‹ Contes populaires berbères, recueillisChapitre 99 sur 122 · LE TRÉSOR DE *ASLA · texte numérisé non relu

LE TRÉSOR DE *ASLA

(87) J'ai publié dans mon Recueil de textes et de documents relatifs à la philologie berbère (Bulletin de Correspondance africaine , i885, p. 389-390) le texte et. la transcription de ce conte qui m'a été communiqué, en i883, à Frendah, par Ould Tedjini.

(88) Asla, qs'ar du sud oranais, à 14 kilomètres S.-O. de Chellala et 40 kilomètres N.-E. de Tiout, est une petite oasis d'un kilomètre de longueur, renfermant 400 habitants; elle est traversée par une rivière nommée Bou Ghara, un des affluents de l'Oued Melah. On y voit les qoubbas de Sidi Ah'med el Medjdoub, Sidi Toumi.Sidi Moh'ammed bou Semah'a et Sidi Moh'ammed Ou'l H'afian (cf. Recueil de textes et de documents relatifs à la philologie berbère, p. 3/3).

(89) Ghoundjaïa ou Ghoundjaî est une montagne qui domine Tiout et qui fait partie de la ceinture du bassin de l'O. Namous : de là sortent les sources d'El Mordj et de Mas'oiM (Daumas, Le Saharah algérien, p. 248; Dastugue, Hauts plateaux et Sahara de l'Algérie occidentale, Bulletin de la Société de géographie, février 1874, p. 128). La tradition y place la ville des Djinns et de nombreux trésors (Recueil de textes et de documents relatifs à la philologie berbère, p. 391).

(90) Le texte et la transcription de ce récit, qui m'a été conté à Cherchel en 1 885 par Moh'ammed 'Abdi, ont été publiés dans mon Recueil de textes et de documents relatifs à la philologie berbère (Bulletin de Correspondance africaine, i885, p. 317-326).

(91) Le conte de Moitié de coq existe dans diverses provinces de France avec des détails plus ou moins différents. Entre toutes, la version de la Haute-Bretagne est une des plus semblables à celle de Kabylie : une femme partage un coq avec son mari; la moitié qui lui appartient trouve une bourse d'or que le roi lui enlève ; elle se met en route pour la reprendre et emmène sous son aile le renard, le loup et la Seine. Arrivée à Paris, elle est jetée par ordre du roi dans la basse-cour, dont le renard dévore les habitants, puis dans l'écurie pour être foulée aux pieds par les chevaux : ceux-ci sont égorgés par le loup; enfin dans un bûcher qui est éteint par la Seine; le roi est obligé de rendre à Moitié de coq la bourse qu'il lui avait enlevée (P. Sébillot, Contes des paysans et des pécheurs, p. 317-321). La version poitevine de Mouété de quene (Moitié de cane) est identique à celle de la Haute-Bretagne : l'échelle et le rocher ont été ajoutés aux trois auxiliaires de la cane (P. Sébillot, Contes des provinces dé France» p. 281-289). Une autre recension {Bout de canard), mais où manque le loup, a été pu-

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bliée par M. Ch. Marelle (Contes et chants populaires français, àp. Herrig's, Archivfûr das Studium der neueren Sprachen, Brunswig, 1876).

Dans un conte du pays messin recueilli par M. Nérée Quépat (René Paquet), Moitié de coq, allant réclamer une bourse d'argent, est sauvée par l'échelle, la rivière et le loup (Mélusine, t. I, 1877, p. 181- 182). En Picardie, Coquelet (le petit coq), allant à Paris vendre une perle, s'adjoint pareillement la rivière, le renard et le loup qu'il cache sous sa queue. Un fermier lui donne l'hospitalité dans son étable; il fait dévorer les moutons par le loup ; un aubergiste le loge dans le poulailler, il fait croquer les volailles par le renard; pour punir un paysan qui le faisait coucher sous une chaise, il lâche la rivière qui noie tous les environs et arrive sans encombre à Paris (Carnoy, Littérature orale de la Picardie, p. 2 14 2 1 7) . — La version albanaise (le Coq et la Poule, Dozon, Contes populaires albanais, n° 23) est plus rapprochée du kabyle : le coq va chanter dans le jardin du roi qui le fait enfermer dans son trésor où il se gorge de sequins, puis fait le mort. On le jette dehors; il revient vers son maître qui, sur son conseil, le suspend par les pattes et le frappe à coups de bâton jusqu'à ce qu'il ait dégorgé l'or qu'il avait avalé. Une voisine veut s'enrichir de même avec sa poule; celle-ci avale des serpents sur le conseil du coq, et lorsque sa maîtresse la suspend et la frappe, les reptiles sortent et la dévorent. Diverses versions de ce conte se rencontrent chez les Slaves du sud : trois ont été recueillies par Matija Kracmann Valjavec iKrauss,

Sagenund Mœrchen der SûdSlaven, t. I, n° 26* p. 95-97, Coq et Poule). Dans celle-ci, un mari et une femme, en se séparant, se partagent tout ce qu'ils possèdent : le premier prend le coq, la seconde la poule. Elle refuse un œuf à son mari malade; celui-ci congédie le coq qui va chercher fortune : il rencontre le loup, le renard, le ruisseau, le rucher qu'il loge dans son corps, et arrivé à une ville chante une chanson injurieuse pour le roi : celui-ci le fait jeter dans l'écurie dont le loup tue les chevaux ; dans la basse-cour des oies qui sont étranglées par le renard, dans un poêle qu'éteint le ruisseau. Le coq, qui chaque fois a entonné sa chanson, est repris et mis dans la chambre du trésor, mais les abeilles empêchent les serviteurs d'en refermer les portes; il en profite pour se couvrir de ducats qu'il rapporte à son maître. La femme envieuse envoie à son tour sa poule chercher fortune; elle ne lui rapporte qu'un denier, une épingle et des cailloux : la femme va demander pardon à son mari qui se réconcilie avec elle. On remarquera que, comme le texte kabyle, la version slaye et l'albanaise possèdent la contre-partie morale du conte; la punition de l'envieuse qui croit réussir par les mêmes moyens; de même nous retrouvons dans la première les formules en vers par lesquelles le coq appelle ses alliés à son secours, sa chanson contre le roi et les paroles qu'il adresse à son maître à son retour, paroles imitées par la poule. D'un autre côté le kabyle qui a conservé, comme les recensions occidentales, le personnage singulier d'une moitié d'animal, l'explique par un par-

tage qui, dans les textes orientaux (slave et albanais), porte, d'une manière plus raisonnable, sur un coq et une poule. Le kabyle nous a donc conservé la forme la plus ancienne de ce conte : peutêtre l'a-t il emprunté à l'arabe d'où il serait également passé, par l'intermédiaire du turc, en albanais et en slave. La source immédiate des versions occidentales (bretonne, poitevine, picarde et lorraine) est plus difficile à établir.

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