LE LIÈVRE ET LE CHACAL
(M\ab.)
Un lièvre se promenant avec un chacal lui dit : « J’ai une ruse. » Le chacal répondit : « J’en ai 99. » Le lièvre reprend: « Entrons dans le verger pour manger. » Il se mit à manger, et dit à son compagnon :
« Mange d’excellentes figues. » — « Que manges- tu? demanda le chacal. » — « Du raisin. » Ils se séparèrent dans le verger et mangèrent jusqu’à ce qu’ils furent rassasiés. — « Allons, dit le chacal, partons, nous n’avons plus faim. » — « Sors, tu es le plus grand. » — « Sors le premier et vois si le maître du verger n’est pas dehors. » Le lièvre sortit, le chacal resta auprès du trou (sans pouvoir passer) : « Donne-moi un conseil, dit-il, comment vais-je faire? » — « Moi qui n’ai qu’une ruse je ne puis con-
seiller celui qui en a 99. » Le lièvre s’enfuit. Le chacal fut pris par le maître du jardin qui lui dit : « Que vais-je te faire à présent? » — « Ce que la justice décide. » — « Elle veut que tu périsses. » Le chacal reprit : « Que j’aille au moins dire adieu à mes enfants, puis je reviendrai. » — « Donne ta parole. » Le chacal prêta serment, l’homme le lâcha et il s’enfuit.