‹ Contes populaires berbèresChapitre 52 sur 104 · LE HÉRISSON ET LE CHACAL · texte numérisé non relu

LE HÉRISSON ET LE CHACAL

(g) Le texte zouaoua extrait du ms. n° 17, fonds berbère de la Bibliothèque nationale, a été

NOTES I 37

publiée avec la transcription dans mon Manuel de langue kabyle (Textes, p. 16-17).

(10) Si fin qu’il soit, le chacal est ici la dupe du hérisson et joue le rôle attribué au diable dans les légendes, à l’occasion d’une aventure analogue. Cf. S. Crispin et le diable, dans la Littérature orale de Picardie , par E. H. Carnoy, p 62*66 : ils s’associent pour planter des navets : le diable choisit ce qui poussera hors du sol et n’obtient que les feuilles; la seconde année, ils cultivent du blé et le démon se réserve ce qui est sous terre. Chez les Slaves du Sud, S. Sabas remplace S. Crépin : son associé et lui plantent d’abord des oignons, puis des choux (Krauss, Sagen and Mærchen, t II, n° 1 5 3). 11 est fait allusion à un marché semblable dans un conte de la Haute-Bretagne : Le Diable laboureur et marin (Sébillot, Contes des marins, p. 45). Dans Grimm ( Kinder-und Hausmcerclien, n° 189, le Paysan et le Diable) un paysan trompe un démon qui lui abandonne un trésor, contre la moitié de la récolte de son champ pendant deux ans. La première année, il choisit ce qui poussera au-dessus de terre ; le paysan plante des navets; la seconde, ce qui sera au-dessous, c’est du blé. Cette version se rencontre presque identique dans Rabelais ( Pantagruel , 1. IV, ch. 45, comment Pantagruel descendit en Uisle des Papefigues; ch. 46, comment le petit diable fut trompé par un laboureur de Papefigui'ere) : on sème d’abord du blé, puis des raves. En Algérie, Satan le lapidé est mis en scène avec des Arabes qui lui jouent un tour semblable (Certeux et Car-

NOTES

noy ,V Algérie traditionnelle, t. I, p. 55-56) D. Juan Manuel qui a emprunté aux Orientaux la plupart des récits insérés dans le Livre de Patronio, y a aussi introduit celui-ci, mais légèrement modifié : le Mal et le Bien associés doivent se partager les bénéfices; le Bien a les agneaux, le Mal la laine et le lait des Brebis; puis le Mal prend les porcs et laisse les soies à son compagnon. Enfin, quand ils plantent des navets, le premier prend ce qui est sous terre ; il ne reste à son compagnon que les feuilles. L’année suivante, les navets sont remplacés par des choux : le Bien obtient ce qui est sous terre. : le Mal garde la récolte pour lui (P. De Gayangos, Autores espanoles anteriores al siglo xv, Ex. n° 43, De lo que contescio al bien et al mal , et al cuerdo con al loco; A. de Puibusque, le comte Lucanor, p. 410). Les récits qui mettent en scène un animal au lieu du diable, me paraissent avoir conservé la forme la plus ancienne : tels sont le conte kabyle que je donne ici et un du gouvernement de Toula où l’on retrouve l’épisode cité plus haut (p. ï 3q, n. 3) L'Ours et le Semeur de navets : l’ours épargne un paysan à la condition que celui-ci lui laissera la moitié de la récolte qui pousse au-dessus de terre (Afanasiev, Narodnyia rousskiia ska^ki, t. III, p. 1 1 1 ) ; une recension plus complète se rencontre dans un conte du gouvernement d’Astrakan : Le Loup (Afanasiev, op. laud. t. I, n° 1): l’ours est trompé d’abord avec des navets, puis avec du blé. Dans un conte anglais, le renard et le loup associés cultivent d’abord de l’avoine, puis des pommes de terre (A. de Gubernatis, La

NOTES

mythologie des plantes t. Il, p. 3i). Cf. une modification de ce thème dans une légende du Berry et une du Périgord (Laisné de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France , t. I, p. i3o et p. 104) : Le loup et le renard trouvent des noix, puis des olives : le loup choisit successivement l’extérieur, puis l’intérieur des fruits. Desbillons a traité le même sujet dans sa fable des deux enfants ( Fabulae aesopiae, 1. VI, f. 21, p. 1 35, Pueri duo] .

Quant à la ruse par laquelle le hérisson trompe le chacal dans leur lutte à la course, elle est employée dans un conte chinois : le Corbeau et la Tortue , extrait du Tçia-pdo-ché-Tlienh-ki ; ils luttent de vitesse pour décider qui est l’aîné et parient de traverser un fleuve sur chaque rive duquel se tient une tortue que le corbeau rencontre quand il croit arriver le premier. Mais, comme il a des soupçons, au milieu d’une nouvelle course, il appelle la tortue, et des deux rives on lui répond : « Me voici » (C. Imbault-Huart, Miscellanées chinois, Journal asiatique, 1881, t. II, p. 541). Un tour semblable se rencontre dans un conte toscan : l’Ecrevisse et le Loup : la première, en s’accrochant à la queue de son rival, arrive en même temps que lui au but; de même le roitelet et l’aigle (Marc-Monnier, Contes populaires en Italie , p. 233-235). Cf. à Madagascar, les fables : la Grenouille et le Sanglier (J. Sibree junior. Malagasy Folk-tales, Folk-lore Journal , t. II, mars 1884, et Bulletin de correspondance africaine , t. II, 1884, p. 180); le Sanglier et le Caméléon (J. Sibree junior, Malagasy Folk-tales, Fulk-lore Journal, t. II, juin 1884).

NOTES

Page 1