouvent ces cailloux changés en pier-
res précieuses (Vogelstein, Adnotationes quœdam ex litteris orientalibus petites ad fabulas quœ de Alexandro ma g no circumferuntur, p. 17). Le pseudo Callisthèue rapporte la même aventure' mais sans *faire intervenir l'ange (Weismann Alexander, Gedicht des \woelften Jahrhunderts, t. II, p. 1 35-i37). A Friedringen, sur le Danube, ce sont des pierres ramassées dans les ruines d'une ville antérieure à la guerre de Trente-Ans, qui deviennent de l'or (Meier, Deutsche Sagen* Sitten und Gebrceuche aus Schvaben, t. I, p. 49). Un conte allemand, recueilli à Holfta, prèsd'Eisleben, met en scène l'empereur Otton dans le Kifthasuser : il donne un rameau à chacun des musiciens qui lui jouent une sérénade : ceux-ci jettent le présent, à l'exception d'un seul qui trouve, le soir même, son rameau changé en or; ses compagnons essaient, mais inutilement, de retrouver les leurs. Un berger qui parvient à pénétrer dans la grotte reçoit des charbons qui se transforment en or ; un autre obtient une quille qui subit la même transmutation (Sommer, Sagen, Mœrchen und Gebrceuche aus Sachsen, p. 1). Près des ruines du château de Hohenkraehen, en Souabe, deux apprentis qui ont joué aux quilles avec des « Poppele » et perdu tout leur argent, trouvent, en s'en allant, une boule égarée du jeu, laquelle devient d'or massif (Meier, Deutsche Sagen , Sitten und Gebrœuche aus Schwab en, t. I, p. 77). Dans un conte de l'Amiénois, le Dimanche on ne doit pas travailler, recueil. i par M. Carnoy, un bûcheron qui a rompu l'enchantement des nains en achevant la
chanson qu'ils chantaient, reçoit en récompense un sac de feuilles sèches qui se changent en éçus d'or quand sa femme les a aspergés d'eau bénite (Mélusine, t. I, p. 239-240). De même en Allemagne, la sage-femme qui a délivré la femme d'un nixe, obtient pour son salaire autant de balayures qu'elle en peut porter; ces ordures se transforment ensuite en or (Kùhn, Mœrkische Sagen, p. 81 ; Mùllenhof, Sagen aus Schleswig, Holstein und Lauenburg f p. 407 ; Wolf, Deutsche Mœrchen und Sagen, p. 80). Dans la version arabe d'un conte berbère que j'ai donné plus haut (n° XXIV), trois jeunes filles assassinées qui apparaissent à un joueur de guitare lui laissent, comme salaire, des écorces d'orange qui, le lendemain, deviennent des pièces d'or, des perles et des diamants (Bresnier, Cours de langue arabe, p. 607). Dans la forêt de Tippelsdorf, ceux qui, après avoir rencontré des religieuses, coupent de l'herbe, la voient se changer en serpents; s'ils les tuent et les rapportent à la maison, ils trouvent de l'or. Pareille métamorphose existe en Saxe pour des navets froids comme glace et découverts sous l'herbe (Sommer, Sagen, Mœrchen und Gebrœuche aus Sachsen, p. 67). Une primevère cueillie par un berger d'Eibensbach qui la met à son chapeau, devient pareillement de l'or. 11 y a ici un jeu de mots sur* le nom de la fleur (Schlûssel-blum,- fleur-clef) qui doit servir à désenmorphoser des êtres ensorcelés (Meier, Deutsche Sagen , Si tien und Gebrœuche aus Schwaben t t. I, p. 37). Des tiges de pois, à Dornhein, ont la même propriété (Meier, Op. laud., p. 62);
à Kiebingen, près de Rotenburg, il s'agit de grains d'orge (Meier, Op. laud., p. 5i); près de Mûhlheim, sur le Danube, une pauvre femme cueille des feuilles qui se changent en or (Meier, Op. laud., p. 4D-5o). De même à Kalw (Meier, Op. laud , p. 5o). Le plus souvent, c'est de la paille ou un brin de paille qui est ainsi transmuté : dans un conte recueilli à Pfûllingen, trois brins de paille renfermés dans une boîte sont la récompense d'une sage-femme qui a accouché une fée dans le château d'Urschelberg. Comme dans presque tous les récits de ce genre, la sagefemme jette deux des brins de paille : le troisième, qu'elle a gardé par mégarde, se change en or. Dans une variante du même récit, les trois brins sont renfermés dans trois lettres (Meier, Op. laud., t. I, p. 16-18). Une a petite femme de la terre » (Eriweible), près de Loffenau, attache au chapeau d'un individu un lien de paille qui se change en or quand l'homme rentre chez lui (Meier, Op. laud., t. I, p. 46). Près du lac de Heitzenbach en Souabe, une sage femme qui a aidé à la délivrance d'une ondine, reçoit pour prix de ses services de la paille qu'elle jette ensuite, sauf un brin qui reste atttaché après elle et qui devient de l'or (Meier, Op. laud., t. I, p. 68). Un bourgeois de Forbach, dans le pays de Bade, qui a accompagné une ondine sortie du lac Mummel, obtient comme récompense une tresse de paille qui se transforme de même (Meier. Op. laud , t. I, p. 71). A Eybach, en Souabe, un enfant qui a osé se faire descendre dans la grotte des fées est également gratifié
d'une poignée de paille qui se change en or quand il revient à la lumière (Meier, Op. laud., t. 1, p. 21). A Rotenburg, une poignée de paille trouvée par un enfant devient de l'argent (Meier, Op. laud., p. 52). Des débris de vaisselle, ramassées à Wûrmlingen, devant une cave où habite un serpent à couronne d'or, se trouvent être des morceaux d'argent (Meier, Op. laud. y t. I, p. 28-29) : deux morceaux de tôle placés sur une fourmillière, sur le mont Ursche), près de Pfûliingen, ont la même propriété (Meier, Op. laud.» 1. 1, p. 5o). Dans le Tyrol, on raconte la même métamorphose de quelques morceaux de fer blanc, 'mais la jeune fille qui les avait trouves était entrée à l'église le jour de la Saint-Jean (Von Alpenburg, Mythen und Sagen Tirols, p. 332), etc.