I. — EGYPTIEN ANCIEN
LE LIOX ET LA SOURIS (l).
|N rapporte qu'iLi lion sa trouvait dans [y^U une caverne pour y chercher le sommeil. Une petite sourii vint dans son voisinage: elle était mince de corps, aussi petite qu'un œuf. Le lion s'éveilUi et s'empara d'elle. La souris lui dit :
— O toi qui es mon mtitre, seigneur lion,
(i) P.ipyrus Je Leiden, d'après Btagsch, Acsopische Fuheln in ehicm ag\ptiichcn Pjpyrus, Zcilschrifl fur die agypiische Sprache, 1878, iu-8, p. 67.
si tu me manges, tu ne seras pas rassasié, et si tu me laisses aller, tu n'en auras pas plus faim. Si tu me donnes la liberté, je te délivrerai un jour de ce qui t'attend. Si tu me laisses libre, ce sera pour ton salut, car je te tirerai d'un pas difficile.
Le lion sourit et lui dit:
— Que peux-tu faire pour moi ? Y a-t-ilsurla terre quelqu'un qui puisse détruire mon corps ?
Elle prêta serment devant sa face et lui dit:
— Je te tirerai d'une situation difficile, au jour funeste qui arrivera.
Le lion réfléchit à ce que la souris lui avait dit ; il examina la chose en lui-même et dit :
— Si je la mange, en vérité, je ne serai pas rassasié.
Il la laissa aller. Peu après, il arriva qu'un chasseur donna lâchasse au lion jusque sous un palmier, de sorte qu'il avait creusé un trou devantle lion. Celui-ci y tomba. Il était vaincu par la main de l'homme: on le porta jusqu'au palmier, on l'attacha avec des courroies sèches, et ainsi, il demeura en face de la montagne. Il était triste. Lorsque la nuit arriva, le puissant animal décida la réalisation des paroles de la souris, en dépit des prétentions à la force que lui, le lion, avait exprimées. La petite souris se tint devant lui et lui dit:
CONTES POPULAIRES d'aFRIQLE 3
— Ma reconnais-tu ? Je suis la petite souris à qui tu as un jour donné la liberté. Aujourd'hui, je te le rendrai en te délivrant de la situation difficile où t'a mis la force par laquelle tu t'es laissé prendre. Un bienfait réussit toujours à son auteur.
La souris approcha sa bouche des liens du lion: elle rongea les courroies sèches; elle déchira les courroies humides qui le retenaient. Le lion fut délivré de ses liens ; il cacha la souris dans sa crinière et s'en alla avec elle ce jour-là dans la montaRne.
LES MEMBRES ET l'eSTOMAC (i).
|i:^ROCÈ5 du ventre et de la tête, où sont puj/;^ bliés les plaidoyers faits par devant les juges suprêmes, tandis que leur président veillait à ce qu'on démasquât le mensonger, son œil ne cessait de pleurer. Accomplis les rites exigés — pour le dire qui déteste les iniquités. — Après que le ventre eut dit sa plainte, la tête prit la parole longuement:
(ï) }iiSféTO, EliidiS egyptientits, t. I, Paris, p. 2Ê0 : Fr.:(;vui!: d'une virsion égyptienne de la fable des membres et de l'esiomac .
— C'est moi, moi la maîtresse poutre de la maison entière ; tous les membres (s'appuient) sur moi et sont en joie. Mon front est joyeux, mes membres sont vigoureux, le cou se tient ferme sous la tête, mon œil voit loin, la narine se gonfle et aspire l'air; l'oreille s'ouvre et entend; la bouche émet des sons et cause; les deux bras sont vigoureux et font si bien que l'homme arrive à la considération, marche le front levé, regarde en face les grands comme les petits... C'est moi qui suis leur reine ; c'est moi la tête de mes compagnons qui ferai un très mauvais parti à qui a tenu ce langage. N'est-il pas faux ? Qu'on m'appelle la tète. C'est moi qui fais vivre...