XI. — AFAR ou DANKALI (i
les trois dernières recommandations d'un père a son fils (2)
ÇÎN^^^N homme qui avait un fils unique vint à Sl^jfc mourir, mais auparavant il appela son ^^^ fils et lui dit :
— Viens ici.
(i) La langue afar est parlée par les Danakil des bords de la mer Rouge, dans l'Erythrée italienne et une partie de la colonie française d'Obok.
(2) Reinisch, Die Afar-Sprache, fasc. I, Vienne, Gerold's Sohn, 1S85, in-S, p. 80-84.
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Il obéit.
— Mon fils, dit le père, je vais te faire connaître mes derniers souhaits : ne confie jamais un secret à ta femme; n'emprunte jamais rien à un riche qui a été pauvre, ne fais pas de présent à un soldat.
Le fils pensa :
— Je verrai si les paroles de mon père ont quelque chose de fondé ou non.
Puis il dit à sa femme :
— Je vais enterrer sous mon lit un homme que j'ai tué.
Il enveloppa dans un linceul une pièce de bois qui figurait un homme, la cousit dans un sac et l'enterra sous son lit. Il fit ensuite un présent à un soldat du gouvernement, emprunta cent talaris à un homme qui était devenu riche, de pauvre qu'il était, et les serra soigneusement.
Des femmes vinrent trouver la sienne et se mirent à causer. Celle-ci leur dit :
— Je pourrais vous confier un secret.
— Raconte-le-nous.
— Mon mari a tué un homme, il l'a enterré sous son lit et personne ne l'a vu.
Ses amies s'en allèrent et répétèrent ce propos.
Le gouverneur, qui en eut vent, envoya pour arrêter le coupable le soldat qui avait reçu un présent. Le prétendu meurtrier lui dit :
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— Je t'ai donné cinquante talaris, pourquoi me mènes-tu au gouverneur?
— Comment pourrais-je te laisser aller ? répliqua le soldat, puisque mon maître m'a ordonné de t'amener à lui.
Et il le conduisit devant le gouverneur. En route, ils rencontrèrent celui qui avait prêté de l'argent.
— Où l'emmènes-tu ? demanda-t-il.
— Je l'emmene chez le gouverneur, répondit le soldat, parce qu'il a tué quelqu'un.
— Rends-moi mon argent ! cria le créancier.
— Je ne l'ai pas ici, répondit le prisonnier ; je le le rendrai plus tard.
Mais l'autre reprit :
— Tu ne feras pas un pas de plus que tu ne m'aies rendu mon argent.
— Réclame-le chez le pacha, fit observer le soldat, car tu ne peux retenir cet homme sur la route quand le pacha a ordonné de le lui amener.
Le créancier, le prétendu meurtrier et le soldat arrivèrent tous trois devant le gouverneur. Celui-ci demanda :
— Lequel a tué un homme ?
— C'est celui-ci, dit le soldat.
— Tu assassines les gens pendant la nuit, sur "le territoire du sultan 1 s'écria le pacha.
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— Par Dieu, je n'ai tué personne, répliqua l'homme.
— Tu as dit à ta femme: J'ai tué un homme; et j'ai appris aussi que tu l'avais enterré sous ton lit:
L'homme lui dit :
— Jamais de la vie, je n'ai tué personne ; mais, avant sa mort, mon père m'avait exprimé un souhait et j'ai voulu voir s'il était sage ou non ; mais je n'ai tué personne.
— Quel souhait ton père t'a-t-il exprimé ? demanda le gouverneur. ♦
— Mon père m'a dit trois paroles, et ces trois paroles se sont réalisées aujourd'hui.
— Quelles sont ces trois paroles ?
L'homme répondit:
— Ne fais jamais de présent d'argent à un soldat. — J'ai donné à ton soldat cinquante talaris en cadeau.
Mon père m'a dit encore :
— N'attends pas de prêt d'un pauvre qui est devenu riche. — J'ai emprunté à celui-ci cent talaris. Il m'a saisi aujourd'hui sur le chemin et m'a dit : — Si tu ne me rends pas mon argent sur le champ
Enfin mon père m'a dit :
— Ne confie pas un secret à ta femme. J'ai dit à la mienne : — J'ai tué un homme et je l'ai
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enterré sous mon lit. Je voulais voir comment elle garderait un secret, c'est pourquoi je lui ai parlé ainsi. J'avais besoin de voir si mon père était sage ou non ; c'est pourquoi j'ai agi de la sorte. Maintenant, faites des recherches : ce que j'ai enterré devant ma femme comme étant un homme, n'est qu'une pièce de bois.
On chercha et on trouva la pièce de bois. L"homme rendit l'argent à celui à qui il l'avait emprunté, en lui disant:
— Reprends ton argent.
LE RENARD, LA HYENE, LE LOUP, LA PANTHÈRE, LE LION ET LE SERPENT (l)
•e renard, en premier lieu, puis la hyène, ensuite le loup, en quatrième lieu la panthère, en cinquième lieu le lion et finalement le serpent dirent tous les six :
— Nous voulons former une espèce.
