COPTE
GUÉKISON d'un aveugle P.\R S. COLUTHUS (l). (Le commencement manque).
^7;s*>E t'accorderai, dit saint Coluthus, la guérison de tes yeux : tu ne seras pas inquiet qu'elle te manque pour te diriger. — Je veux, dit l'homme, trouver une femme
(i) Georgi, De Miraculis Sancii Cohilhi. Rome, 1793, in-4°, p. 17.
récemment accouchée pour accomplir l'œuvre qui m'a été ordonnée par saint Coluthus. La femme lui dit :
— Je remplirai tes yeux du lait de mes seins. L'homme dont les yeux étaient malades reprit:
— Fais-moi cette charité; tu vois mon tourment et mon affliction.
Le mari de cette femme lui dit, car il n'y croyait pas :
— N'agis pas ainsi, de peur qu'il ne manque pas de gens qui se moquent de toi.
— Ils se moqueraient de moi, reprit-elle, et pourquoi? Par la foi de ma noblesse et par la doctrine de mes ancêtres, je crois que si je remplis ses yeux du lait de mes seins, il sera guéri par la vertu de saint Coluthus. Elle ajouta :
— Est-ce que jamais l'on a trouvé à railler chez moi ? Ai-je jamais été amie du plaisir ? At-on jamais dit en soi-même que quelqu'un en dehors de mon mari ait eu des rapports avec moi .'' Aujourd'hui, je vous prends à témoins, vous tous qui m'entendez ! Je vous jure, par saint Coluthus, par l'otTrande des chrétiens, par les tourments que le Christ a soufferts sur la croix, que je n'ai eu de commerce avec aucun homme depuis que je suis mariée et depuis que je suis sortie du sein de ma mère; je suis venue
à mon mari seulement. Si jamais je me suis unie dans ma chair avec un étranger, que le Seigneur ne m'exauce pas au temps de ma détresse !
Alors, ayant pris de son lait, elle en remplit les yeux de l'homme en disant :
— Au nom de la puissance de saint Coluthus, le véritable médecin !
Alors les yeux versèrent de l'eau en grande quantité.
Quand les yeux de l'aveugle furent nettoyés, il les ouvrit en disant :
— Je crois en toi, saint Coluthus et, au même moment, il cria à ses gens :
— Voici que j'ai recouvré la vue, si bien que j'y vois un peu !
La femme lui dit :
— Laisse-moi les remplir une autre fois. L'homme, en la bénissant, lui répondit:
— Le Seigneur te protégera tant que ses mains te toucheront.
Elle lui remplit une seconde fois les yeux qui rejetèrent une eau abondante. II les ouvrit de nouveau, regarda çà et là et dit:
— Cette fois, en vérité, je vois bien. Peu après, la femme lui dit encore :
— Laisse-moi les remplir une autre fois, je crois que tu guériras. Elle fit sur tout son corps
et sur ses seins le signe de la croix, lui remplit les yeux de lait pour la troisième fois en disant :
— Au nom de Dieu et de saint Coluthus! Elle ajouta :
— Ferme un peu tes yeux, et que la j^ràce de Dieu etde saint Coluthus soit avec toi!
Cette noble femme fut fortement confirmée dans sa foi, car elle vit la guérison progressive de cet homme. Bientôt il ouvrit lesyeux qui répandirent une quantité de larmes et il vit parfaitement la lumière.
Il se leva, marcha avec une grande joie, lava ses yeux dans un bassin et s'écria à plusieurs reprises :
— Tu es grand ! Je te glorifie, ô Dieu de saint Coluthus ! Car j'ai été jugé digne d'obtenir de voir la lumière comme auparavant.
Tous ceux qui étaient entrés dans la chapelle du martyr, comme ceux qui étaient sortis accoururent et le virent se réjouir fort de voir la lumière.
Le mari, considérant l'injure qu'il avait faite àsa femme, la glorifia et confessa sa faute à saint Coluthus en disant :
— Je suis guéri en corps et en âme, car je suis devenu digne de venir en cet endroit qui est à toi.
Les parents de la femme, ses frères et ses
sœurs arrivèrent en se rejouissant, la bénissant et la glorifiant :
— Bénie sois-tu entre les femmes! ciirent-ils, ô notre sœur, notre fille, car aujourd'hui tu as obtenu la gloire de beaucoup d'hommes : tu as confondu la multitude des gens et des femmes par ta noblesse. O notre fille, la foule avait pensé te prendre en faute à cause delà noblesse de ta race, de ta douceur, de ton doux langage. A ce moment saint Coluthus a manifesté la gloire de sa grandeur et de sa noblesse par l'étendue des guérisons qu'il a faites chez ceux qui étaient malades et qui ont cru en lui.
