‹ Contes populaires berbèresChapitre 34 sur 104 · MOITIE DE COQ · texte numérisé non relu

MOITIE DE COQ

pieds et tue'e par elles, afin d’ètre débarrassé de son chant. Les nègres s’en emparèrent et la jetèrent dans rétable pour y périr.

Lorsqu’elle y fut descendue, Moitié de Coq tira de dessous son aile le poil du chacal et le brûla dans le feu. Dès qu’elle l’eût mis près de la flamme, le chacal arriva en disant : « Pourquoi brûles-tu mon poil ? dès que je l’ai senti, je suis venu en courant. » Moitié de Coq répondit : « Voici ma situation, tire-moi de là. » — « C’est chose facile », dit le chacal, et aussitôt il glapit pour appeler tous ses frères : ils se réunirent près de lui, et il leur donna cet ordre : « Mes frères, sauvez-moi de Moitié de Coq, car elle a un poil de mon dos qu’elle a mis au feu. Je ne veux pas brûler; tirez-la de l’étable des bêtes du roi et vous tirerez mon poil de ses mains. » Aussitôt les chacals coururent à cette étable, étranglèrent tout ce qui s’v trouvait et délivrèrent Moitié de Coq.

Le lendemain, le roi trouva ses étables désertes et ses animaux morts. Il chercha Moitié de Coq, mais inutilement. Celle-ci, le lendemain, à l’heure du souper, se mit à chanter comme la première fois. Le prince appela ses nègres et leur dit : « Saisissez-là

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et jetez-là dans l’étable des bœufs pour qu’ils l’écrasent sous leurs pieds. » Les nègres s’en emparèrent et la précipitèrent au milieu de l’étable. Dès qu’elle y fut descendue, elle prit le poil du lion et le mit dans le feu. Le lion arriva en rugissant et lui dit : « Pourquoi brûles-tu mon poil? J’ai senti de ma caverne l’odeur de poil brûlé et je suis, venu en courant pour savoir le motif de ta conduite. » Moitié de Coq répondit : « Voici ma situation, tire-moi de là. » Le lion sortit et rugit pour appeler ses frères : ceux-ci arrivèrent en toute hâte et lui dirent : « Pourquoi nous appelles-tu, maintenant? *> — « Tirez Moitié de Coq de l’étable des bœufs, car elle a un de mes poils qu’elle peut mettre au feu ; si vous ne la délivrez pas, elle le brûlera, et je ne veux pas sentir l’odeur du poil brûlé pendant que je vivrai. » Ses frères lui obéirent ; ils tuèrent aussitôt tous les bœufs de l’étable.

Le lendemain, le roi vit que ses animaux étaient tous morts : il entra dans une colère telle qu’il voulait s’étrangler. 11 chercha après Moitié de Coq pour la tuer de ses propres mains : il chercha longtemps sans la trouver et revint chez lui pour se reposer.

Au coucher du soleil, elle vint à sa place habituelle et chanta comme les fois précédentes. Le roi appela ses nègres et leur dit : « Cette fois, placez-là dans une maison dont vous fermerez bien les portes jusqu’à demain : je la tuerai moi-même. » Les nègres la saisirent aussitôt et la placèrent dans la chambre du trésor. Quand elle y fut descendue, elle vit de l’argent sous ses pieds ; elle attendit jusqu’à ce qu’elle n’eût rien à craindre des maîtres de la maison qui dormaient tous, tira de dessous son aile le poil du sanglier; elle alluma du feu et l’y plaça. Aussitôt le sanglier arriva en courant et en faisant trembler la terre : il poussa sa hure qui ébranla le mur dont la moitié s’écroula, pénétra jusqu’à Moitié de Coq et lui dit : « Pourquoi brûles-tu mon poil en ce moment? » — « Excuse-moi, tu vois la situation où je me trouve, sans compter ce qui m’attend demain, car le roi veut me tuer de ses propres mains si tu ne me tires de prison. » Le sanglier reprit : « La chose est facile : ne crains pas; je vais t’ouvrir la porte pour que tu puisses sortir ; en vérité, tu es assez restée ici. Lève-toi, va prendre de l’argent en suffisance pour toi et tes enfants. »

Moitié de Coq obéit; elle se roula dans l’or, emporta tout ce qui s’attacha à ses ailes et à ses pattes et en avala jusqu’à ce qu’elle fut rassasiée.

Elle reprit le chemin qu’elle avait suivi le premier jour, et lorsqu’elle arriva près de la maison, elle appela sa maîtresse et lui dit :

« Frappe à présent, ne crains pas de me tuer. » Sa maîtresse se mit à frapper jusqu’à ce que Moitié de Coq l’appela de dessous la natte : « Assez, à présent, roule la natte. » Elle obéit et vit la terre toute luisante d’or.

A l’époque où Moitié de Coq revint de pèlerinage, les deux femmes possédaient une chienne en commun. La sotte voyant que sa compagne avait reçu beaucoup d’argent lui dit : « Nous allons partager cette chienne. » La femme intelligente répondit : « Nous ne pourrons rien en faire, laisse-là vivre; je t’abandonne la moitié que je possède. Gardelà à toi seule : moi, je n’en ai pas besoin. » La sotte dit à sa chienne : « Va en pèlerinage ; comme a fait Moitié de Coq et apporte-moi de l’or. » La chienne se leva pour obéir à sa maîtresse : elle se mit en route le matin et arriva à une fontaine. Com,me elle avait soif, elle voulut boire : quand elle s’abaissa,

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