Le renard dit :
— Je représente une espèce; la hyène aussi ; le loup de même, ainsi que la panthère, comme
(i) Reinisch, DU Afar-SpraclK,U%c. i, p. 97.
CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE 89
le lion et le serpent. Comme nous formons six espèces, nous ne pouvons pas nous réunir.
— Si tu veux restera part, dit le lion, nous autres nous nous réunirons.
— Je reste à part, dit le renard.
Alors les cinq autres formèrent une alliance et dirent :
— Nous allons maintenant nous communiquer ce que chacun déteste.
La hyène parla ainsi:
— Ne me dites jamais : Que la lance te touche, car je déteste la lance.
Le loup reprit :
— Ne me dites pas ; il y a là des chèvres, car je vis en hostilité avec les chèvres.
La panthère dit :
— Ne m'agacez pas, car je ne le supporte pas. Le lion ajouta :
— Quand je dors, ne faites pas de bruit autour de moi.
Le serpent dit :
— Ne marchez pas sur moi, quoique je sois à terre.
Un jour le loup alla vers un arbre; plus tard arriva la hyène, ensuite vinrent la panthère, le lion et enfin le serpent. Le lion se coucha pour dormir; le loup et la hyène jouèrent.
La hyène dit au loup :
go CONTES POPULAIRES D AFRIQUE
— Hé! il y a là des chèvres.
Le loup répliqua :
— Que la lance t'atteigne ! es-tu bien rassasiée ?
La hyène le saisit par la tête et le loup mourut ; puis elle tomba sur la panthère, mais celleci la saisit et la hyène mourut.
La panthère tomba sur le lion qui la saisit et elle mourut. Le lion marcha sur le serpent, mais celui-ci le fit mourir aussi.
Ainsi moururenttouslescinq alliés quiavaient dit:
— Nous allons former une espèce.
Xir. — SOMALI (I) LA. VIEILLE FEMME ET LE LION (2)
NE vieille femme avait une fille qui épousa un homme des Dolbahanta. Un jour, la mère se dit :
(i) Le Somali est parlé sur la côte orientale d'Afrique, à l'est de l'Abyssinie, dans les possessions françaises, anglaises et italiennes.
(2) Reinisch, Die SomLili-Spracbe, t. I, Vienne, Hœlder, 1900, in-4, p. 231-233.
— Je vais aller voir ma fille ; et elle partit. Tandis qu'elle était en route, elle ressentit
la faim et la soif. Alors un lion l'aborda et lui dit:
— Vieille, où vas-tu ?
Elle lui répondit :
— J'ai faim et soif.
— Chère femme, dit-il, viens avec moi, je te montrerai une aiguade.
Elle le suivit; il lui montra de l'eau; elle but et dit ensuite :
— Lion, cher lion, je suis affamée.
Il lui répondit :
— Chère femme, je vais prendre pour toi une gazelle, attends-moi seulement ici.
— Très bien, dit-elle.
Le lion s'en alla, prit une gazelle et la lui apporta. Elle regorgea, la fit cuire et fut rassasiée. Alors elle dit au lion :
— Lion, cher lion, je veux maintenant partir pour le pays des Dolbahanta.
Il reprit :
— Chère femme, veux-tu me montrer le pays des Dolbahanta, car je ne le connais pas.
— Oui, répondit-elle, viens avec moi.
Ils partirent ensemble. Quand ils y furent, ils remarquèrent de loin des chameaux. La femme dit au lion :
— Voilà le pays des Dolbahanta.
— Femme, dit-il, nous sommes fidèlement unis?
— Oui, certes, répondit-elle.
Il continua :
— Je veux manger un chameau ; quand tu arriveras près des bergers, ne leur dis pas : Il y a là un lion.
— Très bien, répliqua la vieille.
. Le lion lui répéta :
— Quand tu arriveras près des gens, ne leur dis pas : II y a là un lion.
— Très bien, dit-elle.
Il continua :
— Nous sommes fidèlement unis par un serment ?
— Oui, dit-elle.
La vieille alla près des chameliers et leur dit :
— Il y a ici un lion.
Alors ils le chassèrent loin de leurs chameaux.
Là-dessus, la vieille alla dans son village et avertit encore:
— Il y a un lion ici.
Dans la nuit, elle s'endormit dans une maison. Le lion vint dans le village, saisit la vieille dans la maison et la dévora. Puis il dit :
— Les vieilles femmes ne tiennent pas leurs promesses.
LE CORBEAU ET LES OISEAUX (l)
E corbeau et les oiseaux se réunirent en conseil et parlèrent ensemble. Après maint et maint discours, le corbeau leur
— Arrêtez et asseyez-vous.
— Qu'as-tu à nous proposer? lui demandèrent les oiseaux.
— Que ceux qui sont plus petits que moi mangentdes légumes et les plus grands de la viande.
La proposition fut acceptée et depuis lors, le corbeau mange aussi bien des légumes que de la viande sans contrevenir à l'arrangement.
(i) Schleicher, Die SomjU-Sprjche, Berlin, 1892, in-8, p. 4-5.
DEUXIÈiMH PARTIE