Ensuite, chacun s'en alla à sa demeure. Ils honorèrent la chapelle de saint Coluthus, mangèrent et burent en cet endroit et revinrent chez eux en glorifiant Dieu et saint Coluthus.
THtODOSE ET DF.NYS I
Qp.(rjc,u temps de notre saint père, l'urchevêque QÏÏ^ Apa Kyros, qui était comme un père sur — ^*^-»-' Constantinople et à qui les rois étaient soumiS; les grands de la ville se rassemblèrent
(i) Erman, Bnnhslïthi ikr lopliscbcn l'olhsliUenilur, Berlin, 1S37, 13-4, P- '■('•
CONTES POPULAIRES d'aFRIQTE
dans le palais du roi avec notre père Apa Kyros. Ils s'entretinrent avec lui et lui dirent:
— Nous n'avons pas trouvé de roi qui nous garde; nous sommes commedes brebisqui n'ont pas de pasteurs.
— Notre père Apa Kyros leur répondit: Demain matin, dimanche, nous nous rassemblerons tous dans l'église et nous prierons Dieu pour cette affaire.
Il y avait deux pauvres journaliers étrangers, du pays d'Egypte; l'un se nommait Théodose et l'autre Denys. Le premier eut un songe et dit à son ami :
— Celui qui me l'expliquera, je travaillerai pour lui pendant une journée et je ferai, sans salaire, sa tâche de briquetier.
Je me suis vu en songe comme si j'étais dans un champ ; il y avait là une grande quantité de brebis, des animaux et du bétail. Je vis que les habitants de cet endroit, les animaux etle bétail venaient tous devant moi ; ils se prosternaient et m'adoraient. Je vis aussi un agneau à la mamelle qui m'oignait avec de l'huile. Il me revêtit d'uii vêtement d'honneur et d'une stole de couleur d'or. Il medonna une armedans la main gauche et un sceptre dans la main droite ; il me plaça sur un trône et tous les gens me célébraient. Un homme rayonnant vint à moietme
donna une foule de clefs. Je ne pouvais les tenir et je les ren-iis dans tes mains, Denys. Celui-ci lui répondit :
— D'après le songe que tu as eu, Dieu te fera peut-être roi et tu me donneras les clefs de tes greniers.
— l>ève-toi, lui dit Théodose, que nous allions au travail, car nous sommes oisifs outre mesure.
Denys lui dit:
— Lève-toi, allons à l'église, voir le roi que l'on établit sur nous pour que tous les gens le révèrent.
Ils se levèrent, allèrent à l'église et se placèrent derrière la foule à cause de la misère où ils étaient.
Quand arriva le moment du Trisagios, voici qu'un aigle descendit du ciel, tenant dans ses serres une couronne de pierreries et de perles,, avec un bâton d'or et d'ivoire sur lequel était rembicme de la croix. L'aigle qui les portaitétait plus resplendissant qu'un soleil : on le nomme Raphaël, archange vénérable qui tient la trompe pleine de joie, il entraîna Théodoseetle niitsur le trône. Tout le monde cria : Kyrie eleison ! Théodosc est devenu roi 1
Quand il fut roi, Théodose oublia Denys et ne pensa plus à lui à cause de la misère où il vivait. Lorsque deux ans furent passés, Denys prit
les outils avec lesquels ils faisaient les briques, les attacha à une corde et les porta sur sa nuque. Il alla à la porte du palais, appela un eunuque du roi et lui dit :
— Porte ceci à Théodose, car c'est un souvenir des anciens rois.
L'autre les porta au prince. Celui-ci ouvrit le paquet et trouva les outils avec lesquels il travaillait et sur lesquels étaient son nom et celui de son ami.
Il se leva de son trône, alla vers Denys et lui dit :
— Pardonne-moi, saint père.
Il le fit entrer dans son palais et ils déjeunèrent ensemble.
Tous les religieux se réunirent, allèrent trouver Théodose et lui dirent :
Crée-nous un évêque,car notre père Apa-K}'ros est mort.
Il prit Denys par la main et fit de lui un archevêque qui devint le père de son église.
m. — BERBERE a) Berbère de Tripolitaine.